mardi 24 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2203444 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | FROMENTEZE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 juin 2022 et 11 juillet 2023, Mme A C, représentée par Me Dupey, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 4 octobre 2021 par laquelle la maire de la commune de Nuzejouls lui a attribué une adresse au 34 allée du Calvaire, ensemble la décision de rejet implicite de son recours gracieux formé le 18 février 2022 ;
2°) d'enjoindre à la commune de Nuzejouls de lui attribuer une adresse située sur la rue du Jardin ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Nuzejouls la somme de 1 800 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision d'attribution de l'adresse de son habitation est une décision faisant grief, susceptible de recours ;
- la commune n'a pas informé en amont la requérante et les administrés de cette démarche d'adressage ;
- la décision d'attribution de cette nouvelle adresse ne lui a pas été communiquée ;
- elle est insuffisamment motivée en droit, dès lors que les références des délibérations et des arrêtés pris par la commune ne figurent pas sur cette décision ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors que la commune ne justifie d'aucun intérêt général pour lui attribuer une adresse dans l'allée du Calvaire, alors que l'entrée de sa maison est située rue du Jardin ; de plus, l'allée du Calvaire est située au fond de son jardin, au milieu d'autres propriétés et donnant sur un parking souvent encombré ;
- sa requête n'est pas tardive, dès lors que la commune n'apporte pas la preuve que le courrier du 4 octobre 2021 lui a bien été remis ;
- les faits et moyens sont clairement exposés et permettent de comprendre le sens de la requête ;
- elle a un intérêt lui donnant qualité pour agir ;
- cette décision est discriminatoire, dès lors qu'il existe une différence de traitement injustifiée avec son voisin d'en face qui dispose d'une adresse sur la rue du Jardin ;
- cette décision n'est justifiée que par la seule rancœur de Mme le maire envers elle ;
- le haut de la rue du Jardin dispose d'une aire suffisamment grande pour recevoir des secours.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 30 mai et 20 octobre 2023, la commune de Nuzejouls, représentée par son maire, par Me Fromenteze, conclut au rejet de la requête, à titre principal, comme irrecevable, à titre subsidiaire, comme non fondée, et à ce que soit mise à la charge de la requérante la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est entachée d'irrecevabilités tirées de la tardiveté de la requête, de l'absence de fondement juridique au support des moyens soulevés, de ce que la décision du 4 octobre 2021 n'est pas une décision faisant grief susceptible de faire l'objet d'un recours et du ton et du vocabulaire utilisés par la requérante dans ses dernières écritures ;
- les autres moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Soddu,
- les conclusions de Mme Nègre-Le Guillou, rapporteure publique,
- et les observations de Me Dupey, représentant Mme C, également présente.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A C est propriétaire d'une maison d'habitation située sur la commune de Nuzejouls. Par une délibération du 11 décembre 2020, le conseil municipal de la commune de Nuzejouls a décidé de donner une dénomination officielle aux voies et places publiques de la commune. Par une décision du 4 octobre 2021, la maire de la commune a informé la requérante que son adresse avait été normalisée et que celle-ci était désormais fixée au 34 allée du Calvaire. La requérante a sollicité le 18 février 2022 l'attribution d'une adresse dans la rue du Jardin. Par sa requête, Mme C demande au tribunal d'annuler la décision du 4 octobre 2021, ensemble le rejet implicite de son recours gracieux formé le 18 février 2022.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article de L. 2121-29 du code général des collectivités territoriales : " Le conseil municipal règle par ses délibérations les affaires de la commune. Aux termes de l'article L. 2213-28 du même code, dans sa version applicable au litige : " Dans toutes les communes où l'opération est nécessaire, le numérotage des maisons est exécuté pour la première fois à la charge de la commune () ".
3. Dans le cadre des pouvoirs qui lui sont ainsi conférés, le conseil municipal est compétent pour délibérer sur la dénomination des rues et places publiques de la commune et dispose à cet effet d'un large pouvoir d'appréciation, sous le contrôle de l'erreur manifeste exercé par le juge de l'excès de pouvoir.
4. Les dispositions précitées de l'article L. 2213-28 du code général des collectivités territoriales confèrent aux maires une compétence de police concernant le numérotage des maisons.
5. Mme C soutient que la maire de la commune de Nuzejouls ne pouvait décider seule, de sa propre initiative, de fixer son adresse allée du calvaire, et qu'il appartenait au conseil municipal, ou au maire sur délégation, d'attribuer les adresses aux habitants de la commune. Il ressort des pièces du dossier que le conseil municipal de la commune de Nuzejouls a validé le principe de procéder au nommage et au numérotage des voies de la commune par une délibération du 11 décembre 2020 dans le cadre des pouvoirs conférés au conseil municipal par l'article L. 2121-29 du code général des collectivités territoriales, précité. Toutefois, la maire de la commune est compétente pour procéder, dans l'exercice de ses pouvoirs de police, au numérotage des maisons. Par suite, le moyen, tiré de l'incompétence de l'auteur de cette décision doit être écarté.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du même code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ".
7. Mme C soutient que la décision du 4 octobre 2021 fixant son adresse allée du calvaire ne lui a jamais été envoyée mais lui a été remise en main propre en février 2022, lorsqu'elle s'est déplacée à la mairie pour obtenir des informations. Elle ajoute que les références des délibérations et des arrêtés pris par la commune ne lui ont jamais été communiqués. A supposer que Mme C ait entendu soulever un moyen tiré du défaut de motivation en droit, l'acte par lequel la maire a modifié l'adresse de la propriété de la requérante ne présente pas le caractère d'une décision administrative individuelle défavorable au sens de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, précité. Dans ces conditions, une telle décision n'a pas à être motivée.
8. En troisième lieu, si Mme C soutient qu'elle n'a pas été informée de la démarche d'adressage engagée par la commune de Nuzejous, il ne résulte d'aucune disposition législative ou réglementaire ni d'aucun principe général du droit imposant au maire de consulter les riverains préalablement à l'engagement d'une démarche visant à choisir la dénomination d'une voie publique. Au demeurant, il ressort des pièces du dossier que par une délibération n° 46-2020 en date du 11 décembre 2020, régulièrement publiée, ce que ne conteste pas la requérante, les administrés ont été informés de cette démarche et des noms des voies et places publiques retenues par le conseil municipal. Par ailleurs, il ressort également des pièces du dossier que la commune a publié sur son blog le 2 juin 2021, une information précisant que les habitants de la commune recevraient leur nouvelle adresse très prochainement, blog sur lequel la requérante est inscrite depuis le 6 octobre 2015. Par suite, ce moyen doit être écarté.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : / 1° Tout ce qui intéresse la sûreté et la commodité du passage dans les rues, quais, places et voies publiques () ".
10. Si le maire peut refuser un numéro au propriétaire d'une maison possédant un accès sur une voie publique dont elle est riveraine, il ne peut légalement le faire, alors même que cette maison disposerait déjà d'un numéro sur une autre voie, que pour des motifs d'intérêt général correspondant aux objectifs en vue desquels un tel pouvoir de police lui a été conféré par la loi.
11. Il ressort des pièces du dossier que par une délibération 11 décembre 2020 le conseil municipal de la commune de Nuzejouls, dans le cadre de la démarche de dénomination des voies et des places publiques de la commune, a fixé la liste des noms des voies de la commune au titre desquelles figure l'allée du Calvaire et la rue du Jardin, et que par un courrier du 18 février 2022, Mme C a demandé que son adresse soit fixée rue du Jardin en lieu et place de l'allée du Calvaire dès lors que l'entrée de sa maison est située rue du Jardin, alors que l'allée du Calvaire est située au fond de son jardin, au milieu d'autres propriétés et donnant sur un parking souvent encombré. Il ressort des pièces du dossier qu'aucune dénomination officielle n'existait préalablement à la délibération 11 décembre 2020, que selon l'acte notarié du 10 avril 1990 la propriété de Mme C était située, au Lieu-dit le Bourg, que sa propriété comprend les parcelles cadastrées section B 634, B 649, B 654 et B 709, que la parcelle B 649 donne accès sur l'allée du Calvaire et que les parcelles B 649 et B 709 sont riveraines de la rue du Jardin. Toutefois, alors même que la maison d'habitation de la requérante dispose d'une entrée sur la rue du Jardin par un petit portillon, il ressort des pièces du dossier que cette rue est étroite, légèrement pentue et en sens unique, alors que l'entrée par l'allée du Calvaire est plus large, dispose d'une aire de stationnement, utilisée au demeurant par la requérante pour garer ses véhicules, de nature à faciliter la circulation et l'accès des moyens de secours et des véhicules techniques. Dans ces conditions, la maire de la commune de Nuzejouls a donc pu, dans l'intérêt de la voirie et pour un motif de bon ordre, refuser d'attribuer à la requérante un numéro d'habitation sur la rue du Jardin. Par suite, les moyens tirés de l'absence de motif d'intérêt général et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
12. En cinquième lieu, Mme C soutient que la décision attaquée est discriminatoire, dès lors qu'il existe selon elle une différence de traitement injustifiée avec son voisin d'en face qui dispose d'une adresse et d'une boîte aux lettres sur la rue du Jardin. Toutefois, Mme C ne peut se prévaloir sérieusement de la circonstance que son voisin d'en face dispose d'une adresse sur la rue du Jardin, dès lors que cette habitation ne dispose que d'une seule entrée, située sur ladite rue du Jardin. Par suite, ce moyen doit être écarté.
13. En sixième lieu, si Mme C soutient que la décision litigieuse ne serait justifiée que par la seule rancœur personnelle de Mme le maire envers elle, ledétournement de pouvoir allégué n'est pas établi. Par suite, ce moyen doit être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense par la commune Nuzejouls, que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle la maire de la commune de Nuzejouls a attribué à son habitation l'adresse 34, allée du Calvaire, ensemble le rejet implicite de rejet de son recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
15. Les conclusions à fin d'annulation de Mme C étant rejetées, ses conclusions susvisées à fin d'injonction doivent l'être également, dès lors que le présent jugement ne nécessite aucune mesure d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.
Sur les frais de justice :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Nuzejouls, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Mme C une somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
17. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la commune de Nuzejouls présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E:
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Nuzejouls présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à la commune de Nuzejouls.
Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Carotenuto, présidente,
Mme Soddu, première conseillère,
Mme Mérard, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.
La rapporteure,
N. SODDU
La présidente,
S. CAROTENUTO La greffière,
M. B
La République mande et ordonne à la préfète du Lot en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026