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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2200236

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2200236

lundi 14 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2200236
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantPRADAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 janvier 2022 et un mémoire enregistré le 20 juin 2022, la société par actions simplifiée à associé unique (SASU) RLI, prise en la personne de son représentant légal en exercice, M. A B, représentée par Me Pradal, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 19 octobre 2021 par laquelle le maire de la commune d'Albi a refusé d'accuser réception d'une demande de mutation d'une licence IV appartenant à Mme C D, épouse B, de la société RONACO à la société RLI pour une exploitation 41, rue Bourdès à Albi, ainsi que la décision implicite de rejet née le 25 décembre 2021 ;

2°) d'enjoindre à la commune d'Albi de lui délivrer un récépissé de déclaration et de transmettre sa demande en litige à la préfecture du Tarn, dans un délai de trois jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Albi la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société soutient que :

- la décision contestée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, en ce que la commune confond propriété et exploitation de la licence IV.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juin 2022, la commune d'Albi, prise en la personne de son maire, conclut au rejet de la requête.

La commune fait valoir que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée au préfet du Tarn qui n'a pas produit d'observations.

Par une ordonnance en date du 30 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Quessette, rapporteur,

- les conclusions de M. Déderen, rapporteur public,

- et les observations de Mme E, représentant la commune d'Albi.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C D, épouse B, était propriétaire d'une licence IV, exploitée par la société RONACO sur le territoire de la commune d'Albi, jusqu'à sa liquidation judiciaire au cours de l'année 2017. M. B, dirigeant de la société RLI, a demandé par courrier du 5 octobre 2021 à la commune d'Albi de procéder à la réception de sa demande de mutation de cette licence de la société RONACO à la société RLI pour une exploitation au 41, rue de Bourdès à Albi. Par une décision du 19 octobre 2021, la commune d'Albi a refusé de lui délivrer un récépissé de déclaration et de transférer sa demande auprès du préfet du Tarn. M. B a adressé un recours gracieux à la commune le 22 octobre 2021, implicitement rejeté le 25 décembre 2021. La société RLI demande l'annulation de ces deux décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 3332-3 du code de la santé publique : " Une personne qui veut ouvrir un café, un cabaret, un débit de boissons à consommer sur place et y vendre de l'alcool est tenue de faire, quinze jours au moins à l'avance et par écrit, une déclaration indiquant : / 1° Ses nom, prénoms, lieu de naissance, profession et domicile ; / 2° La situation du débit ; / 3° A quel titre elle doit gérer le débit et les nom, prénoms, profession et domicile du propriétaire s'il y a lieu ; / 4° La catégorie du débit qu'elle se propose d'ouvrir ; / 5° Le permis d'exploitation attestant de sa participation à la formation visée à l'article L. 3332-1-1. / La déclaration est faite à Paris à la préfecture de police et, dans les autres communes, à la mairie ; il en est donné immédiatement récépissé. / Dans les trois jours de la déclaration, le maire de la commune où elle a été faite en transmet copie intégrale au représentant de l'Etat dans le département ". Aux termes de l'article L. 3332-4 du même code : " Une mutation dans la personne du propriétaire ou du gérant d'un café ou débit de boissons vendant de l'alcool à consommer sur place doit faire, quinze jours au moins à l'avance et par écrit, l'objet d'une déclaration identique à celle qui est requise pour l'ouverture d'un débit nouveau. Toutefois, dans le cas de mutation par décès, la déclaration est valablement souscrite dans le délai d'un mois à compter du décès. / Cette déclaration est reçue et transmise dans les mêmes conditions. / Une translation d'un lieu à un autre doit être déclarée quinze jours au moins à l'avance, dans les mêmes conditions ".

3. Il résulte de ces dispositions que l'intervention du maire, qui, en ce domaine, agit en qualité d'agent de l'État, doit se borner à constater l'accomplissement de la formalité de déclaration d'ouverture d'un débit de boissons, de mutation dans la personne de son propriétaire ou de son gérant ou de translation d'un lieu à un autre qui lui est présentée et à en délivrer récépissé, sans examen de la capacité du requérant, de la situation du débit ou de la régularité de l'opération envisagée et à en transmettre une copie intégrale au représentant de l'État dans le département, ainsi qu'au procureur de la République. S'il appartient, le cas échéant, d'une part, à ce dernier, susceptible d'être à tout moment saisi, de rechercher et de poursuivre les infractions qui pourraient être commises, et, d'autre part, au préfet de faire usage après l'ouverture, la mutation ou la translation du débit de boissons, de ses pouvoirs de police administrative lorsque la situation le justifie, il n'appartient pas, en revanche, au maire ni au préfet, de s'opposer à l'opération envisagée avant sa réalisation.

4. Le maire est donc tenu de recevoir la déclaration de mutation d'un débit de boissons, sans exercer aucun pouvoir d'appréciation. Dès lors, le maire de la commune d'Albi devait immédiatement donner récépissé à M. B, représentant de la société RLI, de sa déclaration de mutation de la licence IV, et devait, en tout état de cause, transmettre une copie de cette déclaration au représentant de l'État dans le département et au procureur de la République. Par suite, et sans qu'il y ait lieu d'examiner l'autre moyen de la requête, la décision de refus de délivrance d'un récépissé de déclaration et de transmission du 19 octobre 2021 et celle de rejet implicite du recours gracieux dirigé contre cette décision sont entachées d'illégalité et doivent être, pour ce motif, annulées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

5. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que la commune d'Albi délivre un récépissé de déclaration à la SASU RLI et transmette copie intégrale au représentant de l'État dans le département dans un délai de trois jours. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune d'Albi la somme que la SASU RLI demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La décision attaquée du maire de la commune d'Albi du 19 octobre 2021 est annulée, ainsi que la décision de rejet implicite du recours gracieux dirigé contre la précédente décision.

Article 2 : Il est enjoint à la commune d'Albi de délivrer à la SASU RLI un récépissé de déclaration et de transmettre copie intégrale au représentant de l'État dans le département dans un délai de trois jours.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune d'Albi au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société RLI, à la commune d'Albi et au préfet du Tarn.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Clen, président,

M. Quessette, premier conseiller,

Mme Lejeune, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2024.

Le rapporteur,

L. QUESSETTE

Le président,

H. CLEN La greffière,

S. SORABELLA

La République mande et ordonne au préfet du Tarn en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

No 2200236

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