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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2200004

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2200004

mercredi 7 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2200004
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS THALAMAS LACLAU

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 janvier 2022 et 16 janvier 2023 sous le numéro 2200004, M. A C, représenté par Me Thalamas, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 novembre 2021 par laquelle la Commission nationale d'agrément et de contrôle du Conseil national des activités privées de sécurité a rejeté son recours préalable obligatoire concernant le refus d'extension de sa carte professionnelle d'agent de sécurité privée lui permettant d'exercer l'activité d'agent cynophile ;

2°) de mettre à la charge du Conseil national des activités privées de sécurité le paiement de la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure en raison de l'incompétence des personnes ayant participé à la commission nationale d'agrément et de contrôle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard des faits qui lui sont reprochés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 février 2023, le Conseil national des activités privées de sécurité, représenté par son directeur, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

II. Par une requête, enregistrée le 4 octobre 2022 sous le numéro 2205818, M. C, représenté par Me Thalamas, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 20 septembre 2022 par laquelle le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité a refusé le renouvellement de sa carte professionnelle d'agent de sécurité privée ;

2°) d'enjoindre au Conseil national des activités privées de sécurité de lui renouveler la carte sollicitée dans un délai de 24 heures suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du Conseil national des activités privées de sécurité le paiement de la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de forme, en l'absence des nom et prénom de son auteur, et d'un vice de compétence ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard des faits qui lui sont reprochés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 février 2023, le Conseil national des activités privées de sécurité, représenté par son directeur, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu :

- l'ordonnance du juge des référés n° 2205824 du 27 octobre 2022 ;

- les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Hecht,

- les conclusions de M. Farges, rapporteur public,

- et les observations de Me Richard, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C était titulaire d'une carte professionnelle l'autorisant à exercer les activités d'agent de sécurité privée d'agent cynophile, avec un chien identifié sous le numéro 250269602641127, valable jusqu'au 26 septembre 2022. D'une part, le 15 février 2021, il a sollicité l'extension de sa carte professionnelle pour y ajouter un nouveau chien, plus jeune, identifié sous le numéro 250268731591472, auprès de la Commission locale d'agrément et de contrôle Sud-Ouest (CLAC) du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS). Par une décision du 7 juin 2021, la CLAC a rejeté sa demande. Par un courrier du 28 juillet 2021, M. C a formé un recours administratif préalable obligatoire contre cette décision devant la Commission nationale d'agrément et de contrôle (CNAC) du CNAPS. Par une décision du 3 novembre 2021, dont l'intéressé demande l'annulation dans sa requête n° 2200004, la CNAC a rejeté ce recours. D'autre part, le 3 juillet 2022, M. C a sollicité le renouvellement de sa carte professionnelle. Par une décision du 20 septembre 2022, dont l'intéressé demande l'annulation dans sa requête n° 2205818, la CNAC a rejeté sa demande.

Sur la jonction :

2. Les requêtes susvisées n° 2200004 et n° 2205818, présentées par M. C, présentent à juger des questions complémentaires et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la seule décision du 20 septembre 2022 :

3. Le requérant soutient que la décision du 20 septembre 2022 par laquelle le directeur du CNAPS a refusé de renouveler sa carte professionnelle est entachée par l'incompétence de son signataire. Si le CNAPS soutient que M. B, délégué territorial du Sud-ouest, était compétent pour signer cette décision, et verse au dossier la délégation de signature du directeur du CNAPS à ce dernier, toutefois il résulte des termes mêmes de la décision litigieuse qu'elle ne comporte ni les nom et prénom de M. B, ni même aucune référence à la délégation territoriale " Sud-ouest ", étant observé au surplus que cette décision a été signée à Paris. Par suite, M. C est fondé à soutenir que l'incompétence de l'auteur de cette décision l'entache d'illégalité.

En ce qui concerne les deux décisions contestées :

4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de la sécurité intérieure : " Sont soumises aux dispositions du présent titre, dès lors qu'elles ne sont pas exercées par un service public administratif, les activités qui consistent : / 1° A fournir des services ayant pour objet la surveillance humaine ou la surveillance par des systèmes électroniques de sécurité ou le gardiennage de biens meubles ou immeubles ainsi que la sécurité des personnes se trouvant dans ces immeubles ou dans les véhicules de transport public de personnes ; / 1° bis A faire assurer par des agents armés l'activité mentionnée au 1°, lorsque celle-ci est exercée dans des circonstances exposant ces agents ou les personnes se trouvant dans les lieux surveillés à un risque exceptionnel d'atteinte à leur vie ; / 3° A protéger l'intégrité physique des personnes ; () ". Aux termes de l'article L. 612-20 du même code dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : () / 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées ; () ".

5. Il résulte des dispositions précitées que, lorsqu'elle est saisie d'une demande de renouvellement d'une carte professionnelle pour l'exercice de la profession d'agent privé de sécurité ou d'extension de cette carte à un chien dans le cadre d'une activité d'agent cynophile, l'autorité administrative compétente procède à une enquête administrative. Cette enquête, qui peut notamment donner lieu à la consultation du traitement automatisé de données à caractère personnel mentionné à l'article R. 40-42 du code de procédure pénale, vise à déterminer si le comportement ou les agissements de l'intéressé sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat, et s'ils sont ou non compatibles avec l'exercice des fonctions d'agent privé de sécurité. Pour ce faire, l'autorité administrative procède, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, à une appréciation globale de l'ensemble des éléments dont elle dispose. A ce titre, si la question de l'existence de poursuites ou de sanctions pénales est indifférente, l'autorité administrative est en revanche amenée à prendre en considération, notamment, les circonstances dans lesquelles ont été commis les faits qui peuvent être reprochés au pétitionnaire ainsi que la date de leur commission.

6. En l'espèce, il résulte des termes de la décision attaquée du 3 novembre 2021 qu'elle est fondée, d'une part, sur les faits de violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours commis par M. C sur son ex-compagne, en présence de leurs enfants, le 4 mai 2020 à Saint-Sulpice sur Cèze (Haute-Garonne) et, d'autre part, sur les faits de détention sans déclaration d'armes, de munitions ou de leurs éléments de catégorie C commis le 15 mai 2020 à Montaut (Haute-Garonne), faits pour lesquels l'intéressé a été condamné à huit mois d'emprisonnement assorti d'un sursis probatoire pendant deux ans, ainsi que de plusieurs obligations et interdictions contrôlées par le juge d'application des peines. Par ailleurs, la décision du 20 septembre 2022 est fondée sur ces deux mêmes faits, ainsi que sur des faits de violence sans incapacité en présence d'un mineur par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, commis le 10 octobre 2018 à Montaut. Le CNAPS a considéré que ces faits révèlent un comportement contraire à l'honneur et à la probité ainsi que des agissements de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes.

7. Premièrement, il ressort des pièces du dossier, en particulier du jugement du tribunal judiciaire de Toulouse du 9 juillet 2020, que M. C a été relaxé pour les faits de violence du 10 octobre 2018. Deuxièmement, si M. C reconnaît la détention sans autorisation des armes de catégorie C pour laquelle il a été condamné, il fait valoir, sans être contesté, qu'il s'agit de deux vieux fusils hors d'état, hérités de son père. Troisièmement, il est constant que les faits de violence commis sur son ex-compagne, pour lesquels l'intéressé a été condamné à huit mois d'emprisonnement avec sursis de deux ans, ainsi qu'à des obligations et interdictions accessoires, sont d'une gravité certaine, et qu'ils sont récents puisqu'ils ont été commis respectivement un an et demi et deux ans et demi avant les deux décisions en litige. Toutefois, le requérant fait valoir que ces faits n'ont pas été inscrits au bulletin n° 2 de son casier judiciaire, ainsi qu'il résulte effectivement du jugement du 9 juillet 2020, qu'ils sont isolés et qu'il n'a aucun antécédent négatif dans la sphère professionnelle. En outre, s'agissant de la sphère familiale et de ses relations avec son ex-compagne, il ressort des pièces du dossier, d'abord, que l'enquête sociale du 3 juillet 2020, intervenue après les faits commis et avant le jugement correctionnel, a conclu en faveur d'un droit de visite et d'hébergement de ses deux enfants par M. C, ensuite que, par une ordonnance du 13 mai 2022, prise entre les deux décisions attaquées, le juge des affaires familiales a homologué la convention parentale qui prévoit une garde alternée entre M. C et son ex-compagne de leurs deux enfants, enfin que l'intéressé a versé au dossier un témoignage de son ex-compagne dans lequel elle affirme que les faits de violence précités, dont elle a été la victime, ont été isolés et qui, même s'il est postérieur aux décisions attaquées puisqu'il date du 2 octobre 2022 et produit pour les besoins de la cause, peut être analysé au titre de la contextualisation des faits commis dans une cellule familiale en crise. Dans ces circonstances très particulières, le requérant est fondé à soutenir que le CNAPS a commis une erreur d'appréciation en estimant que les faits reprochés révélaient un comportement contraire à l'honneur et à la probité ainsi que des agissements de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes au sens et pour l'application du 2° de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure susmentionné.

8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens des requêtes, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du 3 novembre 2021 par laquelle la CNAC du CNAPS a refusé d'étendre sa carte professionnelle d'agent de sécurité privée à son nouveau chien, ainsi que l'annulation de la décision du 20 septembre 2022 par laquelle elle a refusé de lui renouveler sa carte professionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

9. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement que le CNAPS, sous réserve d'un changement de circonstances de fait, renouvelle la carte professionnelle d'agent de sécurité privée de M. C, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette obligation d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CNAPS une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 3 novembre 2021 de la Commission nationale d'agrément et de contrôle du Conseil national des activités privées de sécurité prise à l'encontre de M. C est annulée.

Article 2 : La décision du 20 septembre 2022 du directeur du Conseil national des activités privées de sécurité prise à l'encontre de M. C est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au Conseil national des activités privées de sécurité, sous réserve d'un changement de circonstances de fait, de renouveler la carte professionnelle d'agent de sécurité privée de M. C, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Le CNAPS versera à M. C une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions des requêtes n° 2200004 et 2205818 est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au Conseil national des activités privées de sécurité.

Délibéré après l'audience du 17 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

M. Hecht, premier conseiller,

Mme Pétri, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2023.

Le rapporteur,

S. HECHT

Le président,

T. SORINLa greffière,

M. D

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

2, 2205818

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