jeudi 9 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2107415 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | BERGUA MARINE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 décembre 2021, M. C B, représenté par Me Bergua, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 25 octobre 2021 par laquelle la Commission nationale d'agrément et de contrôle du Conseil national des activités privées de sécurité a rejeté son recours préalable obligatoire concernant le refus de délivrance de sa carte professionnelle d'agent de sécurité privée, ensemble la décision du 4 juin 2021 de la Commission locale d'agrément et de contrôle du Sud-ouest ;
2°) d'enjoindre au Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) de lui délivrer la carte professionnelle sollicitée ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge du Conseil national des activités privées de sécurité le paiement de la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision attaquée méconnaît l'article R. 40-29 du code de procédure pénale et l'article R. 632-14 du code de la sécurité intérieure en ce que l'agent qui a consulté le système de traitement des antécédents judiciaires n'était pas habilité à le faire ;
- elle méconnaît ce même article dès lors que le CNAPS ne justifie pas avoir procédé aux sollicitations d'informations requises auprès des services de police ou de gendarmerie ainsi que du procureur de la République ;
- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il n'a pas asséné de coups de poing ni tenté d'étrangler son ancienne compagne ;
- elle est d'une erreur d'appréciation au regard des faits qui lui sont reprochés ainsi que de sa situation professionnelle, personnelle et familiale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mars 2023, le Conseil national des activités privées de sécurité, représenté par son directeur, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 avril 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- le code de la sécurité intérieure ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Hecht,
- et les conclusions de M. Déderen, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Le 8 février 2021, M. B a sollicité la délivrance d'une carte professionnelle d'agent de sécurité privée auprès de la Commission locale d'agrément et de contrôle Sud-Ouest (CLAC) du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS). Par une décision du 4 juin 2021, la CLAC a rejeté sa demande. Par un courrier du 19 août 2021, M. B a formé un recours administratif préalable obligatoire contre cette décision devant la Commission nationale d'agrément et de contrôle (CNAC) du CNAPS. Par une décision du 25 octobre 2021, dont M. B demande l'annulation, la CNAC a rejeté ce recours.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale : " I. - Dans le cadre des enquêtes prévues à l'article 17-1 de la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995, aux articles L. 114-1, L. 114-2, L. 211-11-1, L. 234-1 et L. 234-2 du code de la sécurité intérieure et à l'article L. 4123-9-1 du code de la défense, les données à caractère personnel figurant dans le traitement qui se rapportent à des procédures judiciaires en cours ou closes, à l'exception des cas où sont intervenues des mesures ou décisions de classement sans suite, de non-lieu, de relaxe ou d'acquittement devenues définitives, ainsi que des données relatives aux victimes, peuvent être consultées, sans autorisation du ministère public, par : () 5° Les personnels investis de missions de police administrative individuellement désignés et spécialement habilités par le représentant de l'Etat. L'habilitation précise limitativement les motifs qui peuvent justifier pour chaque personne les consultations autorisées. Lorsque la consultation révèle que l'identité de la personne concernée a été enregistrée dans le traitement en tant que mise en cause, l'enquête administrative ne peut aboutir à un avis ou une décision défavorables sans la saisine préalable, pour complément d'information, des services de la police nationale ou des unités de la gendarmerie nationale compétents et, aux fins de demandes d'information sur les suites judiciaires, du ou des procureurs de la République compétents. Le procureur de la République adresse aux autorités gestionnaires du traitement un relevé des suites judiciaires devant figurer dans le traitement d'antécédents judiciaires et relatif à la personne concernée. Il indique à l'autorité de police administrative à l'origine de la demande si ces données sont accessibles en application de l'article 230-8 du présent code. () ".
3. D'une part, il ressort des pièces du dossier que les données relatives à M. B ont été consultées dans le fichier de traitement des antécédents judiciaires (TAJ) le 26 août 2021 par Mme A, agent habilité par un arrêté du préfet de police de Paris du 28 septembre 2018.
4. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. B a fait l'objet d'une condamnation pénale par un jugement du 24 septembre 2020, que le CNAPS a sollicité des informations relatives à l'intéressé auprès du procureur de la République, dans le cadre d'une autre procédure, liée à un contrôle d'identité, par une demande du même jour, qu'il a également sollicité des informations complémentaires auprès des services de police le 13 novembre 2020, puis qu'il a consulté les données le concernant figurant au TAJ, le 26 août 2021, à la suite de sa demande de renouvellement de carte professionnelle d'agent de sécurité privée formulée le 8 février 2021. Ainsi, si le CNAPS a sollicité les informations requises par les dispositions de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale précité avant la demande de délivrance de la carte professionnelle de l'intéressé, et 13 mois avant la date de la décision attaquée, toutefois cette sollicitation était encore récente à la date de la décision en litige, tandis qu'elle n'est pas antérieure à la date du jugement pénal précité. Dès lors, en l'absence de circonstances de faits nouvelles intervenues dans l'intervalle, M. B n'est pas fondé à soutenir que le CNAPS était tenu de saisir à nouveau les services de la police nationale ou les unités de la gendarmerie nationale pour complément d'information et le procureur de la République à fin de demande d'information sur les suites judiciaires.
5. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté, dans ses deux branches.
6. En second lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de la sécurité intérieure : " Sont soumises aux dispositions du présent titre, dès lors qu'elles ne sont pas exercées par un service public administratif, les activités qui consistent : / 1° A fournir des services ayant pour objet la surveillance humaine ou la surveillance par des systèmes électroniques de sécurité ou le gardiennage de biens meubles ou immeubles ainsi que la sécurité des personnes se trouvant dans ces immeubles ou dans les véhicules de transport public de personnes ; / 1° bis A faire assurer par des agents armés l'activité mentionnée au 1°, lorsque celle-ci est exercée dans des circonstances exposant ces agents ou les personnes se trouvant dans les lieux surveillés à un risque exceptionnel d'atteinte à leur vie ; / 3° A protéger l'intégrité physique des personnes ; () ". Aux termes de l'article L. 612-20 du même code dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : () 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées ; () "
7. Il résulte des dispositions précitées que, lorsqu'elle est saisie d'une demande de délivrance d'une carte professionnelle pour l'exercice de la profession d'agent privé de sécurité, l'autorité administrative compétente procède à une enquête administrative. Cette enquête, qui peut notamment donner lieu à la consultation du traitement automatisé de données à caractère personnel mentionné à l'article R. 40-42 du code de procédure pénale, vise à déterminer si le comportement ou les agissements de l'intéressé sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat, et s'ils sont ou non compatibles avec l'exercice des fonctions d'agent privé de sécurité. Pour ce faire, l'autorité administrative procède, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, à une appréciation globale de l'ensemble des éléments dont elle dispose. A ce titre, si la question de l'existence de poursuites ou de sanctions pénales est indifférente, l'autorité administrative est en revanche amenée à prendre en considération, notamment, les circonstances dans lesquelles ont été commis les faits qui peuvent être reprochés au pétitionnaire ainsi que la date de leur commission.
8. En l'espèce, il résulte des termes mêmes de la décision attaquée que le CNAPS a motivé la décision de refus en litige par les faits de violence commis le 9 avril 2020 par M. B à l'encontre de sa partenaire de PACS de l'époque, suivis d'une incapacité temporaire de travail inférieure à huit jours, pour lesquels il a été condamné, le 24 septembre 2020, à six mois d'emprisonnement avec sursis, assortis d'un contrôle judiciaire et d'une amende de 127 euros.
9. D'une part, si le requérant soutient qu'il n'aurait pas asséné de coups de poing à la victime, mais plusieurs gifles, pas plus qu'il n'aurait tenté de l'étrangler, ainsi qu'en aurait attesté un témoin, toutefois il ne verse aucune pièce en ce sens. Dès lors que le jugement pénal du 24 septembre 2020 n'apporte pas de précisions à ce sujet, étant tout de même observé que la victime a eu cinq jours d'interruption temporaire de travail, et nonobstant l'absence de contestation de ce moyen par le CNAPS, la simple allégation du requérant n'est pas de nature à remettre en cause les circonstances rapportées par les services de police à la suite de la sollicitation d'informations par le CNAPS, et retenues ensuite par ce dernier dans la décision en litige. A supposer même que tel ait été le cas, il ne ressort pas des pièces du dossier, et en particulier de l'économie de la décision contestée, que le CNAPS aurait pris une décision différente s'il n'avait pas retenu le fait que M. B avait asséné des coups de poing et tenté d'étrangler la victime, dès lors qu'il s'agit là de circonstances supplémentaires relatives aux faits de violences physiques qui ont motivé sa décision. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté, en toute hypothèse.
10. D'autre part, le requérant soutient que la décision attaquée serait entachée d'une erreur d'appréciation. Toutefois, ni la fin de son contrôle judiciaire, le 24 septembre 2020, ni l'absence de mention de sa condamnation à son bulletin judiciaire n° 2, étant observé que le CNAPS a fondé sa décision sur les dispositions du 2° de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure, ni le contexte du confinement, avec de jeunes enfants et une cousine enceinte, durant lequel il a commis les faits reprochés, qui ne saurait expliquer ni justifier de tels faits de violence physique, ni les considérations relatives à sa situation familiale, médicale et professionnelle postérieure, lesquelles sont inopérantes, ne révèlent que le CNAPS aurait commis une erreur d'appréciation en considérant que les faits de violence physique commis à une date récente, à plus forte raison dans la sphère familiale et alors qu'il était déjà détenteur d'une carte professionnelle de sécurité privée, constituaient un comportement incompatible avec l'exercice d'activités privées de sécurité.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision du Conseil national des activités privées de sécurité en date du 25 octobre 2021 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au Conseil national des activités privées de sécurité.
Délibéré après l'audience du 19 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Carotenuto, présidente,
M. Hecht, premier conseiller,
Mme Pétri, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 novembre 2023.
Le rapporteur,
S. HECHT
La présidente,
S. CAROTENUTO La greffière,
F. LE GUIELLAN
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026