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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2201912

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2201912

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2201912
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSCP BAUER-VIOLAS - FESCHOTTE-DESBOIS - SEBAGH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 4 avril et 20 juin 2022, et le 16 août 2023, la commune de Montbeton et la communauté d'agglomération du Grand Montauban, représentées par Me Sebagh, doivent être regardées comme demandant au tribunal d'annuler l'arrêté du 7 février 2022 par lequel la préfète de Tarn-et-Garonne a fixé à la somme de 54 474,88 euros le montant du prélèvement dû par la commune de Montbeton pour l'année 2022 au titre de l'article L. 302-7 du code de la construction et de l'habitation et l'a affecté à la communauté d'agglomération du Grand Montauban.

Elles soutiennent que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure, faute de procédure contradictoire préalable ;

- il est entaché d'une erreur de fait ;

- l'arrêté attaqué, qui a été pris pour l'application du décret n° 2020-1006 du 6 août 2020, devra être annulé par voie de conséquence de la décision par laquelle le Conseil d'Etat, saisi d'un recours contre ce décret dans l'instance n° 445183, en prononcera l'annulation ;

- il est illégal du fait de l'illégalité du décret du 6 août 2020, lequel, d'une part, méconnaît le II de l'article L. 302-5 du code de la construction et de l'habitation faute d'avoir fixé, au début de la période 2020-2022, la liste des agglomérations, établissements publics de coopération intercommunale à fiscalité propre et communes sur le territoire desquels s'applique le taux de 20 % mentionné par ces dispositions, d'autre part, méconnaît le principe de sécurité juridique en fixant cette liste huit mois après le début de la période triennale précitée, et de troisième part, a été adopté alors que l'Etat, compte tenu des lacunes statistiques résultant de l'exploitation des données issues du système national d'enregistrement (SNE), ne disposait pas d'informations pertinentes lui permettant de connaître l'indice de tension du parc immobilier et d'établir la liste des agglomérations, établissements publics de coopération intercommunale à fiscalité propre et communes sur le territoire desquels s'applique le taux de 20 % mentionné précédemment.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juillet 2023, le préfet de Tarn-et-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- le moyen tiré de l'erreur de fait n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé et doit donc être écarté comme irrecevable ;

- les autres moyens soulevés par la commune de Montbeton et la communauté d'agglomération du Grand Montauban ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 16 août 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 28 août suivant.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le décret n° 2019-661 du 27 juin 2019 ;

- le décret n° 2020-1006 du 6 août 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Frindel ;

- et les observations de M. Leymarie, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier du 30 décembre 2021, la préfète de Tarn-et-Garonne a notifié à la maire de Montbeton l'inventaire définitif des logements sociaux sur le territoire de sa commune, et l'a informée que, faute de compter au minimum 25 % de logements sociaux au sein de son parc de logements au 1er janvier 2021, elle serait soumise au prélèvement mentionné à l'article L. 302-7 du code de la construction et de l'habitation. Par un arrêté du 7 février 2022, la préfète a fixé le montant de ce prélèvement à la somme de 54 474,88 euros en 2022 et l'a affecté à la communauté d'agglomération du Grand Montauban en sa qualité de délégataire des aides à la pierre. Par la présente requête, la commune de Montbeton et la communauté d'agglomération du Grand Montauban doivent être regardées comme demandant au tribunal l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, aux termes du I de l'article L. 302-5 du code de la construction et de l'habitation : " Les dispositions de la présente section s'appliquent aux communes dont la population est au moins égale à 1 500 habitants dans l'unité urbaine de Paris et 3 500 habitants sur le reste du territoire qui sont comprises, au sens du recensement de la population, dans une agglomération ou un établissement public de coopération intercommunale à fiscalité propre de plus de 50 000 habitants comprenant au moins une commune de plus de 15 000 habitants, et dans lesquelles le nombre total de logements locatifs sociaux représente, au 1er janvier de l'année précédente, moins de 25 % des résidences principales ". Aux termes de l'article L. 302-6 du même code : " Dans les communes dont la population est au moins égale à 1 500 habitants dans l'unité urbaine de Paris et à 3 500 habitants sur le reste du territoire, situées dans les agglomérations ou les établissements publics de coopération intercommunale à fiscalité propre mentionnés au I de l'article L. 302-5 (), les personnes morales, propriétaires ou gestionnaires de logements sociaux au sens du IV de l'article L. 302-5, sont tenues de fournir au représentant de l'Etat dans le département, chaque année avant le 1er juillet, un inventaire par commune des logements sociaux dont elles sont propriétaires ou gestionnaires au 1er janvier de l'année en cours. / Elles fournissent également, dans les mêmes conditions que celles mentionnées au premier alinéa, un inventaire complémentaire qui établit le mode de financement des logements mis en service à partir du 1er janvier 2002. / () / Le représentant de l'Etat dans le département communique chaque année à chaque commune susceptible d'être visée à l'article L. 302-5, avant le 1er septembre, les inventaires la concernant assortis du nombre de logements sociaux décomptés en application de l'article L. 302-5 sur son territoire au 1er janvier de l'année en cours, lorsque le nombre de logements sociaux décomptés représente moins que le taux mentionné, selon le cas, aux I ou II dudit article L. 302-5. La commune dispose de deux mois pour présenter ses observations. / Après examen de ces observations, le représentant de l'Etat dans le département notifie avant le 31 décembre le nombre de logements sociaux retenus pour l'application de l'article L. 302-5 () ". Aux termes de l'article L. 302-7 du même code : " Il est effectué chaque année un prélèvement sur les ressources fiscales des communes visées à l'article L. 302-5, à l'exception de celles qui bénéficient de la dotation de solidarité urbaine et de cohésion sociale prévue par l'article L. 2334-15 du code général des collectivités territoriales lorsque le nombre des logements sociaux y excède 20 % des résidences principales pour les communes mentionnées au I du même article L. 302-5, ou 15 % pour les communes mentionnées aux premier et dernier alinéas du II dudit article L. 302-5. A compter du 1er janvier 2015, toute commune soumise pour la première fois à l'application des I ou II de l'article L. 302-5 est exonérée de ce prélèvement pendant les trois premières années () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que par un courrier du 7 octobre 2021, la préfète de Tarn-et-Garonne a communiqué à la maire de Montbeton, " pour information et vérification ", l'inventaire des logements locatifs sociaux existants dans sa commune et offerts à la location au 1er janvier 2021. Par un courriel du 15 décembre 2021, la commune de Montbeton a confirmé le nombre de logements sociaux existants sur son territoire. L'inventaire définitif des logements sociaux a été notifié à la maire de Montbeton par une lettre du 30 décembre 2021. Par suite, et alors que les dispositions citées au point précédent n'imposaient ni de recueillir à nouveau les observations de la commune préalablement à l'édiction de l'arrêté attaqué, ni en tout état de cause de recueillir celles de la communauté d'agglomération du Grand Montauban, le moyen tiré de l'absence de procédure contradictoire doit être écarté.

4. En deuxième lieu, le moyen tiré de l'erreur de fait n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Il doit, par suite, être écarté.

5. En troisième lieu, par une décision n° 445183 du 24 juin 2022, le Conseil d'Etat statuant au contentieux a rejeté la requête formée par la commune de Montauban et la communauté d'agglomération du Grand Montauban tendant à l'annulation du décret susvisé du 6 août 2020 fixant les valeurs des ratios permettant de déterminer la liste des agglomérations, des établissements publics de coopération intercommunale et des communes mentionnés au II de l'article L. 302-5 du code de la construction et de l'habitation. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté devrait être annulé par voie de conséquence de l'annulation du décret du 6 août 2020 ne peut qu'être écarté.

6. En quatrième et dernier lieu, d'une part, la publication le 8 août 2020 au Journal officiel de la République française du décret du 6 août 2020 susvisé, qui est applicable pour la période triennale 2020-2022, n'a pas, dans les circonstances particulières qui caractérisaient l'année 2020 en raison de l'épidémie de Covid-19, méconnu les dispositions du II de l'article L. 302-5 du code de la construction et de l'habitation qui prévoient qu'un décret fixe, au moins au début de chacune des périodes triennales mentionnées au I de l'article L. 302-8 du même code, la liste des agglomérations, des établissements publics de coopération intercommunale à fiscalité propre concernés et des communes pour lesquelles s'applique le taux de 20 %. Par ailleurs, les requérantes, qui avaient connaissance, dès la publication du décret du 27 juin 2019 susvisé relatif à l'application des articles L. 302-5 et suivants du code de la construction et de l'habitation et à l'octroi de la subvention spécifique en faveur du développement d'une offre de logements locatifs très sociaux, des nouvelles modalités de calcul du ratio servant de base à la détermination du taux d'obligation de logements locatifs sociaux, n'établissent pas que la date de publication du décret du 6 août 2020 a porté à leurs intérêts une atteinte excessive. Par suite, les requérantes ne sont pas fondées à soutenir que le décret du 6 août 2020 dont elles excipent de l'illégalité a méconnu les dispositions du II de l'article L. 302-5 du code de la construction et de l'habitation ainsi que le principe de sécurité juridique en s'abstenant de fixer " en temps utile " la liste des agglomérations, établissements publics de coopération intercommunale à fiscalité propre et communes sur le territoire desquels s'applique le taux de 20 %.

7. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que les auteurs du décret du 6 août 2020 ne disposaient pas, à la date de sa publication, de données pertinentes permettant d'établir la liste des agglomérations, établissements publics de coopération intercommunale à fiscalité propre et communes sur le territoire desquels s'applique le taux de 20 % et qu'ils auraient, par voie de conséquence, utilisé des données erronées pour refuser d'appliquer aux requérantes ce taux de 20 % pour la période triennale allant de 2020 à 2022. Si la Cour des comptes a relevé dans son rapport annuel de février 2020 l'existence de lacunes statistiques dans le cadre de l'exploitation des données provenant du système national d'enregistrement, prévu par l'article L. 441-2-1 du code de la construction et de l'habitation, pour l'établissement du ratio entre le nombre de demandes de logements locatifs sociaux et le nombre d'emménagements annuels, hors mutations internes, dans le parc locatif social, se traduisant en particulier par l'existence de doublons dans la comptabilisation du nombre de demandes de logements sociaux, estimés à 20 %, cette estimation, qui constitue une moyenne nationale et n'est au demeurant pas appuyée sur un constat précis, ne permet pas, contrairement à ce que soutiennent les requérantes, de déduire directement une telle proportion de doublons des données concernant l'agglomération montalbanaise. En outre, la Cour des comptes associe le problème des doublons à la situation d'agglomérations s'étendant sur plusieurs départements, ce qui n'est pas le cas de l'agglomération de Montauban, toutes les communes de son unité urbaine étant situées dans le Tarn-et-Garonne. Enfin, la circonstance que les montants dus par les communes au titre de l'article L. 302-7 du code de la construction et de l'habitation soient susceptibles de variation d'une année sur l'autre et d'une collectivité à l'autre en fonction de leur situation n'est pas, en elle-même, de nature à caractériser un défaut de transparence et de prévisibilité des données prises en compte par l'Etat. Par suite, le moyen tiré de ce que le décret litigieux a été adopté alors que l'Etat ne disposait pas d'informations pertinentes lui permettant de connaître l'indice de tension du parc immobilier et d'établir la liste des agglomérations, établissements publics de coopération intercommunale à fiscalité propre et communes sur le territoire desquels s'applique le taux de 20 % doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par la commune de Montbeton et par la communauté d'agglomération du Grand Montauban doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité de la requête en tant qu'elle émane de cet établissement.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la commune de Montbeton et de la communauté d'agglomération du Grand Montauban est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Montbeton, à la communauté d'agglomération du Grand Montauban et à la ministre du logement et de la rénovation urbaine.

Copie en sera adressée au préfet de Tarn-et-Garonne.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Grimaud, président,

Mme Bouisset, première conseillère,

M. Frindel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.

Le rapporteur,

T. FRINDEL

Le président,

P. GRIMAUD

La greffière,

B. RODRIGUEZ

La République mande et ordonne à la ministre du logement et de la rénovation urbaine en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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