jeudi 5 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2202630 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 mai 2022, Mme C A demande au tribunal d'annuler le certificat d'urbanisme négatif du 15 décembre 2021 délivré par le préfet de la Haute-Garonne, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux du 9 mars 2022.
Elle soutient que :
-les parcelles concernées ne sont plus exploitées depuis vingt-six ans de sorte que leur urbanisation, maîtrisée, sera sans incidence sur le foncier agricole ;
- les parcelles sont viabilisées et desservies par un chemin départemental qui dessert déjà sept habitations ;
- elle a déjà obtenu deux certificats d'urbanisme positifs pour la réalisation de son projet ;
- le projet respectera le terrain naturel situé sur un coteau et prend en compte l'impact environnemental.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 août 2022, la commune de Polastron s'en remet au tribunal.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 avril 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête et, à titre subsidiaire, à son rejet au fond.
Il soutient que :
- la requête ne comporte aucun moyen de droit et est donc irrecevable ;
- il est en situation de compétence liée suite à l'avis conforme de la commission départementale de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers ;
- les autres moyens ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 21 juin 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 13 juillet 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lequeux, rapporteure,
- et les conclusions de Mme Rousseau, rapporteure publique,
Considérant ce qui suit :
1. Par un certificat d'urbanisme du 15 décembre 2021, le préfet de la Haute-Garonne a indiqué que la parcelle cadastrée sous le n° OB 53 du cadastre de la commune de Polastron, propriété de Mme B A, ne pouvait pas être utilisée pour la construction d'une maison individuelle à usage d'habitation. Par décision du 9 mars 2022, le préfet a rejeté le recours gracieux de Mme B A contre ce certificat d'urbanisme négatif.
2. D'une part, aux termes de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme, alors applicable : " En l'absence de plan local d'urbanisme, de tout document d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, les constructions ne peuvent être autorisées que dans les parties urbanisées de la commune ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 111-4 code de l'urbanisme : " Peuvent toutefois être autorisés en dehors des parties urbanisées de la commune : () / 4° Les constructions ou installations, sur délibération motivée du conseil municipal, si celui-ci considère que l'intérêt de la commune, en particulier pour éviter une diminution de la population communale, le justifie, dès lors qu'elles ne portent pas atteinte à la sauvegarde des espaces naturels et des paysages, à la salubrité et à la sécurité publiques, qu'elles n'entraînent pas un surcroît important de dépenses publiques et que le projet n'est pas contraire aux objectifs visés à l'article L. 101-2 et aux dispositions des chapitres I et II du titre II du livre Ier ou aux directives territoriales d'aménagement précisant leurs modalités d'application ". Les dispositions de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme interdisent en principe, en l'absence de plan local d'urbanisme ou de carte communale opposable aux tiers ou de tout document d'urbanisme en tenant lieu, les constructions implantées "en dehors des parties actuellement urbanisées de la commune", c'est-à-dire des parties du territoire communal qui comportent déjà un nombre et une densité significatifs de constructions. Il en résulte qu'en dehors des cas où elles relèvent des exceptions expressément et limitativement prévues, les constructions ne peuvent être autorisées dès lors que leur réalisation a pour effet d'étendre la partie actuellement urbanisée de la commune. Pour apprécier si un projet a pour effet d'étendre la partie actuellement urbanisée de la commune, il est tenu compte de sa proximité avec les constructions existantes situées dans les parties urbanisées de la commune ainsi que du nombre et de la densité des constructions projetées.
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 111-5 du même code : " La construction de bâtiments nouveaux mentionnée au 1° de l'article L. 111-4 et les projets de constructions, aménagements, installations et travaux mentionnés aux 2° et 3° du même article () doivent être préalablement soumis pour avis par l'autorité administrative compétente de l'Etat à la commission départementale de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers prévue à l'article L. 112-1-1 du code rural et de la pêche maritime. / La délibération mentionnée au 4° de l'article L. 111-4 est soumise pour avis conforme à cette même commission départementale. Cet avis est réputé favorable s'il n'est pas intervenu dans un délai d'un mois à compter de la saisine de la commission ".
4. Il est constant que la commune de Polastron n'était pas dotée, à la date de la décision attaquée, d'un plan local d'urbanisme, d'un document d'urbanisme en tenant lieu ou d'une carte communale. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que cette commune, dont le territoire est composé pour l'essentiel de terres agricoles et naturelles et de quelques habitations éparses, présente un caractère rural. La parcelle assiette du projet, d'une superficie de 6 000 m², est quant à elle située au sein d'un vaste espace naturel et agricole, le long du chemin départemental 48D, séparée des maisons à usage d'habitation les plus proches de 130 mètres d'un côté et 230 mètres de l'autre. Il en résulte que la parcelle assiette du projet n'est pas située au sein d'une partie urbanisée de la commune au sens de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme.
5. S'il est vrai que, par une délibération du 4 février 2022, le conseil municipal de Polastron a émis un avis favorable au projet de Mme B A sur le fondement du 4° de l'article L. 111-4 du code de l'urbanisme et a ainsi entendu permettre à ce projet de déroger à la règle de la constructibilité limitée, il ressort toutefois des pièces du dossier que la commission départementale de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers a émis un avis négatif sur le projet dans sa séance du 10 mars 2022, ce dont la commune a été informée par une lettre du préfet de la Haute-Garonne du 14 mars 2022.
6. Mme B A soutient certes, pour contester l'avis de la commission départementale de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers et la décision du préfet de la Haute-Garonne, que sa parcelle est déjà desservie par les réseaux, qu'elle ne fait l'objet d'aucune exploitation agricole depuis plus de vingt ans et que le projet respecte le terrain naturel de la parcelle et prend en compte son impact environnemental. Toutefois ces circonstances ne remettent pas utilement en cause le motif de la décision attaquée, tiré de ce que le projet consomme des espaces agricoles et contribue au mitage des terres agricoles. De même, la circonstance que Mme B A a déjà obtenu deux certificats d'urbanisme positifs pour la réalisation de son projet est sans incidence sur l'appréciation portée tant par la commission départementale de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers sur le projet que par le préfet dans le certificat d'urbanisme négatif attaqué. Ainsi ni la commission départementale de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers, ni le préfet n'ont commis d'erreur d'appréciation en s'opposant au projet de la requérante.
7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet de la Haute-Garonne lui a délivré un certificat d'urbanisme négatif et de la décision rejetant son recours gracieux.
D E C I D E :
Article 1er : La requête est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à la commune de Polastron et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 7 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Grimaud, président,
Mme Lequeux, conseillère,
Mme Lucas, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.
La rapporteure,
A. LEQUEUX
Le président,
P. GRIMAUDLa greffière,
M.-E. LATIF
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026