vendredi 19 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2201259 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | GERAUD-LINFORT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 mars 2022, M. A B, représenté par Me Geraud-Linfort, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 4 janvier 2022 par laquelle le maire de Viviers-Lès-Montagnes a refusé de lui accorder la protection fonctionnelle ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Viviers-Lès-Montagnes la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la requête est recevable et qu'il justifie d'un intérêt lui donnant qualité pour agir ;
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation en ce qu'il est victime de harcèlement moral de la part de son employeur.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 avril 2023, la commune de Viviers-Lès-Montagnes, représentée par Me Peres, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 24 novembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 26 décembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 86-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Frindel,
- et les conclusions de M. Leymarie, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, adjoint technique territorial de 2ème classe, exerce les fonctions de cantonnier au sein de la commune de Viviers-Lès-Montagnes (Tarn). Par un courrier et un courriel du 13 décembre 2021, il a sollicité auprès du maire la protection fonctionnelle en invoquant des faits répétés de harcèlement moral et des infractions aux règles de sécurité. Le silence gardé par le maire sur cette demande pendant une durée de deux mois a fait naître une décision implicite de rejet le 13 février 2022. Par une lettre du 4 janvier 2022, le conseil de la commune de Viviers-Lès-Montagnes a indiqué au conseil de M. B, que ce dernier ne pouvait bénéficier de la protection fonctionnelle. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler la décision contenue dans le courrier 4 janvier 2022. Toutefois, une correspondance entre avocats ne pouvant être regardée comme une décision administrative susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir, les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être redirigées contre la décision implicite de refus du 13 février 2022.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité externe :
2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " () doivent être motivées les décisions qui : / () 6° refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ". Aux termes de l'article L. 232-4 de ce code, " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande () ".
3. Le bénéfice de la protection fonctionnelle constitue un droit pour les agents en remplissant les conditions. Par conséquent, la décision implicite refusant à M. B le bénéfice de la protection fonctionnelle devait être motivée en application des dispositions précitées de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Toutefois, s'agissant d'une décision implicite, elle n'est pas illégale du seul fait de l'absence de motivation. Or, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B a formulé dans le délai de recours contentieux une demande de communication des motifs de la décision implicite conformément aux dispositions précitées de l'article L. 232-4 du même code. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité interne :
4. Aux termes de l'article 11 de la loi susvisée du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors en vigueur : " I.-A raison de ses fonctions et indépendamment des règles fixées par le code pénal et par les lois spéciales, le fonctionnaire ou, le cas échéant, l'ancien fonctionnaire bénéficie, dans les conditions prévues au présent article, d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire. () / La collectivité publique est tenue de protéger l'agent public contre les atteintes volontaires à l'intégrité de sa personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. " L'article 6 quinquies de cette loi dispose : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont, pour objet ou pour effet, une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel () ".
5. Il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral, lorsqu'il entend contester le refus opposé par l'administration dont il relève à une demande de protection fonctionnelle fondée sur de tels faits de harcèlement, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'administration auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. Pour être qualifiés de harcèlement moral, ces agissements doivent être répétés et excéder les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique.
6. En premier lieu, pour contester la décision du maire, M. B soutient que la commune a refusé de prendre en charge sa mutuelle au titre de l'année 2021. Il produit à l'appui de ses allégations le bulletin de salaire du mois de janvier 2021, sur lequel n'apparait pas la participation forfaitaire de 25 euros pour la mutuelle. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. B n'a transmis à la commune l'attestation de sa mutuelle réclamée par son employeur pour bénéficier de cette participation que le 4 octobre 2021. Il n'est pas contesté que depuis la transmission de cette attestation, la participation forfaitaire a été versée à M. B, qui ne peut ainsi sérieusement soutenir, alors que l'absence de prise en charge de cette participation avant le mois d'octobre 2021 lui est imputable, qu'elle fait présumer de la part de son employeur l'existence d'un harcèlement moral.
7. En deuxième lieu, le requérant soutient avoir été contraint par la commune de rester en congé de maladie ordinaire, ce qui aurait entraîné son passage à mi-traitement dès le mois de juillet 2021. Toutefois, il ressort d'un courriel adressé le 16 juillet 2021 par la commune à M. B, que ce dernier a seulement été invité à prolonger son congé de maladie dans l'attente, à la suite de l'avis du comité médical, de l'obtention d'un rendez-vous avec le médecin de prévention sur sa reprise. Les différents bulletins de salaire produits révèlent que le placement à mi-traitement du requérant est intervenu au mois d'octobre 2021 et non en juillet. Enfin, M. B n'apporte aucun élément susceptible d'établir que la commune ne l'aurait pas placé dans une situation réglementaire régulière, ni qu'elle lui aurait versé une rémunération inférieure à celle à laquelle il avait droit.
8. En troisième lieu, M. B fait valoir qu'il a subi une procédure disciplinaire abusive et diffamatoire. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que cette procédure a été initiée au vu des résultats d'une enquête interne menée par la commune pour suspicion de vol de bien public à la suite de la dénonciation de M. B par l'un de ses voisins. Par ailleurs, la commune fait valoir, sans être contredite, que l'intéressé a bénéficié de l'ensemble des garanties attachées à la procédure disciplinaire. Enfin, il est constant que le maire de Viviers-Lès-Montagnes a suivi l'avis du conseil de discipline, qui a estimé que les faits reprochés n'étaient pas suffisamment établis, et n'a pas infligé de sanction à M. B. Dès lors, l'élément invoqué ne saurait faire présumer l'existence d'un harcèlement à l'égard du requérant.
9. En quatrième lieu, le requérant reproche au maire d'avoir modifié arbitrairement ses horaires, en l'absence de consultation du comité technique. Or, le changement individuel d'organisation du temps de travail légal n'a pas à faire l'objet d'une saisine du comité technique. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. B a approuvé cette modification, qui se borne à organiser son temps de travail sur une durée de 35 heures par semaine en remplacement d'une organisation par quinzaine alternant une semaine de 39 heures avec une semaine de 31 heures.
10. En cinquième lieu, M. B soutient que, depuis la reprise de son travail en octobre 2021, des missions lui ont été retirées et qu'il a été isolé du reste de ses collègues. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant faisait l'objet depuis le 22 septembre 2021 de restrictions médicales imposant de lui " éviter les antiflexions du tronc prolongées et l'utilisation des engins vibrants (type tronçonneuse, débroussailleuses) au-delà de deux heures ", alors qu'en tant que cantonnier, il relève de ses missions de désherber et débroussailler. La commune fait précisément valoir qu'afin de se conformer à ces prescriptions, elle a retiré à M. B l'usage des engins vibrants au profit d'outils plus traditionnels. Le requérant, qui ne fournit aucune précision sur les tâches qui lui étaient auparavant confiées, n'établit pas que le changement apporté dans l'exécution de ses missions serait sans lien avec les préconisations médicales ci-dessus décrites. De même, il n'apporte aucun élément susceptible d'établir la réalité de l'isolement dont il aurait fait l'objet.
11. En sixième lieu, M. B soutient que la commune l'a mis en danger en ne respectant pas les restrictions médicales du médecin du travail et que cette attitude serait à l'origine de l'accident survenu le mardi 5 octobre 2021, lors de sa reprise. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que les prescriptions médicales rappelées au point précédent n'auraient pas été respectées par la commune.
12. En septième lieu, si M. B reproche à son employeur de ne pas avoir répondu à certains de ses courriers, cette circonstance n'est pas en soi constitutive d'un fait de harcèlement moral.
13. En huitième lieu, en se bornant, par un courrier du 25 janvier 2022, à demander en des termes mesurés au requérant des explications sur les raisons de son absence à son poste de travail à la suite de sa visite médicale de reprise, fixée le 20 janvier 2022 à 9 heures, le maire de Viviers-Lès-Montagnes n'a pas excédé les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. Dès lors, cet élément ne saurait faire présumer l'existence d'un harcèlement moral à l'égard de M. B.
14. En neuvième et dernier lieu, si M. B fait valoir que le maire a abusivement refusé de reconnaître comme imputable au service l'accident dont il a été victime le 5 octobre 2021 dans l'exercice de ses fonctions, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait exercé un recours contre cette décision. En tout état de cause, cette seule circonstance ne saurait faire présumer l'existence d'un harcèlement moral.
15. Il s'ensuit que c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le maire de Viviers-Lès-Montagnes a refusé le bénéfice de la protection fonctionnelle à M. B, en l'absence de justification par l'intéressé du harcèlement moral dont il se plaint.
16. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du maire de Viviers-Lès-Montagnes lui refusant le bénéfice de la protection fonctionnelle.
Sur les frais liés au litige :
17. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la commune de Viviers-Lès-Montagnes présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Viviers-Lès-Montagnes présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Viviers-Lès-Montagnes.
Délibéré après l'audience du 29 mars 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Poupineau, présidente,
Mme Rousseau, conseillère,
M. Frindel, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 avril 2024.
Le rapporteur,
T. FRINDEL
La présidente,
V. POUPINEAU
La greffière,
M. C
La République mande et ordonne au préfet du Tarn en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026