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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2201138

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2201138

jeudi 30 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2201138
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantCOBOURG-GOZE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 1er mars 2022 et 1er mars 2023, M. D B, Mme C E et la société en nom collectif (SNC) O Doubi, représentés par Me Cobourg-Gozé, doivent être regardés comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler l'avis du 27 octobre 2021 du directeur central de la police judiciaire défavorable à leur candidature à l'exploitation d'un poste d'enregistrement des jeux et paris de la Française des jeux ainsi que la décision du 4 janvier 2022 du chef du service central des courses et jeux rejetant leur recours administratif ;

2°) d'enjoindre à l'administration de réexaminer leur candidature et de leur délivrer un avis favorable ;

3°) à titre subsidiaire, d'annuler l'avis du 27 octobre 2021 ainsi que la décision du 4 janvier 2022 en tant qu'ils refusent de délivrer un avis favorable à Mme E ;

4°) d'enjoindre à l'administration de réexaminer leur candidature et de délivrer un avis favorable à Mme E ;

5°) en tout état de cause, de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens, ainsi que la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la juridiction administrative est compétente pour connaître de la requête ;

- la requête est recevable ;

- l'avis du 27 octobre 2021 est entaché de vice de procédure dès lors qu'ils n'ont pas été informés de ce que l'enquête administrative dont ils ont fait l'objet avait donné lieu à la consultation des traitements automatisés de données personnelles et que l'avis ne mentionne pas le recours à une telle procédure, en méconnaissance de l'article R. 114-6 du code de la sécurité intérieure ;

- cet avis est entaché de défaut de motivation, en particulier s'agissant de la situation de Mme E ;

- il est entaché d'erreur de fait dès lors que M. B n'a jamais déclaré consommer des stupéfiants, ni occasionnellement, ni régulièrement ;

- il est entaché d'erreur d'appréciation dès lors que le casier judiciaire de M. B est désormais vierge de toute mention et que son refus d'obtempérer lors d'une interpellation par les forces de l'ordre ne révèle aucun risque d'atteinte à la moralité publique, aux bonnes mœurs et à l'ordre public ;

- aucun motif ne peut justifier que Mme E fasse l'objet d'un avis défavorable à sa demande.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 février 2023, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 7 février 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 3 mars 2023 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lejeune,

- les conclusions de M. Déderen, rapporteur public,

- et les observations de Me Cobourg-Gozé, représentant des requérants.

Considérant ce qui suit :

1. M. B et Mme E sont gérants de la SNC O Doubi, qui exploite un débit de tabac " Drémil Service ", situé à Drémil-Lafage (Haute-Garonne). Par courrier du 27 octobre 2021, le directeur central de la police judiciaire a émis un avis défavorable à leur candidature pour l'exploitation d'un poste d'enregistrement des jeux et paris de la Française des jeux. Par décision du 4 janvier 2022, le chef du service central des courses et jeux a rejeté leur recours administratif contre l'avis du 27 octobre 2021.

Sur la légalité externe de l'avis du 27 octobre 2021 :

2. D'une part, aux termes de l'article R. 114-6 du code de la sécurité intérieure : " Les personnes qui font l'objet d'une enquête administrative en application de l'article L. 114-1 sont informées de ce que cette enquête donne lieu à la consultation des traitements automatisés de données personnelles relevant de l'article 26 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification. / Lorsque l'enquête administrative qui donne lieu à la consultation fait suite à une demande de décision de l'intéressé, celui-ci en est informé dans l'accusé de réception de sa demande prévu aux articles L. 112-3 et L. 112-6 du code des relations entre le public et l'administration. / Dans les autres cas, l'intéressé est informé lors de la notification de la décision administrative le concernant. / Lors de la notification de la décision administrative mentionnée à l'article L. 114-1 du présent code le concernant, l'intéressé est également informé qu'il peut, dans ce cadre, faire l'objet d'une enquête administrative conformément aux dispositions du premier alinéa du présent article. "

3. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie. L'application de ce principe n'est pas exclue en cas d'omission d'une procédure obligatoire, à condition qu'une telle omission n'ait pas pour effet d'affecter la compétence de l'auteur de l'acte.

4. En l'espèce, les requérants soutiennent sans être contestés qu'ils n'ont pas été informés de ce que leurs données personnelles allaient faire l'objet d'un traitement automatisé dans le cadre de l'instruction de leur candidature. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'une telle circonstance a été susceptible d'exercer une influence sur le sens de la décision prise ou qu'elle a privé les intéressés d'une garantie. Dès lors, M. B et Mme E ne sont pas fondés à soutenir que la procédure préalable à l'édiction de la décision contestée serait entachée de vice de procédure.

5. D'autre part, aux termes de l'article R. 322-18-1 du code de la sécurité intérieure : " Lorsque la société La Française des jeux autorise des personnes privées à exploiter un poste d'enregistrement de jeux de loterie, son autorisation est accordée après avis conforme du ministre de l'intérieur émis en considération des enjeux mentionnés à l'article L. 320-2. () L'avis défavorable du ministre de l'intérieur est notifié à la société et à la personne qui a demandé l'autorisation. Cette personne peut en demander les motifs au ministre. () ".

6. Il résulte de ces dispositions que l'avis rendu par le ministre de l'intérieur n'a pas à être motivé. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'avis en litige doit être écarté, les requérants ayant, au demeurant, obtenu la communication des éléments factuels venant au soutien de l'avis attaqué à la suite de leur recours administratif, rejeté par une décision du 4 janvier 2022 du chef du service central des courses et des jeux.

Sur la légalité interne de l'avis du 27 octobre 2021 :

7. Aux termes de l'article L. 320-2 du code de la sécurité intérieure : " Les jeux d'argent et de hasard qui, à titre dérogatoire, sont autorisés en application de l'article L. 320-6 ne sont ni un commerce ordinaire, ni un service ordinaire ; ils font l'objet d'un encadrement strict aux fins de prévenir les risques d'atteinte à l'ordre public et à l'ordre social, notamment en matière de protection de la santé et des mineurs. / A cet effet, leur exploitation est placée sous un régime de droits exclusifs, d'autorisation ou d'agrément, délivrés par l'Etat. " Aux termes de l'article L. 320-3 du même code : " La politique de l'Etat en matière de jeux d'argent et de hasard a pour objectif de limiter et d'encadrer l'offre et la consommation des jeux et d'en contrôler l'exploitation afin de : / 1° Prévenir le jeu excessif ou pathologique et protéger les mineurs ; / 2° A l'intégrité, la fiabilité et la transparence des opérations de jeu ; / 3° Prévenir les activités frauduleuses ou criminelles ainsi que le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme ; / 4° Veiller à l'exploitation équilibrée des différents types de jeu afin d'éviter toute déstabilisation économique des filières concernées. "

8. En premier lieu, il résulte en particulier d'un procès-verbal de constatations, dressé le 1er mai 2019 par un officier de police judiciaire de la gendarmerie nationale, appartenant au peloton motorisé d'Uzerche, que M. B a été interpellé le jour-même sur l'autoroute A20 par les gendarmes de ce peloton. Aux termes de ce procès-verbal, M. B, après avoir manqué de refuser une priorité sur un rond-point, s'est engagé à vive-allure sur l'autoroute et a refusé de s'arrêter malgré l'ordre des gendarmes, qui ont dû le poursuivre pour l'intercepter. M. B a alors refusé d'ouvrir sa portière de voiture et a " donné des coups sur les mains " des gendarmes. Il a finalement été maîtrisé et contrôlé, déclarant alors être " en possession de produits stupéfiants à bord de son véhicule ". A l'issue de la fouille de celui-ci, les gendarmes ont trouvé trois grammes de résine de cannabis et un grinder, nécessaire pour la consommation de ce produit stupéfiant. Par ordonnance pénale du 5 octobre 2021, le président du tribunal judiciaire de Brive-La-Gaillarde a déclaré M. B coupable des faits ainsi rapportés.

9. Eu égard à ces éléments, M. B ne saurait sérieusement soutenir que l'avis du 27 octobre 2021 serait entaché d'erreur de fait dès lors qu'il n'aurait jamais reconnu être consommateur de cannabis. De plus, la circonstance que la condamnation du 5 octobre 2021 n'ait pas fait l'objet d'une mention au bulletin n° 2 de son casier judiciaire ne fait pas obstacle à ce que les faits dont M. B s'est rendu coupable soient pris en compte pour apprécier la compatibilité de son comportement avec une activité d'exploitation d'un poste de la Française des jeux pour les jeux et paris.

10. En deuxième lieu, il résulte des pièces du dossier que M. B et Mme E sont co-gérants de la SNC O Doubi qui exploite le débit de tabac faisant l'objet de la candidature à l'exploitation d'un poste d'enregistrement des jeux et paris de la Française des jeux. Ainsi qu'il a été dit au point 5, la société La Française des jeux autorise des personnes privées à exploiter un poste d'enregistrement de jeux de loterie, même si elle notifie l'avis du ministre de l'intérieur à la société et à la personne qui a demandé l'autorisation. L'appréciation des garanties d'honorabilité et de probité à laquelle l'autorité compétente doit nécessairement se livrer pour la délivrance de l'agrément en cause doit donc être appréciée pour chacun des gérants de cette société, en tant que personnes privées. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'avis contesté serait entaché d'une erreur en ce qu'il ne permet pas à Mme E seule d'exploiter le poste en cause, alors même qu'elle n'a commis aucun délit.

11. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B est défavorablement connu des services de police et de la justice. En effet, l'intéressé s'est rendu coupables de détention non-autorisée de stupéfiants et de vol à la roulotte le 10 octobre 2010 ainsi que de violences volontaires par conjoint ou concubin avec interruption temporaire de travail de moins de huit jours du 1er avril au 7 octobre 2012. Plus récemment, et ainsi qu'il a été dit au point 8 du présent jugement, M. B s'est rendu coupable, le 1er mai 2019, des infractions de détention et transport non-autorisés de stupéfiants, usage illicite de stupéfiants et refus, par le conducteur d'un véhicule, d'obtempérer à une sommation des forces de l'ordre de s'arrêter. Dans ces conditions, le directeur central de la police judiciaire a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, émettre un avis défavorable à la candidature de M. B et Mme E, gérants de la SNC O Doubi, à l'exploitation d'un poste d'enregistrement des jeux et paris de la Française des jeux.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions des requérants aux fins d'annulation, d'annulation partielle et d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. En l'absence de dépens, les conclusions présentées par les requérants sur le fondement des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, une somme quelconque au titre des frais exposés par M. B, Mme E et la SNC O Doubi et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B, Mme E et de la SNC O Doubi est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à Mme C E, à la société en nom collectif O Doubi et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 16 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Clen, président,

M. Quessette, premier conseiller,

Mme Lejeune, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2025.

La rapporteure,

A. LEJEUNE

Le président,

H. CLEN

La greffière,

F. LE GUIELLAN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

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