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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2203496

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2203496

mercredi 28 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2203496
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSELARL LUDOVIC RIVIERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 21 juin et 14 décembre 2022, M. A B, représenté par Me Rivière, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet du Tarn a implicitement refusé de lui renouveler son certificat de résidence algérien ;

2°) d'enjoindre au préfet du Tarn de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale ", d'une durée d'un an, sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement de la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation dès lors que le préfet du Tarn n'a pas répondu, dans le délai d'un mois prévu par l'article L. 211-6 du code des relations entre le public et l'administration, à la demande de communication des motifs du rejet implicite de sa demande de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juillet 2022, le préfet du Tarn conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le jugement du tribunal administratif de Toulouse du 20 octobre 2022, sous le n° 2107447.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. Sorin.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, né le 18 juin 1999, est entré en France, selon ses déclarations, le 30 juillet 2015. Le 22 juin 2018, l'intéressé a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence au titre de la vie privée et familiale. Par un arrêté du 8 novembre 2018, le préfet du Tarn a rejeté sa demande et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours. Cet arrêté a été annulé par un jugement en date du 28 mai 2019 du tribunal administratif de Toulouse qui a enjoint au préfet du Tarn de procéder au réexamen de la situation de M. B. Par un arrêté du 18 juillet 2019, et après réexamen de sa situation, le préfet du Tarn a refusé d'accorder à l'intéressé le titre de séjour sollicité et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Cet arrêté a été annulé par un jugement du 27 janvier 2020 du tribunal administratif de Toulouse qui a enjoint au préfet du Tarn de délivrer à M. B un certificat de résidence sur le fondement de l'article 6 § 5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. En exécution de ce jugement, un certificat de résidence a été délivré à M. B, valable du 12 février 2020 au 11 février 2021, puis renouvelé pour la période du 12 février 2021 au 11 février 2022. Toutefois, à la suite de la condamnation de l'intéressé, le 9 juillet 2021, à une peine principale de douze mois d'emprisonnement dont cinq mois assortis d'un sursis probatoire de vingt-quatre mois pour des faits de violence avec menace ou usage d'une arme suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours commis à Albi le 7 juillet 2021, la préfète du Tarn, par un arrêté du 24 novembre 2021, lui a retiré son certificat de résidence algérien valable du 12 février 2021 au 12 février 2022, l'a obligé à restituer ce titre et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination en cas d'éloignement d'office. Par une ordonnance en date du 5 janvier 2022, le juge des référés du tribunal administratif de Toulouse a suspendu l'arrêté du 24 novembre 2021. Le 10 janvier 2022, M. B a sollicité le renouvellement de son certificat de résidence algérien. Par la présente requête, l'intéressé sollicite l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Tarn a implicitement rejeté sa demande de renouvellement de son certificat de résidence algérien.

Sur les conclusions à fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Par ailleurs, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

3. Il est constant que M. B est entré en France, encore mineur, accompagné de ses parents et de sa sœur. A la date de la décision attaquée, il séjournait sur le territoire national depuis sept années. Il ressort des pièces du dossier que, pour refuser le renouvellement du certificat de résident dont M. B était bénéficiaire, le préfet du Tarn s'est principalement fondé sur le fait que le comportement de l'intéressé était de nature à troubler gravement l'ordre public. S'il ressort des pièces du dossier que M. B a été condamné, pour des faits de " violence avec menace ou usage d'une arme suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours " commis à Albi le 7 juillet 2021, à une peine principale de douze mois d'emprisonnement dont cinq mois assortis d'un sursis probatoire de vingt-quatre mois, il est constant que le juge de l'application des peines a fait bénéficier le requérant d'une mesure de détention à domicile sous surveillance, en considération de sa bonne intégration en France, de sa situation professionnelle et également de sa situation familiale, ainsi que d'éléments positifs relatifs à son comportement. Il ressort, par ailleurs, des pièces du dossier et notamment des certificats médicaux produits que, compte tenu de la réactivation et de l'évolution de la maladie de sa mère, sa présence auprès d'elle, en tant que soutien moral et pour les tâches quotidiennes, est indispensable pour permettre à celle-ci d'affronter psychologiquement la maladie et la lourdeur des traitements. M. B établit également lui apporter un soutien financier. Au surplus, le requérant justifie de ses efforts d'intégration dès lors que, après avoir obtenu son certificat d'aptitude professionnelle de technicien en installation des systèmes énergétiques et climatiques en juin 2017, il a intégré au titre de l'année scolaire 2017-2018 la classe de 1ère Bac Pro de technicien d'études du bâtiment et au titre de l'année scolaire 2018-2019 la classe de terminale Bac Pro plombier-chauffagiste. Le 7 juillet 2021, le requérant a conclu un contrat de travail à durée indéterminée, à temps plein, avec la société " Transports Nicolas Verines ". En outre, si la préfète du Tarn se prévaut dans l'arrêté attaqué des liens personnels et familiaux dont M. B disposerait en Algérie, du fait de l'éloignement de son père vers son pays d'origine, il ressort toutefois des conclusions, non contredites, de l'évaluation sociale du 10 février 2017 diligentée par les services sociaux du conseil départemental du Tarn que M. B, qui a confirmé aux enquêteurs sociaux les violences conjugales et intrafamiliales commises par son père à l'encontre de sa mère, sa sœur et lui-même, a exprimé son opposition au projet de son père de retourner en Algérie avec ses deux enfants. Au demeurant, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B entretiendrait des relations avec son père depuis le retour de celui-ci en Algérie, ni que son père participerait à son entretien ou à son éducation. Il ressort, au contraire, de ces mêmes pièces que les attaches familiales du requérant sont situées principalement en France puisqu'il y dispose de sa mère et de sa sœur, avec lesquelles il entretient, ainsi qu'il a été dit, des liens étroits.

4. Dès lors, compte tenu, d'une part, des seuls faits pour lesquels M. B a été condamné et de l'absence d'antécédents judiciaires de l'intéressé, qui ne suffisent pas à caractériser une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour l'ordre public et, d'autre part, des attaches familiales dont l'intéressé dispose en France et de son intégration, celui-ci est fondé à soutenir que l'arrêté en litige, qui porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts qu'il poursuit, méconnaît les stipulations précitées.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Tarn a implicitement refusé de lui renouveler son certificat de résidence algérien.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

6. Il résulte des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative et de tout ce qui précède que le présent jugement, qui annule la décision implicite du préfet du Tarn, implique nécessairement, eu égard à ses motifs, que cette autorité renouvelle le certificat de résidence algérien de M. B. Par suite, et sous réserve d'un éventuel changement de circonstances de fait, il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu, à ce stade, d'assortir cette injonction d'une astreinte

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, le paiement d'une somme de 1 500 euros à verser à M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision par laquelle le préfet du Tarn a implicitement refusé de renouveler le certificat de résidence algérien de M. B est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Tarn de délivrer à M. B un certificat de résidence au titre de la vie privée et familiale sur le fondement de l'article 6 § 5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Tarn.

Délibéré après l'audience du 7 juin 2023 à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

M. Hecht, premier conseiller,

Mme Pétri, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2023.

Le président-rapporteur,

T. SORIN

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

S. HECHT

La greffière,

S. SORABELLA

La République mande et ordonne au préfet du Tarn, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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