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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2201857

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2201857

vendredi 30 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2201857
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique cellule 7
Avocat requérantCABINET IOSCA AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 mars 2022, M. B A, représenté par Me Iosca, demande au tribunal :

1) d'annuler la décision 48 SI en date du 8 mars 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur lui a notifié, outre une perte de deux points de son permis de conduire consécutivement à l'infraction au code de la route commise le 23 décembre 2021 à 18h08 à Sauveterre, l'ensemble des retraits de points successivement opérés à son encontre ainsi que la perte de la totalité des points affectés à son permis de conduire et corrélativement celle de la validité du permis de conduire et lui a enjoint de restituer son titre de conduite invalidé aux services préfectoraux de son département de résidence dans le délai de dix jours francs à compter de la réception de la décision 48 SI ;

2) d'annuler les décisions de retrait de points afférentes aux infractions commises les

22 août 2012, 30 juillet 2013, 10 avril 2016, 4 novembre 2016, 27 février 2017, 2 avril 2018, 28 juin 2019, 16 octobre 2019 et 23 décembre 2021 ;

3) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de restituer les points illégalement retirés sur son permis de conduire dans un délai de deux mois à compter de la signification de la décision à intervenir.

Il soutient que :

- il n'a pas reçu, lors de la constatation des infractions qui lui sont reprochées, l'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

- la réalité des infractions n'est pas établie conformément aux dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'il appartient à l'administration d'apporter la preuve du paiement de l'amende forfaitaire ou de la réalisation des autres conditions prévues par cet article.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 avril 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête en toutes ses conclusions.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une lettre du 14 février 2023 les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que la décision à intervenir est susceptible d'être fondée sur un moyen soulevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de la décision 48 SI en tant qu'elle notifie à M. A le retrait d'un point de son permis de conduire à la suite de l'infraction commise le 10 avril 2016 alors que ce point lui a été restitué.

Vu :

- le relevé d'information intégral de M. A ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Après avoir au cours de l'audience publique présenté son rapport.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision 48 SI en date du 8 mars 2022, le ministre de l'intérieur a notifié à M. A la perte de deux points de son permis de conduire à la suite d'une infraction commise le 23 décembre 2021 à 18h08 à Sauveterre, a récapitulé les pertes de points consécutives à des infractions commises les 22 août 2012, 30 juillet 2013, 10 avril 2016, 4 novembre 2016, 27 février 2017, 2 avril 2018, 28 juin 2019 et 16 octobre 2019, a constaté l'invalidité du permis de conduire de l'intéressé à la suite de ces retraits et lui a enjoint de restituer son titre de conduite. M. A demande l'annulation de cette décision 48 SI ainsi que des décisions de retrait de points consécutives à ces infractions.

Sur les conclusions en annulation de la décision de retrait de points consécutive à l'infraction commise le 10 avril 2016 :

2. Pour l'infraction commise le 10 avril 2016, ayant entraîné le retrait d'un point du permis de conduire de M. A, il résulte de l'instruction et notamment des mentions du relevé intégral concernant le requérant, édité le 15 avril 2022, produit par le ministre de l'intérieur, que le point retiré lui a été restitué le 21 octobre 2016 en application des dispositions de l'article L. 223-6 du code de la route, soit antérieurement à l'introduction de la requête. Dès lors, les conclusions tendant à l'annulation de la décision de retrait de ce point et, ainsi, de la décision référencée 48 SI en tant qu'elle notifie à M. A la perte de ce point sont irrecevables et doivent être rejetées comme telles.

Sur le surplus des conclusions en annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'information :

3. En vertu de l'article L. 223-1 du code de la route, le nombre de points affectés au permis de conduire est réduit de plein droit, lorsqu'est établie, par le paiement d'une amende forfaitaire ou par une condamnation définitive ou par l'émission du titre exécutoire d'une amende forfaitaire majorée, la réalité de l'infraction donnant lieu au retrait des points et en vertu des articles L. 223-3 et R. 223-3 du même code, lorsque l'intéressé est avisé qu'une infraction passible d'un retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé de la perte des points qu'il est susceptible d'encourir, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès. Il résulte de ces dispositions que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie, que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document contenant les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, lesquelles constituent une garantie essentielle lui permettant de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis.

4. Pour l'application des articles R. 49-1 et R. 49-10 du code de procédure pénale, il est prescrit depuis l'intervention de l'arrêté du 5 octobre 1999 relatif aux formulaires utilisés pour la constatation et le paiement des contraventions soumises à la procédure de l'amende forfaitaire, dont les dispositions pertinentes sont codifiées aux articles A. 37 à A. 37-4 du même code, que lorsqu'une contravention soumise à cette procédure est relevée avec interception du véhicule mais sans que l'amende soit payée immédiatement entre les mains de l'agent verbalisateur, ce dernier utilise un formulaire réunissant, en une même liasse autocopiante, le procès-verbal conservé par le service verbalisateur, une carte de paiement matériellement indispensable pour procéder au règlement de l'amende et l'avis de contravention, également remis au contrevenant pour servir de justificatif du paiement ultérieur, qui comporte une information suffisante au regard des exigences résultant des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Dès lors, le titulaire d'un permis de conduire à l'encontre duquel une infraction au code de la route est relevée au moyen d'un formulaire conforme à ce modèle et dont il est établi, notamment par la mention qui en est faite au système national des permis de conduire, qu'il a payé l'amende forfaitaire correspondant à cette infraction, a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis est réputé être revêtu, l'administration doit alors être regardée comme s'étant acquittée envers le titulaire du permis de son obligation de lui délivrer les informations requises préalablement au paiement de l'amende, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre s'être vu remettre un avis inexact ou incomplet.

S'agissant des infractions commises les 22 août 2012, 27 février 2017 et 28 juin 2019 :

5. Lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire prévue à l'article 529 du code de procédure pénale au titre d'une infraction ayant donné lieu à l'établissement d'un procès-verbal électronique, il découle de cette seule constatation qu'il a nécessairement reçu l'avis de contravention qui, dans le cadre de cette procédure électronique, est adressé au domicile du contrevenant ou du titulaire du certificat d'immatriculation. Eu égard aux mentions dont cet avis doit être revêtu, la même constatation conduit également à regarder comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

6. Pour ce qui concerne les infractions commises les 22 août 2012, 27 février 2017 et 28 juin 2019, ayant entraîné le retrait de deux et deux fois trois points de son permis de conduire, constatées par procès-verbal électronique, il ressort des mentions du relevé d'information intégral le concernant que M. A s'est acquitté du paiement différé de l'amende forfaitaire afférente à ces infractions. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les décisions de retrait de deux et deux fois trois points consécutives à ces infractions sont intervenues à la suite d'une procédure irrégulière.

S'agissant des infractions commises les 30 juillet 2013, 4 novembre 2016, 2 avril 2018, 16 octobre 2019 et 23 décembre 2021 :

7. Pour les infractions pour excès de vitesse commises les 30 juillet 2013, 4 novembre 2016, 2 avril 2018, 16 octobre 2019 et 23 décembre 2021, constatées par radar automatique, il ressort des mentions du relevé d'information intégral le concernant que M. A s'est acquitté du paiement des amendes forfaitaires correspondant à ces infractions. Ce dernier n'apporte aucun élément permettant de mettre en doute l'exactitude de ces mentions, lesquelles établissent qu'il a nécessairement reçu le document nécessaire au paiement sur lequel figurent automatiquement les informations requises par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Faute pour le contrevenant de contester cette affirmation en produisant lui-même les avis qui lui ont été remis et qui sont restés en sa possession, le ministre doit être regardé comme apportant la preuve, qui lui incombe, de la remise à l'intéressé de l'ensemble des informations prescrites par le code de la route pour ces infractions. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les décisions de retrait de deux, quatre, deux fois deux et trois points consécutives à ces infractions sont intervenues à la suite d'une procédure irrégulière.

En ce qui concerne la réalité des infractions :

8. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " la réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive ".

9. Il résulte des dispositions des articles L. 223-1 et L. 225-1 du code de la route, combinées avec celles des articles 529 et suivants du code de procédure pénale et du premier alinéa de l'article 530 du même code, que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.

10. Le ministre de l'intérieur défendeur a versé au dossier le relevé d'information intégral relatif à la situation de M. A, extrait du système national des permis de conduire. Eu égard aux mentions de ce document, et en l'absence de tout élément avancé par l'intéressé de nature à mettre en doute leur exactitude, le requérant doit être regardé comme ayant acquitté les amendes forfaitaires à la suite des infractions commises les 22 août 2012, 30 juillet 2013, 10 avril 2016, 4 novembre 2016, 27 février 2017, 2 avril 2018, 28 juin 2019 et 16 octobre 2019. Le requérant ne démontre pas en effet qu'il aurait présenté, sur le fondement de l'article 529-2 susmentionné du code de procédure pénale une requête en exonération de ces amendes forfaitaires. Il suit de là que la réalité de ces infractions doit être tenue pour établie conformément aux dispositions précitées de l'article L. 223-1 du code de la route, sans que le requérant puisse utilement se prévaloir de ce que la charge de la preuve incombe à l'administration.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées.

Sur les conclusions en injonction :

12. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".

13. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par l'intéressé doivent être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 juin 2023.

La présidente,

Isabelle Carthé Mazères

Le greffier,

Baptiste Roets

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

Le greffier en chef,

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