mercredi 28 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2200720 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL LUDOVIC RIVIERE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 février et 7 juin 2022, M. B A, représenté par Me Rivière, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a implicitement rejeté sa demande de certificat de résidence portant la mention " retraité " ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un certificat de résidence d'un an portant la mention " retraité " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens ainsi que le paiement de la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 7 ter de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 avril 2022, le préfet de la Haute-Garonne doit être regardé comme demandant au tribunal de conclure à l'irrecevabilité de la requête ou, à titre subsidiaire, à son rejet.
Il soutient que :
- la demande de M. A a été effectuée irrégulièrement par courrier ;
- sa demande était incomplète ;
- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 23 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 décembre 2022 à 12h00.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Hecht a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien né le 27 avril 1938, déclare être entré en France, pour la première fois, en 1959. L'intéressé a sollicité, par un courrier du 30 juillet 2021 notifié le 2 août 2021, la délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " retraité " sur le fondement de l'article 7 ter de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Le 2 décembre 2021, une décision implicite de rejet est née du silence gardé par l'administration sur cette demande. Par un courrier en date du 9 décembre 2021, M. A a formé une demande de communication des motifs de cette décision implicite de rejet, à laquelle le préfet a répondu par un courriel en date du 11 février 2022. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de la décision par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a implicitement rejeté sa demande de certificat de résidence portant la mention " retraité ".
Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :
2. En premier lieu, et d'une part, aux termes de l'article 7 ter de l'accord franco algérien du 27 décembre 1968 : " Le ressortissant algérien qui, après avoir résidé en France sous couvert d'un certificat de résidence valable dix ans, a établi ou établit sa résidence hors de France et qui est titulaire d'une pension contributive de vieillesse, de droit propre ou de droit dérivé, liquidée au titre d'un régime de base français de sécurité sociale, bénéficie, à sa demande, d'un certificat de résidence valable dix ans portant la mention " retraité () Le certificat de résidence portant la mention " retraité " est assimilé à la carte de séjour portant la mention " retraité " pour l'application de la législation française en vigueur tant en matière d'entrée et de séjour qu'en matière sociale. "
3. D'autre part, aux termes de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La demande d'un titre de séjour figurant sur une liste fixée par arrêté du ministre chargé de l'immigration s'effectue au moyen d'un téléservice à compter de la date fixée par le même arrêté. Les catégories de titres de séjour désignées par arrêté figurent en annexe 9 du présent code. Les personnes qui ne sont pas en mesure d'effectuer elles-mêmes le dépôt en ligne de leur demande bénéficient d'un accueil et d'un accompagnement leur permettant d'accomplir cette formalité. Le ministre chargé de l'immigration fixe les modalités de cet accueil et de cet accompagnement ". Aux termes de l'article R. 431-3 du même code : " La demande de titre de séjour ne figurant pas dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2, est effectuée à Paris, à la préfecture de police et, dans les autres départements, à la préfecture ou à la sous-préfecture. Le préfet peut également prescrire que les demandes de titre de séjour appartenant aux catégories qu'il détermine soient adressées par voie postale ". Aux termes de l'article R. 432-1 du même code : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. " Enfin, aux termes de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R.* 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. () ". Il résulte de ces dispositions que, pour introduire valablement une demande de carte de séjour, il est nécessaire, sauf si l'une des exceptions définies à l'article R. 431-3 précité est applicable, que les intéressés se présentent physiquement à la préfecture. A défaut de disposition expresse en sens contraire, une demande de titre de séjour présentée par un ressortissant étranger en méconnaissance de la règle de présentation personnelle du demandeur en préfecture fait naître, en cas de silence gardé par l'administration pendant plus de quatre mois une décision implicite de rejet susceptible d'un recours pour excès de pouvoir.
4. Si le préfet de la Haute-Garonne semble faire valoir que la requête de M. A serait irrecevable, dès lors qu'il ne s'est pas présenté en préfecture pour y formuler sa demande et qu'aucun refus de dépôt ne lui a jamais été opposé, il ressort des pièces du dossier que le requérant a transmis par courrier en date du 30 juillet 2021, dont la préfecture de la Haute-Garonne a accusé réception le 2 août 2021, une demande de délivrance d'une carte de séjour portant la mention " retraité ". Il résulte des dispositions susmentionnées qu'une absence de réponse de l'autorité administrative fait naître une décision implicite de rejet susceptible de recours pour excès de pouvoir. En l'espèce, l'absence de réponse du préfet de la Haute-Garonne a donné lieu à la naissance d'une décision implicite de rejet née le 2 décembre 2021, susceptible de recours pour excès de pouvoir. Par suite, cette fin de non-recevoir doit être écartée.
5. En second lieu, aux termes de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. Elle fixe un délai pour la réception de ces pièces et informations. () ".
6. Le préfet de la Haute-Garonne semble soutenir que le refus d'enregistrer une demande de titre de séjour à l'appui de laquelle est présenté un dossier incomplet ne constitue pas une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir. Toutefois, en application de l'article L. 114-5 précité du code des relations entre le public et l'administration, si le préfet estime être saisi d'une demande incomplète, il lui appartient d'indiquer au demandeur les pièces manquantes dont la production est indispensable à l'instruction de sa demande. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait fait part à M. A de l'incomplétude de son dossier. Dès lors, cette fin de non-recevoir doit être également écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
7. En premier lieu, aux termes de l'article R. 426-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article R. 431-3, l'étranger résidant hors de France qui sollicite la délivrance de la carte de séjour portant la mention " retraité " prévue à l'article L. 426-8 ou son renouvellement peut déposer sa demande auprès de la représentation consulaire française dans son pays de résidence, qui transmet sa demande au préfet territorialement compétent. " Il résulte notamment de ces dispositions et de celles citées au point 3 que lorsque le refus de titre de séjour est fondé, à bon droit, sur l'absence de comparution personnelle du demandeur, ce dernier ne peut se prévaloir, à l'encontre de la décision de rejet de sa demande de titre de séjour, de moyens autres que ceux tirés d'un vice propre de cette décision.
8. Il est constant que M. A réside en Algérie et qu'il a introduit sa demande de titre de séjour par courrier, alors qu'il résulte des dispositions susmentionnées qu'il devait la déposer au consulat de France en Algérie ou prendre un rendez-vous à la préfecture de la Haute-Garonne. Par suite, il ne peut utilement invoquer, à l'encontre de la décision implicite de rejet résultant du silence gardé sur cette demande, d'autres moyens que ceux tirés des vices propres de ladite décision. Il s'ensuit que doivent être rejetés comme inopérants les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 7 ter de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et de l'erreur manifeste d'appréciation.
9. En second lieu, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. "
10. Il ressort des pièces du dossier que, par une lettre en date du 9 décembre 2021, reçue par la préfecture de la Haute-Garonne le 13 décembre 2021, le conseil de M. A a demandé à l'autorité administrative de lui communiquer les motifs de la décision implicite de rejet opposée à sa demande de titre de séjour portant la mention " retraité " du 30 juillet 2021. Il en ressort également que le préfet de la Haute-Garonne n'a apporté une réponse à cette sollicitation que le 11 février 2022, soit après l'expiration du délai d'un mois qui lui était imparti par les dispositions susmentionnées. Dans ces conditions, la décision attaquée est entachée d'illégalité pour défaut de motivation.
11. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé, pour ce motif, à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a implicitement rejeté la demande de titre de séjour présentée par son courrier du 30 juillet 2021.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. Le présent jugement implique seulement, eu égard au motif d'annulation retenu et alors qu'aucun autre moyen n'est de nature à entraîner l'annulation de la décision contestée, que le préfet de la Haute-Garonne réexamine la situation de M. A. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu, à ce stade, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
13. D'une part, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat le paiement à M. A d'une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
14. D'autre part, M. A ne justifie pas avoir engagé, dans la présente instance, des frais mentionnés à l'article R. 761-1 du code de justice administrative. Dès lors, ses conclusions tendant à la condamnation de l'Etat aux entiers dépens doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite de rejet née le 2 décembre 2021 du silence gardé par le préfet de la Haute-Garonne sur la demande de titre de séjour portant la mention " retraité " présentée par M. A est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Garonne de réexaminer la situation de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera la somme de 1 500 euros au conseil de M. A, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 7 juin 2023 à laquelle siégeaient :
M. Sorin, président,
M. Hecht, premier conseiller,
Mme Pétri, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2023
Le rapporteur,
S. HECHT
Le président,
T. SORIN
La greffière,
S. SORABELLA
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026