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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2203711

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2203711

jeudi 4 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2203711
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique cellule 7
Avocat requérantGALINON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 juin 2022, M. B C, représentée par Me Galinon, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision 48 SI du ministre de l'intérieur du 14 février 2022 constatant la perte de validité de son permis de conduire pour défaut de points et lui a enjoint de restituer celui-ci dans un délai de dix jours ;

2) d'annuler les décisions successives par lesquelles le ministre de l'intérieur a retiré trois points de son permis de conduire consécutivement aux infractions commises les 22 juin 2017, 7 juin 2018, 13 avril 2019 et 14 mai 2021 ;

3) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer, sous huit jours, à compter de la notification du jugement à intervenir, son permis de conduire au capital reconstitué sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision du 14 février 2022 a été signée par une personne incompétente ;

- il n'a pas reçu l'information relative au permis à points au moment de la constatation des infractions en méconnaissance des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 septembre 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Par une décision du 11 avril 2024, la présidente du tribunal administratif de Toulouse a donné délégation à M. A Gueguein, magistrat, pour statuer en qualité de magistrat statuant seul en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 21 juin 2024 :

- le rapport de M. Gueguein, président-rapporteur ;

- les conclusions de M. Bernos, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. C demande au tribunal d'annuler la décision 48 SI du 14 février 2022, par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité de son permis de conduire en raison d'un solde de points nul et à ce qu'il soit enjoint à ce dernier de lui restituer, au titre de l'illégalité des retraits de points opérés consécutivement aux infractions commises les 22 juin 2017, 7 juin 2018, 13 avril 2019 et 14 mai 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En 1er lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 223-5 du code de la route que lorsqu'il est informé par le ministre de l'intérieur de la perte de la totalité des points affectés à un permis de conduire, le préfet ou l'autorité compétente territoriale a compétence liée pour enjoindre au titulaire de ce titre de le restituer, sans que cela fasse obstacle à ce qu'à l'appui de sa demande dirigée contre la décision préfectorale, l'intéressé puisse invoquer l'illégalité de la décision du ministre, à la condition d'être encore dans les délais pour soulever une telle exception d'illégalité. Le moyen tiré de l'incompétence dirigée contre la décision du 14 février 2022 est par conséquent inopérant.

3. En 2nd lieu, il résulte des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document contenant les informations prévues à ces articles, lesquelles constituent une garantie essentielle en ce qu'elles mettent l'intéressé en mesure de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis.

4. S'agissant des retraits de points consécutifs aux infractions commises les 7 juin 2018 et 13 avril 2019, le ministre justifie, par la production de copie des procès-verbaux électroniques signés par M. C, que ce dernier a bénéficié des informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

5. Pour les retraits de points consécutifs aux infractions commises les 22 juin 2017 et 14 mai 2021, il résulte de l'instruction que la première a été constatée par procès-verbal électronique et la seconde par radar automatique et ont donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée. Le ministre de l'intérieur qui ne produit aucun élément de nature à établir le paiement de cette amende, ne peut utilement soutenir que M. C doit être regardé comme ayant été destinataire de l'avis d'amende forfaitaire majorée, et donc suffisamment informé, par la seule production d'un avis postal dont les mentions ne permettent pas d'identifier le contenu du pli. Contrairement à ce que soutient le ministre en défense, aucun des éléments de l'instruction ne permet de retenir ou de présumer que M. C a bénéficié de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route à l'occasion des infractions susmentionnées. L'intéressé est, dès lors, fondé à soutenir que les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a retiré trois et quatre points du capital de son permis de conduire à la suite de ces infractions sont intervenues à la suite d'une procédure irrégulière.

6. Il résulte de ce qui précède que M. C est seulement fondé à soutenir que les décisions relatives aux infractions commises le 22 juin 2017 et 14 mai 2021 par lesquelles le ministre de l'intérieur a retiré trois et quatre points de son permis de conduire doivent être annulées. Il est également fondé à demander l'annulation de la décision 48 SI du 14 février 2022.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".

8. Le présent jugement implique nécessairement que l'administration restitue à M. C son permis de conduire et les sept points qui lui ont été irrégulièrement retirés à la suite des infractions commises les 22 juin 2017 et 14 mai 2021, dans la limite du capital de points affecté à son permis de conduire et sous réserve des infractions non prises en compte à la date de la décision qui l'a invalidé.

Sur les frais liés au litige :

9. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. En conséquence, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Galinon, conseil du requérant, d'une somme de 1 000 euros, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

DECIDE :

Article 1er : La décision 48 SI du 14 février 2022 est annulée.

Article 2 : Les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a procédé au retrait de trois et quatre points du capital de points affecté au permis de conduire de M. C, à la suite des infractions commises les 22 juin 2017 et 14 mai 2021 sont annulées.

Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de restituer dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, les sept points illégalement retirés par les décisions annulées à l'article précédent, et de lui attribuer sept points, dans la limite du capital de points affecté à son permis de conduire et sous réserve des infractions non prises en compte à la date de la présente décision.

Article 4 : L'Etat versera à Me Galinon la somme de 1 000 (mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Galinon renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Galinon et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

A Gueguein

Le greffier,

Baptiste Roets

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,0

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