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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2201638

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2201638

mardi 3 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2201638
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantGALINON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 22 mars, 13 juin, et 6 juillet 2022, M. E B, représenté par Me Galinon, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 12 août 2021 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de procéder au réexamen de sa situation ou de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une incompétence de son signataire à défaut de production d'une délégation de signature ;

- elle méconnait les dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 47 du code civil ; les actes d'état civil qu'il a produits sont authentiques et réguliers ;

- le non-lieu à statuer opposé par le préfet de la Haute-Garonne doit être écarté, dès lors que la décision du 12 août 2021 portant refus de séjour a produit des effets avant son abrogation ;

- l'absence de légalisation ne fait pas obstacle à ce que l'autorité administrative prenne en considération un acte civil étranger.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 9 et 28 juin 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient :

- à titre principal, qu'il n'y a plus lieu à statuer, la décision du 12 août 2021 ayant été abrogée en cours d'instance, de sorte que la demande d'annulation est devenue sans objet ;

- à titre subsidiaire que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 avril 2022.

Par une ordonnance du 11 avril 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 12 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- la loi n° 2019-222 du 23 mars 2019 ;

- le décret n° 2020-1370 du 10 novembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Soddu a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, se disant né le 15 juillet 1974 à Dakha (Bangladesh), de nationalité bangladaise, déclare être entré sur le territoire français le 8 août 2019 afin d'y solliciter l'asile. L'office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande par décision en date du 21 octobre 2020. Par un arrêté du 17 décembre 2020, le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de renvoi. Par un jugement en date du 15 février 2021, le tribunal administratif de Toulouse a annulé la mesure d'éloignement à l'encontre de M. B et a enjoint au réexamen de sa situation. M. B s'est vu délivrer une autorisation provisoire de séjour jusqu'au 11 septembre 2021. Par sa requête, M. B demande au tribunal d'annuler la décision du 12 août 2021 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne lui a refusé le séjour sur le territoire français en raison du caractère contrefait qu'auraient eu les documents produits pour justifier de son état civil et de sa nationalité.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. M. B ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 12 avril 2022, ses conclusions tendant à son admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet. Par suite, il n'y a donc plus lieu d'y statuer.

Sur l'exception de non-lieu à statuer opposée en défense :

3. En premier lieu, un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'administration abroge l'acte attaqué, cette circonstance prive d'objet la requête formée à son encontre, à la double condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur et que la décision procédant à son abrogation soit devenue définitive.

4. Il ressort des pièces du dossier que par un arrêté du 20 mai 2022, soit postérieurement à l'introduction de l'instance, le préfet de la Haute-Garonne a abrogé la décision attaquée. Si cette abrogation est devenue définitive, il ressort des pièces du dossier que la décision du 12 août 2021 portant refus de séjour a reçu un commencement d'exécution avant son abrogation, de sorte que la requête n'apparaît pas dépourvue d'objet. Par suite, l'exception de non-lieu à statuer soulevée par le préfet de la Haute-Garonne doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme G A, adjointe à la directrice des migrations et de l'intégration, qui disposait, aux termes de l'arrêté du 29 avril 2021 publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n° 31- 2021-122, de la préfecture de la Haute-Garonne et consultable sur le site internet de la préfecture, d'une délégation à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme F D, directrice des migrations et de l'intégration, notamment tous actes ou arrêtés relevant des attributions de sa direction en ce qui concerne les matières relevant du ministère de l'intérieur. Il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est même pas allégué que cette dernière n'aurait pas été absente ou empêchée à la date de la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.

6. En second lieu, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : /1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; / 3° Les documents justifiants de l'état civil et de la nationalité de son conjoint, de ses enfants et de ses parents lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour pour motif familial. / La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents. () ". Aux termes de l'article L. 811-2 du même code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies à l'article 47 du code civil. ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ".

7. Aux termes du II de l'article 16 de la loi du 23 mars 2019 de programmation 2018- 2022 et de réforme pour la justice : " Sauf engagement international contraire, tout acte public établi par une autorité étrangère et destiné à être produit en France doit être légalisé pour y produire effet. / La légalisation est la formalité par laquelle est attestée la véracité de la signature, la qualité en laquelle le signataire de l'acte a agi et, le cas échéant, l'identité du sceau ou timbre dont cet acte est revêtu / Un décret en Conseil d'Etat précise les actes publics concernés par le présent II et fixe les modalités de la légalisation. ". Aux termes de l'article 1er du décret du 10 novembre 2020 relatif à la légalisation des actes publics établis par une autorité étrangère, applicable aux légalisations intervenues à compter du 1er janvier 2021 : " Sauf engagement international contraire, tout acte public établi par une autorité étrangère et destiné à être produit en France ou devant un ambassadeur ou chef de poste consulaire français doit être légalisé pour y produire effet. La légalisation est la formalité par laquelle est attestée la véracité de la signature, la qualité en laquelle le signataire de l'acte a agi et, le cas échéant, l'identité du sceau ou timbre dont cet acte est revêtu. Elle donne lieu à l'apposition d'un cachet dont les caractéristiques sont définies par arrêté conjoint des ministres chargés de la justice et des affaires étrangères ".

8. Il résulte de ces dispositions que, lorsqu'est produit devant l'administration un acte d'état civil émanant d'une autorité étrangère qui a fait l'objet d'une légalisation, sont en principe attestées la véracité de la signature apposée sur cet acte, la qualité de celui qui l'a dressé et l'identité du sceau ou timbre dont cet acte est revêtu. En cas de doute sur la véracité de la signature, sur l'identité du timbre ou sur la qualité du signataire de la légalisation, il appartient à l'autorité administrative de procéder, sous le contrôle du juge, à toutes vérifications utiles pour s'assurer de la réalité et de l'authenticité de la légalisation. En outre, la légalisation se bornant à attester de la régularité formelle d'un acte, la force probante de celui-ci peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. Par suite, en cas de contestation de la valeur probante d'un acte d'état civil légalisé établi à l'étranger, il revient au juge administratif de former sa conviction en se fondant sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. De plus, à la condition que l'acte d'état civil étranger soumis à l'obligation de légalisation et produit à titre de preuve devant l'autorité administrative ou devant le juge présente des garanties suffisantes d'authenticité, l'absence ou l'irrégularité de sa légalisation ne fait pas obstacle à ce que puissent être prises en considération les énonciations qu'il contient.

9. Il ressort des pièces du dossier que pour refuser à M. B la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement du 9° de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé sur un rapport des services de la police aux frontières, relevant d'une part, des irrégularités sur l'acte de naissance du requérant, notamment l'absence de l'apostille, des cachets et tampons humides du ministère des affaires étrangères et du notaire de la république du Bangladesh, et d'autre part, la contrefaçon de la carte d'identité du requérant. Ces éléments permettent de renverser la présomption d'authenticité résultant des dispositions précitées de l'article 47 du code civil. Si M. B soutient que la production d'un acte de naissance non légalisé n'emporte pas son irrégularité et fait valoir qu'il produit en tout état de cause, dans le cadre de la présente instance, un acte de naissance, légalisé à la date du 2 février 2022, il ressort des pièces du dossier, que le préfet de la Haute-Garonne ne disposait pas, à la date de la décision attaquée à laquelle s'apprécie sa légalité, d'éléments permettant d'attester de la régularité et de l'authenticité des actes d'état civil produits par le requérant. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Garonne a pu légalement écarter comme dépourvus de valeur probante les actes d'état civil fournis par M. B et refuser pour ce motif de lui délivrer un titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision du 12 août 2021 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

11. Les conclusions à fin d'annulation de M. B étant rejetées, ses conclusions susvisées aux fins d'injonction doivent l'être également, dès lors que le présent jugement ne nécessite aucune mesure d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, le versement à M. B de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E:

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant à son admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M.Eh B, à Me Galinon et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Molina-Andréo, présidente

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Biscarel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2023.

La rapporteure,

N. SODDU

La présidente,

B. MOLINA-ANDRÉO

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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