mardi 12 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2202665 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | ELIGE BORDEAUX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 10 mai 2022 et le 24 octobre 2023, M. C A, représenté par Me Merlet-Bonnan, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 10 décembre 2021 par laquelle le directeur du centre ministériel de gestion de Bordeaux a rejeté sa demande de départ anticipé à la retraite au titre des travaux insalubres au 1er mars 2022, ensemble le rejet du 3 mars 2022 de son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre au ministre des armées de lui octroyer le bénéfice d'un départ à la retraite anticipé au titre des travaux insalubres sur le fondement des dispositions de l'article 21 du décret n°2004-1056 du 5 octobre 2004, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et de faire procéder à la régularisation de sa situation au regard de sa pension de retraite ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision du 10 décembre 2021 est insuffisamment motivée en droit ;
- les deux décisions contestées sont entachées d'erreur de fait, dès lors que la réalité des travaux accomplis est confirmée ;
- elles sont entachées d'une erreur de droit dès lors qu'il ne ressort d'aucun texte applicable en l'espèce que les travaux insalubres réalisés doivent correspondre à des professions matriculaires pour être pris en compte ;
- elles portent atteinte au principe d'égalité de traitement des agents publics dès lors qu'elles ont introduit une différence de traitement sans rapport avec l'objet de la norme ;
- elles sont entachées d'erreur d'appréciation dès lors qu'elles considèrent que les travaux répertoriés ne doivent pas être pris en compte alors qu'ils sont listés dans l'état annuel.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 9 mai 2023 et le 14 novembre 2023, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le décret n°67-711 du 18 août 1967 ;
- le décret n°2004-1056 du 5 octobre 2004 ;
- le décret n°2005-850 du 27 juillet 2005 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Mérard,
- les conclusions de Mme Nègre-Le Guillou, rapporteure publique,
- et les observations de Me Merlet-Bonnan, représentant M. A, en la présence de ce dernier.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ouvrier de l'Etat au sein du ministère des armées, a exercé successivement les fonctions de mécanicien monteur, à compter du 1er mars 1981, puis opérateur de l'audiovisuel à compter du 1er septembre 1991 et ouvrier des techniques de l'image, à compter du 1er janvier 1995. Par un courrier du 2 juin 2021, l'intéressé a présenté une demande de départ anticipé à la retraite au 1er mars 2022 en raison de l'exécution de travaux insalubres. Par une décision du 10 décembre 2021, le directeur du centre ministériel de gestion de Bordeaux a expressément rejeté cette demande. Le recours gracieux formé par l'intéressé le 25 janvier 2022 a été rejeté par une décision du 3 mars 2022, notifiée le 10 mars suivant. Par la présente requête, M. A demande au tribunal l'annulation de ces deux décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article 21 du décret du 5 octobre 2004 relatif au régime des pensions des ouvriers des établissements industriels de l'Etat : " I. - La liquidation de la pension intervient : / 1° Lorsque l'intéressé est radié des contrôles par limite d'âge, ou s'il a atteint, à la date d'admission à la retraite, l'âge mentionné à l'article L. 161-17-2 du code de la sécurité sociale, ou de cinquante-sept ans s'il a effectivement accompli dix-sept ans de services dans des emplois comportant des risques particuliers d'insalubrité. Les catégories d'emplois comportant ces risques sont déterminées dans les conditions fixées au II () / II.- La liquidation de la pension à cinquante-sept ans prévue au 1° du I du présent article est réservée aux intéressés accomplissant des travaux ou occupant des emplois dont la liste est fixée aux annexes du décret n° 67-711 du 18 août 1967 fixant les conditions d'application du régime des pensions des ouvriers des établissements industriels de l'Etat. / Les intéressés doivent avoir accompli, pendant chacune des dix-sept périodes annales exigées : / 1° Soit trois cents heures de travail dans une des catégories de travaux insalubres ; / 2° Soit deux cents jours de services dans un des emplois insalubres pour les services effectués jusqu'au 31 décembre 2001 et de cent quatre-vingt jours de services dans un des emplois insalubres pour les services effectués à compter du 1er janvier 2002 () ".
3. D'autre part, aux termes du A du I de l'annexe du décret du 18 août 1967 fixant les conditions d'application du régime des pensions des ouvriers des établissements industriels de l'Etat, parmi la liste des travaux et emplois comportant des risques particuliers s'agissant du ministère des armées (terre, air et marine), figurent : " () IX. - Fabrication et manipulations de produits basiques toxiques / () XV. - Travaux exécutés en air confiné par suite du volume très réduit de l'espace où ils sont exécutés, ou en air pollué, en l'absence de ventilation artificielle efficace : travaux exécutés à l'aide du scaphandre dans l'air comprimé ou en dépression. Exemple : cellules de double fonds, collecteurs de chaudières à bateaux portés, fours non refroidis, caisses à huile et à hydrocarbures, tanks et réservoirs pétroliers / () XIX. - Travaux exposant de façon habituelle à l'action intensive des sons et vibrations à celle des rayonnements ultra-violets ou infrarouges dans les postes de travail fixés limitativement comme suit : / Bancs d'essais, moteurs et réacteurs, souffleries, laboratoires d'engins spéciaux, travaux au pistolet ou marteau pneumatique, soudure à l'arc, découpage au chalumeau oxyacétylénique. / XX. - Travaux exposant à l'intoxication par les produits agressifs spéciaux (). ".
4. Pour déterminer la limite d'âge applicable à un ouvrier de l'Etat, il appartient à l'administration, sous le contrôle du juge administratif, de rechercher si, au regard des fonctions effectivement exercées par l'agent intéressé, celui-ci peut être regardé comme ayant occupé l'un des emplois ou exercé l'un des travaux comportant des risques particuliers d'insalubrité limitativement énumérés par les annexes du décret du 18 août 1967.
5. En premier lieu, il résulte des dispositions précitées de l'article 21 du décret du 5 octobre 2004 relatif au régime des pensions des ouvriers des établissements industriels de l'État que la liquidation de la pension à cinquante-sept ans qu'elles prévoient est notamment subordonnée à la condition que les intéressés aient notamment accompli, pendant dix-sept périodes annales, trois cents heures de travail dans une catégorie de travaux insalubres fixée par les annexes du décret du 18 août 1967 fixant les conditions d'application du régime des pensions des ouvriers des établissements industriels de l'Etat. Il ne résulte nullement des annexes de ce décret, s'agissant du ministère des armées, et des travaux insalubres qu'elles visent, que ces travaux insalubres devraient avoir été réalisés dans le cadre de professions répertoriées. Par suite, en ayant exclu les travaux insalubres visés au IX, XV, XIX et XX du A du I de la première annexe du décret du 18 août 1967 réalisés par M. A en raison de ses emplois successifs d'opérateur de l'audiovisuel et d'ouvrier des techniques de l'image, le ministre a commis une erreur de droit. Toutefois, il ressort de la décision du 10 décembre 2021 que l'administration s'est également fondée pour rejeter la demande de M. A sur le fait que les rubriques retenues ne correspondaient pas aux travaux effectivement et successivement confiés.
6. En second lieu, d'une part, il ressort des pièces du dossier et notamment des relevés de travaux insalubres effectués sur les années 1989 à 1996, que durant cette période, M. A a réalisé des travaux insalubres, aux sens des dispositions citées au point 3, notamment en manipulant des produits toxiques, et en réalisant des travaux bruyants-souffleries. Il ressort par ailleurs de l'attestation élaborée par le directeur général de l'armement des techniques aéronautiques que l'activité d'opérateur de moyens audiovisuels nécessite la confection et l'utilisation de bains de développement, de blanchiment, de fixateur et de lavage, opérations réalisées en chambre noire de dimensions réduites et faiblement ventilées. De son côté, en se bornant à indiquer que, au regard des emplois occupés par l'intéressé, M. A n'a pas réalisé les travaux mentionnés au A du I de l'annexe du décret du 18 août 1967, sans produire d'élément précis relatifs aux missions qu'il a réalisées au titre des années 1989 à 1996, le ministre des armées n'établit pas qu'elles étaient insusceptibles d'être qualifiées de travaux insalubres au sens des dispositions citées aux points 2 et 3 alors que lui seul est en mesure d'apporter des éléments de nature à démontrer, année par année, que ces travaux étaient insusceptibles de se rattacher aux catégories mentionnées au A du I de l'annexe du décret du 18 août 1967.
7. D'autre part, il ressort des relevés de travaux insalubres sur les années 1997 à 2018, que durant cette période, M. A a réalisé des travaux exposant aux sons et vibrations (XIX) et à partir de 2010 des travaux exposant à l'intoxication par les produits agressifs spéciaux (XX). Il ressort aussi de l'attestation précitée que l'activité d'agent de réseaux courants faibles nécessitait d'intervenir dans des locaux techniques en espaces exigus et soumis à l'action intensive des sons et vibrations liés à la propagation des sons des bancs d'essai. Le ministre des armées ne retient pas la rubrique des travaux exposant aux sons et vibrations au motif, non sérieusement contredit, que M. A n'effectuait pas lui-même les travaux au sens de la rubrique ni celle de la rubrique XX. Toutefois, la circonstance qu'il n'effectuait pas lui-même les travaux n'est pas exclusive de la qualification de travaux insalubres alors qu'en tant que chef d'équipe, il se devait d'effectuer ses missions en étant exposé aux sons et vibrations. Le ministre des armées ne saurait, par cette seule opposition, remettre en cause le caractère probant des relevés d'heures de travaux insalubres signés par le chef de section pour chaque année, alors qu'au demeurant, M. A a bénéficié d'indemnités pour travaux insalubres de 2014 à 2018, soit pendant 5 années. Dans ces conditions, le ministre des armées ne démontre pas que M. A n'a pas effectivement effectué les travaux insalubres dont il se prévaut pour les années 1997 à 2018.
8. En conséquence, s'il ressort des pièces du dossier que les années 1985 à 1988 ont été validées au titre de la règlementation sur les travaux insalubres et que les années 1989 à 1996 devaient être retenues, tout comme les années 1997 à 2018, il ressort que M. A a effectué trois cents heures de travail relevant des travaux insalubres pendant dix-sept années. Dès lors, en refusant son départ anticipé à la retraite à compter du 1er mars 2022, le ministre des armées a commis une erreur de droit et une erreur d'appréciation.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de la décision du 10 décembre 2021 par laquelle le directeur du centre ministériel de gestion de Bordeaux a rejeté sa demande de départ anticipé à la retraite au titre des travaux insalubres au 1er mars 2022, ensemble le rejet du 3 mars 2022 de son recours gracieux, doivent être accueillies, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés dans sa requête.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. Eu égard aux motifs d'annulation de la décision en litige, le présent jugement implique nécessairement la régularisation de la situation administrative de M. A au regard de ses droits à un départ à la retraite anticipée au titre des travaux insalubres conformément aux motifs exposés au point 8 du présent jugement. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au ministre des armées de procéder à cette régularisation dans le délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 10 décembre 2021 est annulée, ensemble le rejet du recours gracieux.
Article 2 : Il est enjoint au ministre des armées de régulariser la situation administrative de M. A au regard de ses droits à un départ à la retraite anticipée au titre des travaux insalubres dans le délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 1500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au ministre des armées et des anciens combattants.
Délibéré après l'audience du 22 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Carotenuto, présidente,
Mme Soddu, première conseillère,
Mme Mérard, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 novembre 2024.
La rapporteure,
B. MÉRARD
La présidente,
S. CAROTENUTOLa greffière,
M. B
La République mande et ordonne au ministre des armées et des anciens combattants en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026