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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2200440

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2200440

lundi 17 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2200440
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCOHEN-DRAI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 janvier 2022, M. D C, représenté par Me Cohen-Drai, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 décembre 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer un titre de séjour conforme à sa demande tel qu'un certificat de résidence algérien d'un an ;

3°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

4°) de statuer ce que de droit sur les dépens.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'un défaut de compétence de son signataire ;

- le préfet n'ayant pas saisi la commission du titre de séjour, la décision contestée est entachée d'un vice de procédure ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions du 1° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 car il justifie d'une présence sur le territoire français depuis le mois de février 2011 au moins ;

- la décision méconnaît les stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle méconnaît également l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté porte une atteinte manifestement disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale et méconnaît ainsi l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mars 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 1er mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 16 mars 2023 à 12 h 00.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Grimaud, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, né le 25 novembre 1971 et de nationalité algérienne, est entré sur le territoire français le 27 novembre 2005 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour valable du 20 novembre 2005 au 25 décembre 2005 délivré par les autorités consulaires françaises en poste à Alger. Il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour le 18 octobre 2016 au titre du travail. Par un arrêté du 18 juillet 2017, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité et l'a obligé à quitter le territoire français. Le 10 mai 2021, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale ainsi qu'au titre du travail. Par un arrêté du 27 décembre 2021, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Par une décision en date du 28 juin 2022, postérieure à l'introduction de la requête, M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, les conclusions tendant à ce que soit prononcée son admission provisoire à l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet et il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, par un arrêté en date du 20 septembre 2021, publié le lendemain au recueil des actes administratifs, le préfet de la Haute-Garonne a consenti une délégation à Mme E B, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer les arrêtés établis en matière de police des étrangers et notamment les décisions d'éloignement et les décisions les assortissant. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté contesté ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / 1. Au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France depuis plus de dix ans ou plus de quinze ans si, au cours de cette période, il a séjourné en qualité d'étudiant () ".

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ".

6. Si M. C soutient qu'il résiderait habituellement en France depuis près de seize ans, les pièces qu'il produit, qui se limitent à des attestations d'hébergement de février 2011 à octobre 2015 ainsi qu'à des documents attestant de rendez-vous médicaux ponctuels au mois de mars et avril 2011 n'établissent pas sa présence stable en France pour la période de décembre 2011 à septembre 2012, au cours de laquelle le préfet de la Haute-Garonne conteste sa résidence habituelle en France. Il s'ensuit que le requérant, qui n'établit pas résider habituellement en France depuis dix ans à la date de la décision attaquée, n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Haute-Garonne a fait une inexacte application des stipulations du 1° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ".

8. Si l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié régit d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, ainsi que les règles concernant la nature et la durée de validité des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, il n'a toutefois pas entendu écarter, sauf stipulations incompatibles expresses, l'application des dispositions de procédure qui s'appliquent à tous les étrangers en ce qui concerne la délivrance, le renouvellement ou le refus de titres de séjour, dès lors que ces ressortissants algériens se trouvent dans une situation entrant à la fois dans les prévisions de l'accord et dans celles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il résulte des dispositions précitées que le préfet est tenu de saisir la commission du cas des seuls ressortissants algériens qui remplissent effectivement les conditions prévues à l'article 6 de l'accord franco-algérien, équivalentes à celles des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité, ou de ceux qui résident en France depuis plus de dix ans et non de celui de tous les ressortissants algériens qui se prévalent de ces stipulations. Les stipulations du 1° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 n'ayant aucun équivalent dans les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives à l'admission des ressortissants étrangers au séjour, et comme il a été dit précédemment, M. C ne justifiant pas disposer d'une durée de séjour en France de dix ans, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait dû consulter la commission du titre de séjour avant de lui opposer un refus de séjour.

9. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : () 5) Au ressortissant algérien qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs de son refus ".

10. Si le requérant déclare être entré en France en 2005, il résulte de ce qui a été dit au point 6 qu'il n'établit pas, contrairement à ce qu'il soutient, résider en France de manière habituelle depuis plus de seize années. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier qu'il dispose d'attaches familiales importantes dans son pays d'origine. En outre, s'il allègue avoir nécessairement développé en France des liens personnels, il n'apporte aucun élément au soutien de ses affirmations de nature à établir une quelconque insertion sociale, affective ou professionnelle, et il est constant qu'il est célibataire et sans enfant. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée porterait une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté. Pour les mêmes motifs, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

11. En cinquième lieu, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles elles renvoient, est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre d'une activité salariée, soit au titre de la vie familiale. En ce qui concerne les ressortissants algériens, ces conditions sont régies de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et un ressortissant algérien ne peut donc utilement invoquer les dispositions de cet article à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national.

12. Toutefois, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, il y a lieu d'observer que ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

13. En l'espèce, il ressort des mentions de l'arrêté attaqué que le préfet de la Haute-Garonne a examiné la possibilité d'accorder un titre de séjour au requérant dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire de régularisation. Le requérant invoque les mêmes éléments que ceux développés à l'appui du moyen tiré de l'atteinte portée à la vie privée et familiale ainsi que le bénéfice d'une promesse d'embauche pour un contrat à durée déterminée en qualité d'agent de sécurité, profession pour laquelle il n'établit pas disposer d'une qualification. Ces éléments, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 6 et 10 du présent jugement, ne permettent pas de considérer que le préfet de la Haute-Garonne a commis une erreur manifeste d'appréciation en ne procédant pas à la régularisation de la situation de M. C dans le cadre du pouvoir discrétionnaire dont il dispose.

14. En sixième lieu, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent de manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle et les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés. Ainsi, M. C ne peut utilement faire valoir que les décisions en litige méconnaissent les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors, au demeurant, qu'il n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions et que le préfet de la Haute-Garonne n'a pas examiné d'office le droit au séjour de l'intéressé à ce titre.

15. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 27 décembre 2021. Sa demande doit donc être rejetée, en ce compris ses conclusions à fin d'injonction et ses conclusions tendant au remboursement des dépens de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. C.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, au préfet de la Haute-Garonne et à Me Cohen-Drai.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2023, à laquelle siégeaient :

M. Grimaud, président,

M. Bernos, premier conseiller,

M. Quessette, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juillet 2023.

Le président, rapporteur,

P. GRIMAUD

L'assesseur le plus ancien,

M. BERNOSLa greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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