mercredi 2 juillet 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2203240 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | LABRO |
Vu les procédures suivantes :
Par une requête, enregistrée sous le numéro 2203240, le 9 juin 2022, la SARL TRAD, représentée par Me Nougarolis, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 10 novembre 2021 par laquelle l'inspectrice du travail de de la direction départementale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de la Haute-Garonne a refusé d'autoriser le licenciement de M. B A pour motif disciplinaire, ensemble, la décision par laquelle le ministre du travail a implicitement rejeté son recours hiérarchique ;
2°) d'enjoindre au ministre en charge du travail de réexaminer sa demande d'autorisation de licenciement dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société soutient que :
- la décision implicite de rejet du ministre du travail est entachée d'un défaut de motivation ;
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;
- le principe du contradictoire n'a pas été respecté au regard de la brièveté du délai qui lui a été imparti pour faire valoir ses observations et communiquer des pièces complémentaires ;
- l'inspection du travail a manqué à son obligation d'impartialité et méconnu le régime de la preuve dès lors qu'elle a réalisé une analyse partiale et préalable du dossier sans examiner ni discuter tous les éléments de preuve produits ;
- les faits de dénigrement et de détournement d'informations et/ou de documents confidentiels reprochés à M. A sont matériellement établis ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que les actes de dénigrement reprochés au salarié sont caractérisés et constituent un manquement à l'obligation de loyauté à l'égard de son employeur, que l'intégralité des pièces relatives aux faits reprochés de détournement d'informations et/ou de documents confidentiels était recevable et utile à l'examen de la demande d'autorisation de licenciement, que la procédure interne à l'entreprise a été régulièrement menée, que l'inspectrice du travail a opéré une confusion entre la liberté d'expression des représentants du personnel et le dénigrement ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en l'absence de lien entre la demande de licenciement de M. A et l'exercice de son mandat.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mars 2024, la ministre du travail, de la santé et des solidarités conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens invoqués par la SAS TRAD ne sont pas fondés.
La requête a été communiquée à M. A qui n'a pas produit de mémoire.
Par une ordonnance du 23 avril 2024, la clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 15 mai 2024 à 12h00.
II - Par une requête, enregistrée sous le numéro 2300007 le 2 janvier 2023 et un mémoire, enregistré le 2 avril 2024, M. B A, représenté par Me Labro, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 28 octobre 2022 par laquelle la ministre du travail a retiré sa décision implicite de rejet du recours hiérarchique née le 4 septembre 2022, annulé la décision de l'inspectrice du travail en date du 24 mars 2022 portant refus d'autorisation de licenciement et autorisé son licenciement ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors que la procédure contradictoire préalable n'a pas été respectée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce que le ministre du travail a considéré qu'un vice de procédure substantiel entachait la décision du 24 mars 2022 ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit dès lors que le lien entre son mandat et son inaptitude est établi.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 5 juin et 10 août 2023, la SAS TRAD, venant aux droits de la SARL TRAD, représentée par Me Nougarolis, conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête ou, à titre subsidiaire au rejet de celle-ci, ainsi qu'à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.
Une mise en demeure a été adressée le 11 mai 2023 au ministre en charge du travail qui n'a pas produit de mémoire.
Par une ordonnance du 6 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 27 mai 2024 à 12h00.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Viseur-Ferré ;
- les conclusions de Mme Carvalho, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Lafon-Bailly pour M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A a été recruté, le 29 mars 2016, en contrat à durée indéterminée par la SARL TRAD, devenue le 16 septembre 2022 la SAS TRAD, dans laquelle il occupe les fonctions d'ingénieur informatique et détient un mandat de membre titulaire du comité social et économique depuis le 17 octobre 2019.
2. Par une lettre en date du 1er septembre 2021, la SARL TRAD a convoqué M. A à un entretien préalable à un licenciement pour faute. Après avoir recueilli l'avis du comité social et économique (CSE), le 10 septembre 2021, qui a rendu un avis favorable au licenciement, la société a présenté par un courrier en date du 11 septembre 2021, reçu le 16 septembre suivant, une demande de licencier M. A pour motif disciplinaire auprès de l'inspectrice du travail, laquelle a, après enquête contradictoire, refusé le licenciement par une décision du 10 novembre 2021. Par un courrier en date du 9 décembre 2021, reçu le 20 décembre 2021, la SARL TRAD a formé un recours hiérarchique à l'encontre de cette décision auprès du ministre du travail, qui l'a implicitement rejeté. Par la requête enregistrée sous le numéro 2203240, la SARL TRAD demande l'annulation de la décision de l'inspectrice du travail et de la décision implicite par laquelle le ministre du travail a rejeté son recours hiérarchique.
3. Par un avis du 17 décembre 2021, le médecin du travail a déclaré M. A inapte à ses fonctions en précisant que son état de santé faisait obstacle à tout reclassement. Par un courrier en date du 6 janvier 2022, la SARL TRAD l'a convoqué à un entretien préalable à un licenciement pour inaptitude. Après avoir recueilli l'avis du CSE, le 18 janvier 2022, qui a rendu un avis favorable au licenciement, la société a demandé, par courrier en date du 20 janvier 2022, reçu le 25 janvier suivant, l'autorisation de licencier M. A pour inaptitude physique auprès de l'inspectrice du travail, laquelle a, après enquête contradictoire, refusé le licenciement par une décision du 24 mars 2022. Par un courrier en date du 29 avril 2022, reçu le 4 mai 2022, la SARL TRAD a formé un recours hiérarchique à l'encontre de cette décision auprès de la ministre du travail, qui l'a implicitement rejeté. Par une décision en date du 28 octobre 2022, la ministre du travail a retiré sa décision implicite de rejet du recours hiérarchique, née le 4 septembre 2022, a annulé la décision de l'inspectrice du travail et a autorisé le licenciement de M. A. Par la requête enregistrée sous le numéro 2300007, M. A demande l'annulation de cette décision.
Sur la jonction :
4. Les deux requêtes concernent la situation d'un même salarié et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
Sur la décision de l'inspectrice du travail en date du 10 novembre 2021 :
5. En premier lieu, aux termes de l'article R. 2421-12 du code du travail : " La décision de l'inspecteur du travail est motivée ".
6. La société requérante soutient que la décision contestée est insuffisamment motivée dès lors que l'inspectrice du travail n'aurait pas apprécié le respect des règles relatives au fonctionnement régulier de son CSE. Il ressort des pièces du dossier que les membres du CSE se sont prononcés le 10 septembre 2021 sur le projet de licenciement de M. A, alors que depuis avril 2021, en raison de la démission de deux des quatre membres élus, le nombre des membres du comité était réduit de moitié. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la SARL TRAD a organisé des élections partielles aux mois de septembre et octobre 2021, conformément au protocole pré-électoral établi le 22 juillet 2021. D'autre part, il ressort de la décision attaquée que celle-ci mentionne les éléments de droit et de fait sur lesquels s'est fondée l'inspectrice du travail notamment pour estimer l'irrégularité de la consultation du CSE. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision contestée doit être écarté.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 2421-11 du code du travail : " L'inspecteur du travail procède à une enquête contradictoire au cours de laquelle le salarié peut, sur sa demande, se faire assister d'un représentant de son syndicat ". Le caractère contradictoire de l'enquête menée conformément aux dispositions de l'article R. 2421-11 du code du travail impose à l'inspecteur du travail, saisi d'une demande d'autorisation de licenciement d'un salarié protégé fondée sur un motif disciplinaire, de mettre à même l'employeur et le salarié de prendre connaissance de l'ensemble des éléments déterminants qu'il a pu recueillir, y compris des témoignages, et qui sont de nature à établir ou non la matérialité des faits allégués à l'appui de la demande d'autorisation.
8. Dans ce cadre, la société TRAD soutient avoir bénéficié d'un délai insuffisant afin de faire valoir ses réponses aux observations de M. A et communiquer les pièces complémentaires demandées par l'inspection du travail lors de l'enquête contradictoire du 1er octobre 2021 dès lors qu'elle devait les produire avant 17h, le même jour. D'une part, ces allégations ne sont assorties d'aucune précision ni d'aucun commencement de preuve permettant d'en apprécier le bien-fondé. D'autre part, il ressort des pièces du dossier et des termes de la décision contestée que l'employeur a fait valoir ses observations par un courrier en date du 6 octobre 2021. Un délai de plus de trente jours s'est écoulé entre ces observations et la décision contestée du 10 novembre 2021. Ce délai apparaît ainsi suffisamment long pour permettre à la société, qui avait été entendue par l'inspection du travail, de présenter d'autres observations complémentaires sur les éléments recueillis pendant l'enquête contradictoire et de permettre à l'inspection du travail de statuer sur tous les éléments du dossier. Dans ces conditions, la société TRAD n'est pas fondée à soutenir que le caractère contradictoire de la procédure suivie devant l'administration du travail a été méconnu.
9. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 8124-18 du code du travail : " Les agents du système d'inspection du travail exercent leurs fonctions de manière impartiale sans manifester d'a priori par leurs comportements, paroles et actes. / Ils font bénéficier les usagers placés dans des situations identiques, quels que soient leur statut, leur implantation géographique et leur activité, d'une égalité de traitement ". Le principe d'impartialité, qui garantit aux administrés que toute autorité administrative, individuelle ou collégiale est tenue de traiter leurs affaires sans préjugés ni partis pris, doit être respecté durant l'intégralité de la procédure d'édiction des décisions.
10. La société TRAD estime que l'inspection du travail a manqué à son obligation d'impartialité dès lors qu'elle a réalisé une analyse partiale et préalable du dossier sans examiner ni discuter tous les éléments de preuve produits, plus particulièrement les procès-verbaux de constats d'huissier et leurs annexes. Toutefois, si la requérante soutient que les inspectrices n'ont pas " posé les questions utiles à la compréhension des griefs invoqués à l'égard de M. A ", ont " conduit un entretien exclusivement à charge visant à la convaincre qu'elle n'aurait pas visé les griefs adaptés à la matérialité des faits évoqués " et ont " confirmé avoir entretenu des contacts réguliers avec M. A ", ces allégations ne sont assorties d'aucune pièce susceptible d'en établir le bien-fondé. Par ailleurs, si la société requérante soutient que l'inspectrice a méconnu son obligation d'impartialité dès lors qu'elle n'a pas pris en compte tous les éléments de preuve produits et plus particulièrement les procès-verbaux de constats d'huissier et leurs annexes, il ressort cependant des termes de la décision attaquée que pour refuser le licenciement de M. A, l'administration du travail a notamment étudié les " éléments apportés par l'employeur à l'appui de sa demande () obtenus par le procès-verbal de constat de l'huissier de justice du 20 juillet 2021 () et par procès-verbal de constat de l'huissier de justice du 25 août 2021 à la faveur d'une ordonnance obtenue non-contradictoirement par le Président du tribunal judiciaire de Toulouse, en date du 8 juillet 2021 ". Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance, par l'inspectrice du travail, du principe d'impartialité et du régime de la preuve doit être écarté.
11. En quatrième lieu, les salariés légalement investis de fonctions représentatives bénéficient, dans l'intérêt de l'ensemble des travailleurs qu'ils représentent, d'une protection exceptionnelle prévue par la loi. Lorsque le licenciement d'un de ces salariés est envisagé, il ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou l'appartenance syndicale de l'intéressé. Dans le cas où la demande de licenciement est motivée par un comportement fautif, il appartient à l'inspecteur du travail et, le cas échéant, au ministre compétent, de rechercher si les faits reprochés au salarié sont matériellement établis et d'une gravité suffisante pour justifier son licenciement compte tenu de l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé et des exigences propres à l'exécution normale du mandat dont il est investi.
12. La demande d'autorisation de licencier pour faute M. A est fondée tout d'abord sur des faits de dénigrement systématique de certains collaborateurs et notamment des élus, de la direction, de ses représentants, et de la hiérarchie directe. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, en particulier des éléments apportés par l'employeur à l'appui de sa demande par constat d'huissier du 20 juillet 2021 et du 25 août 2021 que si les échanges de messages de M. A avec ses collègues, certains représentants du personnel et les représentants de la direction, révèlent des propos véhéments, parfois exprimés en langage très familier et qu'il ressort de plusieurs témoignages que M. A pouvait adopter une présentation biaisée, voire partiale de certains évènements, ceci n'excède pas les propos qu'un salarié investi de fonctions représentatives peut tenir eu égard à la liberté d'expression particulière qui lui est accordé, en particulier dès lors qu'ils ne sont ni insultants, ni injurieux. Dès lors en retenant que l'exercice par M. A de sa liberté d'expression ne présentait pas le caractère fautif allégué par l'employeur, l'inspectrice du travail n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.
13. La demande d'autorisation de licenciement de M. A était également fondée sur des faits de détournement de documents et d'informations par nature confidentiels obtenus dans le cadre de son mandat ou dans le cadre de son contrat de travail en les divulguant à l'extérieur de l'entreprise. Il ressort des mêmes documents que M. A, en méconnaissance des règles élémentaires de sécurité informatique, a transféré sur son adresse de messagerie personnelle environ 158 courriels relatifs à des échanges internes à l'entreprise, concernant principalement l'exercice de son mandat, des échanges avec la directrice des ressources humaines relatifs à sa propre situation et des notes de services. Néanmoins, le caractère confidentiel de ces documents, essentiellement en lien avec la situation administrative de l'agent et les questions relatives à l'exercice de ses mandats professionnels, n'est pas établi. A cet égard, bien que les messages transférés comprennent un courriel relatif à l'ordre du jour d'un CSE concernant la situation individuelle d'un salarié de l'entreprise et indiquant expressément que cette information présente un caractère confidentiel, le transfert de ce courriel par M. A à lui-même ne saurait être qualifié de détournement d'une information confidentielle. Dès lors en retenant que le détournement allégué n'était pas établi, l'inspectrice du travail n'a pas davantage commis d'erreur manifeste d'appréciation sur ce point.
14. Il résulte de ce qui précède que l'inspectrice du travail était tenue, d'une part, en l'absence de réalité du premier grief et, d'autre part, en l'absence de caractère fautif du second grief, de refuser l'autorisation de licenciement sollicitée. Dans ces conditions, et sans qu'il soit besoin de rechercher si la demande de licenciement n'était pas en rapport avec le mandat détenu par l'intéressé, les conclusions à fin d'annulation de la décision de l'inspectrice du travail ne peuvent être que rejetées.
Sur la décision implicite du ministre du travail de rejet du recours hiérarchique présenté contre la décision de l'inspectrice du travail du 10 novembre 2021 :
15. En premier lieu, lorsque le ministre rejette le recours hiérarchique qui lui est présenté contre la décision de l'inspecteur du travail statuant sur la demande d'autorisation de licenciement formée par l'employeur, sa décision ne se substitue pas à celle de l'inspecteur. Par suite, s'il appartient au juge administratif, saisi d'un recours contre ces deux décisions, d'annuler, le cas échéant, celle du ministre par voie de conséquence de l'annulation de celle de l'inspecteur, des moyens critiquant les vices propres dont serait entachée la décision du ministre ne peuvent être utilement invoqués au soutien des conclusions dirigées contre cette décision. Ainsi, la société requérante ne peut utilement, et en tout état de cause, se prévaloir de l'insuffisante motivation de la décision implicite contestée, dont elle n'a au demeurant pas demandé la communication des motifs.
16. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 5 à 14 du présent jugement qu'il n'y a pas lieu d'annuler la décision du ministre par voie de conséquence de l'annulation de la décision de l'inspectrice du travail.
Sur la décision du ministre du travail en date du 28 octobre 2022, retirant sa décision implicite de rejet du recours hiérarchique de la SASU TRAD, annulant la décision de l'inspectrice du travail en date du 24 mars 2022 et autorisant le licenciement pour inaptitude de M. A :
17. En premier lieu, aux termes des articles L. 121-1, L. 122-1 et L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application des articles 1er et 2 de la loi n° 79-587 du 11 juillet 1979 relative à la motivation des actes administratifs et à l'amélioration des relations entre l'administration et le public n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales ". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative compétente pour adopter une décision individuelle entrant dans leur champ de mettre elle-même la personne intéressée en mesure de présenter des observations. Il en va de même, à l'égard du bénéficiaire d'une décision, lorsque l'administration est saisie par un tiers d'un recours gracieux ou hiérarchique contre cette décision. Ainsi le ministre chargé du travail, saisi, sur le fondement des dispositions de l'article R. 2422-1 du code du travail, d'un recours contre une décision autorisant ou refusant d'autoriser le licenciement d'un salarié protégé, doit mettre le tiers au profit duquel la décision contestée a créé des droits à même de présenter ses observations, notamment par la communication de l'ensemble des éléments sur lesquels le ministre entend fonder sa décision.
18. Il est constant que par un courrier du 4 octobre 2022, le ministre du travail a informé M. A qu'il n'excluait pas d'annuler la décision de l'inspectrice du travail et d'autoriser son licenciement compte tenu du fait que la demande d'autorisation de licenciement pour inaptitude ne présentait pas de lien avec l'exercice de son mandat, et lui a laissé un délai de 10 jours pour présenter ses observations écrites. Or il résulte des termes mêmes de la décision contestée du ministre du travail qu'il s'est fondé sur un motif différent pour annuler la décision de l'inspectrice du travail, sur lequel il n'a pas suscité de débat contradictoire. En effet, le ministre a retenu que cette décision avait été prise en méconnaissance du principe du contradictoire, dès lors que ni les auditions des membres du CSE réalisées par l'inspection du travail, ni les pièces relatives à l'altercation du 9 septembre 2020 n'ont été portées à la connaissance du salarié et de l'employeur pour leur permettre de présenter leurs observations.
19. Toutefois, il ressort également des termes mêmes de la décision attaquée qu'elle emporte nécessairement annulation de la décision de l'inspectrice du travail, dès lors que le ministre du travail a porté sur l'origine de la cause de l'inaptitude du salarié protégé une appréciation différente de celle de l'inspectrice du travail. Dès lors que ce motif, qui fonde tout autant la décision attaquée, a pu être discuté lors de la procédure contradictoire précédant l'édiction de la décision attaquée, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision du ministre d'annuler la décision de l'inspectrice du travail a été prise en méconnaissance des dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration.
20. En second lieu, en vertu du code du travail, les salariés protégés bénéficient, dans l'intérêt de l'ensemble des travailleurs qu'ils représentent, d'une protection exceptionnelle. Dans le cas où la demande de licenciement est motivée par l'inaptitude du salarié, il appartient à l'administration de rechercher si cette inaptitude est telle qu'elle justifie le licenciement envisagé, compte tenu des caractéristiques de l'emploi exercé à la date à laquelle elle est constatée, de l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé, des exigences propres à l'exécution normale du mandat dont il est investi et de la possibilité d'assurer son reclassement dans l'entreprise, et non de rechercher la cause de cette inaptitude. Toutefois, il appartient en toutes circonstances à l'autorité administrative de faire obstacle à un licenciement en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées par un salarié ou avec son appartenance syndicale. Par suite, même lorsque le salarié est atteint d'une inaptitude susceptible de justifier son licenciement, la circonstance que le licenciement envisagé est également en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées par l'intéressé ou avec son appartenance syndicale fait obstacle à ce que l'administration accorde l'autorisation sollicitée. Le fait que l'inaptitude du salarié résulte d'une dégradation de son état de santé, elle-même en lien direct avec des obstacles mis par l'employeur à l'exercice de ses fonctions représentatives, est à cet égard, de nature à révéler l'existence d'un tel rapport.
21. M. A fait valoir que le rapport hiérarchique précité a mis en exergue l'existence d'une altercation avec son supérieur en septembre 2020 dans le cadre d'une discussion en lien avec son mandat, le retard de son employeur dans la déclaration de cet évènement comme un accident du travail et ce que le requérant qualifie de fausses déclarations ou de dissimulation par l'employeur du caractère professionnel de cet accident notamment dans la procédure initiée devant le tribunal judiciaire. Il soutient également que ce rapport permet d'établir le comportement de son employeur avec l'un de ses collègues à la suite de cette altercation, la concomitance entre la procédure de licenciement pour faute et la reconnaissance de l'accident de travail, l'immixtion de son employeur dans sa messagerie électronique personnelle et l'usage par son employeur d'une procédure exceptionnelle et exorbitante de recherche de preuve, la violation des correspondances entre élus et salariés, la référence à l'altercation du 9 septembre 2020 à l'appui de la demande d'autorisation de licenciement pour faute grave en septembre 2021, la déloyauté envers lui, notamment avec la transmission d'une pétition de salariés suite à la prise de position de ce dernier en tant qu'élu quant au contrôle des " pass " sanitaires illégalement mis en place durant l'été 2021, la contestation par l'employeur d'une nouvelle lésion en septembre 2021 et des difficultés avérées du fonctionnement du CSE.
22. Il ressort des pièces du dossier que si la dégradation de l'état de santé de M. A peut trouver son origine dans ses relations conflictuelles avec son employeur en particulier dans l'exercice de ses fonctions représentatives, exacerbées depuis une altercation survenue entre eux le 9 septembre 2020, la réalité de l'agression physique dont M. A prétend avoir fait l'objet de la part de son employeur ne ressort pas des pièces du dossier. En outre, l'essentiel des éléments retenus par le rapport précité du 7 septembre 2022 est en lien avec les suites de cette altercation. Toutefois, les faits relevés par M. A ne sauraient s'analyser comme constitutifs d'obstacles mis par son employeur à l'exercice normal de ses fonctions représentatives. Dès lors c'est sans commettre d'erreur de droit ni d'erreur d'appréciation que le ministre a pu retenir que l'inaptitude de M. A ne résultait pas d'une dégradation de son état de santé en lien direct avec la situation conflictuelle l'opposant à son employeur en lien avec l'exercice des fonctions représentatives de l'intéressé.
23. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions à fin d'annulation de la décision attaquée ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
24. Compte tenu de ce qui précède, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions à fin d'injonction des parties.
Sur les frais non compris dans les dépens :
25. Dans les circonstances de l'espèce il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions des parties tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n° 2203240 et n° 2300007 sont rejetées.
Article 2 : Les conclusions de la SAS TRAD tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SAS TRAD, à M. B A et au ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles.
Délibéré après l'audience du 18 juin 2025 à laquelle siégeaient :
Mme Viseur-Ferré, présidente,
Mme Péan, conseillère,
Mme Préaud, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2025.
La plus ancienne assesseure,
C. PÉAN
La présidente-rapporteure,
C. VISEUR-FERRÉ La greffière,
F. DEGLOS
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef
2203240, 2300007
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026