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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2201648

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2201648

mardi 10 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2201648
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantGOUTAL ALIBERT & ASSOCIES AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 21 mars 2022, 15 septembre 2022, 13 octobre et 27 novembre 2023, M. C B et Mme D A demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 septembre 2021 par laquelle la maire de Marminiac d'une part, les a informés qu'à défaut de réponse favorable à sa proposition, ils seront mis en demeure de mettre aux normes la section de canalisation qui traverse le chemin communal, dans le délai de deux mois suivant la réception de cette lettre, et d'autre part, les a mis en demeure de procéder à la réparation totale, dans un délai de deux mois, de la section du mur qui longe le chemin rural et la parcelle 433 dont ils sont propriétaires ;

2°) d'enjoindre à la commune de Marminiac de fermer à la circulation publique motorisée, pour des raisons de sécurité publique, une section du chemin rural longeant la route sise au 255 chemin des Mourlanies, à Marminiac.

Ils soutiennent que :

- la décision est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'inexactitude matérielle ;

- ils contestent l'appartenance au domaine privé du chemin des Mourlanies qui, dans sa totalité, n'est ni une voie communale, ni un chemin rural ;

- la parcelle cadastrée 1250 dont ils sont propriétaires possède déjà trois demi-tours, un quatrième n'est donc pas nécessaire au regard de la configuration des lieux et il n'appartient pas au maire d'en décider, seule la communauté de communes Cazals-Salviac est compétente ;

- la réparation du mur, qui ne s'est pas effondré, n'est pas nécessaire dès lors qu'ils ont tendu un solide grillage ;

- s'agissant de la mise aux normes de la canalisation d'eau potable traversant le chemin rural, le tracé de ladite canalisation avait été expressément approuvé par un précédent maire et ils sont disposés, si besoin, à supporter le coût des travaux ;

- la décision est entachée de détournement de pouvoir ;

- la procédure de médiation engagée n'a pas abouti et cette procédure de médiation est entachée d'irrégularité.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 18 juillet 2022 et 23 novembre 2023, la commune de Marminiac, représentée par Me Banel, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée au préfet du Lot, en qualité d'observateur, qui n'a pas présenté d'observations.

La clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 28 décembre 2023.

M. B et Mme A ont produit un mémoire, enregistré le 29 janvier 2024, soit postérieurement à la clôture de l'instruction.

Le 19 septembre 2022, la présidente de la 5ème chambre du tribunal a engagé une procédure de médiation à l'initiative du juge, en application des articles L. 213-7 et suivants du code de justice administrative, qui n'a pas abouti.

Les parties ont été informées le 19 novembre 2024, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement est susceptible d'être fondé sur des moyens relevés d'office tirés d'une part, de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de la lettre du 23 septembre 2021 en tant qu'elle informe les requérants qu'à défaut d'acceptation de la proposition qui leur est faite, ils seront mis en demeure de procéder à la mise aux normes de la canalisation d'eau potable implantée sur la parcelle cadastrée 1250 dont ils sont propriétaires et traversant, sans autorisation, le chemin communal, qui ne présente aucun caractère décisoire et ne leur fait pas grief et d'autre part, de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'injonction présentées à titre principal à l'encontre de la commune de Marminiac.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Carotenuto,

- les conclusions de Mme Nègre-Le Guillou, rapporteure publique,

- et les observations de Me Arnal, substituant Me Banel, représentant la commune de Marminiac, en présence de la maire de la commune.

Considérant ce qui suit :

1. M. B et Mme A sont propriétaires de la parcelle cadastrée 433 située au 255 chemin des Mourlanies, à Marminiac et des parcelles cadastrées 1248 et 1250, non bâties, situées chemin des Mourlanies. Le 23 septembre 2021, la maire de Marminiac a adressé une lettre aux requérants dont l'objet est " mise en demeure - mise aux normes de la canalisation d'eau potable traversant le chemin communal - réparation du mur effondré sur le chemin rural ". Le 19 novembre 2021, les requérants ont formé un recours hiérarchique, resté sans réponse. Par la présente requête, ils sollicitent l'annulation de la décision du 23 septembre 2021 et à ce qu'il soit enjoint à la commune de Marminiac de fermer à la circulation publique motorisée, pour des raisons de sécurité publique, une section du chemin rural longeant la route sise au 255 chemin des Mourlanies, à Marminiac.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par la lettre du 23 septembre 2021, la maire de Marminiac se borne à informer les requérants qu'à défaut de réponse favorable à sa proposition, ils seront mis en demeure de mettre aux normes la section de canalisation qui passe sous la parcelle cadastrée 1250 dont ils sont propriétaires et traverse, sans autorisation le chemin communal, dans le délai de deux mois suivant la réception de cette lettre. Ce faisant, cette lettre du 23 septembre 2021 en tant qu'elle concerne la mise aux normes de la canalisation d'eau potable traversant le chemin communal n'a aucun caractère décisoire et ne leur fait pas grief. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de cette lettre ne sont pas recevables dans cette mesure.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : 1° Tout ce qui intéresse la sûreté et la commodité du passage dans les rues, quais, places et voies publiques () ". Aux termes de l'article L. 161-1 du code rural et de la pêche maritime : " Les chemins ruraux sont les chemins appartenant aux communes, affectés à l'usage du public, qui n'ont pas été classés comme voies communales. Ils font partie du domaine privé de la commune. ". Aux termes de l'article L. 161-5 du même code : " L'autorité municipale est chargée de la police et de la conservation des chemins ruraux ". L'article D. 161-19 de ce code dispose que : " Les propriétaires des terrains supérieurs ou inférieurs bordant les chemins ruraux sont tenus d'entretenir en bon état les ouvrages construits à leurs frais par eux ou pour leur compte et destinés à soutenir les terres ".

4. Il résulte de l'instruction que le chemin en litige, au droit de la parcelle cadastrée 433, n'a pas fait l'objet d'un classement dans la voirie communale. Il constitue une dépendance du domaine privé de la commune de Marminiac.

5. D'une part, la décision contestée indique que le mur qui longe le chemin rural et la parcelle cadastrée 433, propriété des requérants, est en état de délabrement et constitue un danger pour les usagers et qu'il appartient, en application des dispositions du code civil, au propriétaire situé sur le terrain le plus élevé d'en assurer l'entretien. Par suite, la décision de mise en demeure de réaliser la réparation totale de la " section du mur en état délabré " est suffisamment motivée.

6. D'autre part, selon une jurisprudence constante de la Cour de cassation, en l'absence de titre contraire, un mur de soutènement est présumé appartenir au propriétaire du fonds supérieur. Il résulte de l'instruction que le mur de soutènement en pierres sèches dont l'entretien est en litige se trouve en pied de la parcelle 433 appartenant à M. B et à Mme A, dont il soutient les terres. Il n'est pas sérieusement contesté que l'état du mur en cause se dégrade et présente un risque pour la sécurité des usagers du chemin. Dans ces conditions, et alors que la pose alléguée d'un " solide grillage " n'est, en tout état de cause, pas établie, c'est sans commettre d'erreur de droit ni d'inexactitude matérielle des faits que la maire de Marminiac a prescrit aux requérants de procéder à la remise en état de ce mur qui longe la parcelle cadastrée 433 dont ils sont propriétaires.

7. Par ailleurs, les circonstances que la création d'un point de retournement supplémentaire ne serait pas nécessaire au niveau de la parcelle cadastrée 1248 et que la maire ne serait pas compétente en la matière sont sans incidence sur la légalité de la décision en litige.

8. En troisième lieu, la circonstance que la procédure de médiation engagée à l'initiative du juge en application des articles L. 213-7 et suivants du code de justice administrative serait entachée d'irrégularités est sans incidence sur la légalité de la décision contestée.

9. En dernier lieu, le détournement de pouvoir allégué n'est pas établi.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. En dehors des cas où, en application des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative, il y a lieu de procéder à l'exécution d'une décision juridictionnelle, il n'appartient pas au juge administratif d'adresser, à titre principal, des injonctions à l'administration. Ainsi, les conclusions présentées par M. B et Mme A tendant à ce que la commune Marminiac ferme à la circulation publique motorisée, pour des raisons de sécurité publique, une section du chemin rural longeant la route sise au 255 chemin des Mourlanies, à Marminiac, qui s'analysent comme une demande d'injonction présentée à titre principal, sont irrecevables et doivent être rejetées.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B et de Mme A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

Sur les frais liés au litige :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B et Mme A une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Marminiac et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B et de Mme A est rejetée.

Article 2 : M. B et Mme A verseront à la commune de Marminiac une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Mme D A et au maire de Marminiac.

Délibéré après l'audience du 26 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Carotenuto, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Mérard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2024.

La présidente-rapporteure,

S. CAROTENUTO

La première assesseure,

N. SODDU

La greffière,

S. BALTIMORE

La République mande et ordonne au préfet du Lot en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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