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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2203991

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2203991

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2203991
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantGAUTIER

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 13 juillet 2022 sous le n° 2203991, Mme A C, représentée par Me Gautier, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 28 juin 2022 par laquelle le directeur de la maison centrale d'Arles a procédé à la suppression de son permis de visite à M. B C ;

3°) d'enjoindre à la direction régionale des services pénitentiaires Sud-Est et au directeur de la maison centrale d'Arles de lui délivrer un nouveau permis de visite, dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, en application des articles L. 911-1 et L. 911-3 du code de justice administrative ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros à verser à Me Gautier, sous réserve qu'il renonce à la part contributive de l'État, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Mme C soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision contestée a été signée par une autorité incompétente, dès lors que le signataire ne peut être identifié en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article R. 341-5 du code pénitentiaire, et que la délégation n'est pas produite ;

- elle est insuffisamment motivée en droit et en fait au regard des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et des articles L. 341-4 et L. 341-7 du code pénitentiaire ;

- elle n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire au regard des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, en ce que son conseil et M. C n'ont pas eu accès aux pièces du dossier ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dans l'application de l'article L. 341-7 du code pénitentiaire, dès lors que la décision ne comporte aucune référence à la préservation du bon ordre et de la sécurité de l'établissement et à la prévention des infractions ;

- elle est entachée d'une inexactitude matérielle des faits, notamment ceux du 6 juin 2022 ;

- elle est disproportionnée ;

- elle porte une atteinte excessive à sa vie privée et familiale telle que protégée par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'elle a deux enfants en bas âge avec son époux détenu, qu'elle a un enfant né d'une précédente union mais très attaché à son beau-père et que son état de santé nécessite, psychologiquement, d'avoir un contact avec son époux ;

- elle porte atteinte à l'intérêt supérieur des enfants, protégé par l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, compte tenu notamment de l'éloignement géographique.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 octobre 2023, le garde des sceaux, ministre de la Justice conclut au rejet de la requête.

Le garde des sceaux fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Toulouse en date du 15 février 2023, Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Par une ordonnance en date du 5 octobre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 23 octobre 2023.

II. Par une requête enregistrée le 12 janvier 2023 sous le n° 2300191, Mme A C, représentée par Me Gautier, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 29 décembre 2022 par laquelle le directeur du centre pénitentiaire de Lannemezan a refusé de lui délivrer un permis afin de rendre visite à M. B C ;

3°) d'enjoindre à la direction régionale des services pénitentiaires Sud-Est et au directeur du centre pénitentiaire de Lannemezan de lui délivrer un permis de visite, dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, en application des articles L. 911-1 et L. 911-3 du code de justice administrative ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme C soutient que :

- la décision contestée est insuffisamment motivée en droit et en fait au regard des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et des articles L. 341-4 et L. 341-7 du code pénitentiaire ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dans l'application de l'article L. 341-7 du code pénitentiaire, dès lors que la décision ne comporte aucune référence à la préservation du bon ordre et de la sécurité de l'établissement et à la prévention des infractions ;

- elle est entachée d'une inexactitude matérielle des faits ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et est disproportionnée ;

- elle porte une atteinte excessive à sa vie privée et familiale telle que protégée par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'elle a deux enfants en bas âge avec son époux détenu, qu'elle a un enfant né d'une précédente union mais très attaché à son beau-père et que son état de santé nécessite, psychologiquement, d'avoir un contact avec son époux ;

- elle porte atteinte à l'intérêt supérieur des enfants, protégé par l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er mars 2024, le garde des sceaux, ministre de la Justice conclut au rejet de la requête.

Le garde des sceaux fait valoir que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Toulouse en date du 14 juin 2023, Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Par une ordonnance en date du 6 mars 2024, la clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 20 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code pénitentiaire ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Quessette, rapporteur,

- les conclusions de M. Déderen, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C purge une peine de réclusion criminelle prononcée en 2014 et a été incarcéré à la maison centrale d'Arles à compter du mois de mai 2019, puis transféré au centre pénitentiaire de Lannemezan le 6 décembre 2022. Le 6 juin 2022, à l'issue d'une visite de Mme A C, son épouse, dans le cadre de la procédure dite d'Unité de Vie Familiale (UVF), M. C a été trouvé porteur d'une substance illicite de type cannabis. L'administration pénitentiaire a suspendu à titre conservatoire le permis de visite de Mme C. Par une décision du 28 juin 2022, le directeur de l'établissement pénitentiaire d'Arles a procédé au retrait du permis de visite avec son épouse. Par la première requête enregistrée sous le n° 2203991, Mme C demande l'annulation de la décision du 28 juin 2022. Par une décision du 29 décembre 2022, le directeur du centre pénitentiaire de Lannemezan a refusé de délivrer à Mme C un permis pour rendre visite à son époux. Par une seconde requête enregistrée sous le n° 2300191, l'intéressée demande l'annulation de cette décision du 29 décembre 2022.

Sur la jonction :

2. Les requêtes susvisées n° 2203991 et n° 2300191 de Mme C présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les demandes d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

3. Il ressort des pièces du dossier que la requérante a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par des décisions du 15 février 2023 et du 14 juin 2023. Dès lors, les conclusions de Mme C tendant à être provisoirement admise au bénéfice de cette aide sont devenues sans objet, de sorte qu'il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision du 28 juin 2022 :

S'agissant de la légalité externe :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. / Toutefois, les décisions fondées sur des motifs en lien avec la prévention d'actes de terrorisme sont prises dans des conditions qui préservent l'anonymat de leur signataire. Seule une ampliation de cette décision peut être notifiée à la personne concernée ou communiquée à des tiers, l'original signé, qui seul fait apparaître les nom, prénom et qualité du signataire, étant conservé par l'administration ". Aux termes de l'article R. 341-5 du code pénitentiaire : " Pour les personnes condamnées, détenues en établissement pénitentiaire ou hospitalisées dans un établissement de santé habilité en application des dispositions de l'article L. 3214-1 du code de la santé publique, les permis de visite sont délivrés, refusés, suspendus ou retirés par le chef de l'établissement pénitentiaire ".

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la décision contestée du 28 juin 2022 ne mentionne pas les prénom et nom du signataire, en méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration. Toutefois, cette décision comporte sa qualité de chef d'établissement et sa signature. Il ressort également des pièces du dossier que la requérante a été précédemment informée le 10 juin 2022 par un courrier du chef d'établissement de la suspension à titre conservatoire de son permis de visite et l'informant de la possibilité de présenter ses observations. Ce courrier mentionne les prénom, nom et qualité de son signataire, et comporte une signature identique à celle apposée sur la décision attaquée. Dans ses conditions, l'acte a été signé par le chef d'établissement et non par un délégataire et aucune délégation de signature n'est requise en l'espèce. Dès lors, il n'en résulte pour Mme C aucune ambiguïté quant à l'identité du signataire de la décision attaquée. Il s'ensuit que la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision du 28 juin 2022 a été signée par une autorité incompétente. Le moyen est écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent.

A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 341-4 du code pénitentiaire : " Les décisions de refus de délivrer un permis de visite sont motivées ". Il résulte de ces dispositions que les décisions tendant à restreindre ou supprimer les permis de visite relèvent du pouvoir de police des chefs d'établissements pénitentiaires et doivent être motivées.

7. Il ressort des termes de la décision contestée qu'elle vise notamment les dispositions pertinentes du code des relations entre le public et l'administration et l'article R. 341-5 du code pénitentiaire sur lesquels elle se fonde. La circonstance que l'article L. 341-7 du code pénitentiaire ne soit pas cité est sans incidence sur la légalité de la décision du 28 juin 2022. Nonobstant la circonstance que, dans sa requête, Mme C confond la décision du 28 juin 2022 lui retirant son permis de visite et le courrier adressé à son mari détenu l'informant de la suspension provisoire dudit permis, il ressort des termes de la décision attaquée qu'elle reprend les éléments ayant fondé la décision de suppression de son permis de visite. La décision, qui n'a pas à être exhaustive, est suffisamment motivée en droit comme en fait et a permis à Mme C d'en pouvoir utilement en contester les motifs. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation de la décision du 28 juin 2022 est écarté.

8. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. / L'administration n'est pas tenue de satisfaire les demandes d'audition abusives, notamment par leur nombre ou leur caractère répétitif ou systématique ".

9. En l'espèce, Mme C soutient qu'elle n'a pas eu accès aux pièces du dossier, en dépit d'une demande adressée le 17 juin 2022 à l'administration pénitentiaire. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme C et M. C ont été destinataires d'un courrier en date du 10 juin 2022 les informant qu'une décision de suppression du droit de visite était envisagée, et comportant les motifs de cette décision. Par suite, la requérante a eu accès aux éléments qui lui sont reprochés. Dans ces conditions, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision est entachée d'un vice de procédure tiré du défaut de procédure contradictoire. Le moyen doit être écarté.

S'agissant de la légalité interne :

10. En premier lieu, aux termes de l'article L. 341-7 du code pénitentiaire : " L'autorité administrative ne refuse de délivrer, suspend ou retire un permis de visite aux membres de la famille d'une personne condamnée, que pour des motifs liés au maintien du bon ordre et de la sécurité ou à la prévention des infractions. / L'autorité administrative peut également, pour les mêmes motifs ou s'il apparaît que les visites font obstacle à la réinsertion de la personne condamnée, refuser de délivrer un permis de visite à d'autres personnes que les membres de la famille, suspendre ce permis ou le retirer ". Aux termes de l'article R. 341-16 du même code : " Les unités de vie familiale sont des locaux spécialement conçus afin de permettre aux personnes détenues de recevoir, sans surveillance continue et directe, des visites des membres majeurs de leur famille ou de proches majeurs accompagnés, le cas échéant, d'un ou de plusieurs enfants mineurs, pendant une durée comprise entre six heures et soixante-douze heures. La durée de la visite en unité de vie familiale est fixée dans le permis ".

11. Il résulte de ces dispositions que les décisions tendant à restreindre, supprimer ou retirer les permis de visite relèvent du pouvoir de police des chefs d'établissements pénitentiaires. Ces décisions affectant directement le maintien des liens des détenus avec leurs proches, elles sont susceptibles de porter atteinte tant à leur droit au respect de leur vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il appartient en conséquence à l'autorité compétente de prendre les mesures nécessaires, adaptées et proportionnées à assurer le maintien du bon ordre et de la sécurité de l'établissement pénitentiaire ou, le cas échéant, la prévention des infractions sans porter d'atteinte excessive au droit des détenus et des membres de leurs familles.

12. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier et notamment d'un compte rendu d'incident du 6 juin 2022, que ce même jour à 16h40, à la sortie de l'unité de vie familiale, M. C a remis au surveillant une boule de substance illicite de type herbe de moins d'un gramme se trouvant en sa possession. En raison de la suspicion de la présence de corps étrangers, un examen radiographique réalisé sur le détenu a révélé l'ingestion d'une bandelette de cannabis, que M. C a évacué de son corps, avant d'actionner à plusieurs reprises la chasse d'eau des toilettes pour la faire disparaître contrairement aux consignes données. Si Mme C soutient qu'elle n'est pas à l'origine de la remise de ce cannabis, ses allégations ne sont corroborées par aucun commencement de preuve et ne sauraient suffire, à elles-seules, à remettre en cause la matérialité des faits qui lui sont reprochés, d'autant qu'il ressort des pièces du dossier que la fouille de M. C a été réalisée immédiatement après le parloir. Certes, le détenu assure qu'il a pris les stupéfiants de sa cellule avant de se rendre à l'unité de vie familiale retrouver Mme C. Toutefois, il n'en apporte pas la preuve. Par suite, le chef d'établissement du centre pénitentiaire d'Arles a pu, pour le maintien du bon ordre de l'établissement et pour prévenir des infractions, supprimer le permis de visite de Mme C, son époux détenu étant en possession de stupéfiants à la sortie de sa visite en unité de vie familiale. Mme C n'est donc pas fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit, d'une inexactitude matérielle des faits et que la mesure est disproportionnée.

13. En second lieu, d'une part, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces dernières stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

14. D'autre part, aux termes de l'article L. 345-2 du code pénitentiaire : " Les personnes détenues condamnées peuvent correspondre par écrit avec toute personne de leur choix ". Aux termes de l'article R. 345-3 du même code : " Les personnes détenues peuvent correspondre par écrit en application de l'article L. 345-2 avec toute personne de leur choix tous les jours et sans limitation ". Enfin, aux termes de son article R. 345-14 : " Pour les personnes condamnées, la décision d'autoriser, de refuser, de suspendre ou de retirer l'accès au téléphone est prise par le chef de l'établissement pénitentiaire. () ".

15. Il ressort des pièces du dossier que M. et Mme C peuvent maintenir le lien qui les unit par des appels téléphoniques et une correspondance. Ainsi, le détenu reçoit des visites au parloir en raison d'autres permis de visite dont bénéficient des proches et ses enfants. Compte tenu de la gravité des faits reprochés et alors que la décision du 28 juin 2022 n'a pas pour effet d'interdire la poursuite de toute relation entre le détenu et sa conjointe, la suppression du permis de visite délivré à la requérante ne porte pas une atteinte disproportionnée à leur vie privée et familiale et n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni porté atteinte à l'intérêt supérieur des enfants en raison du maintien des liens avec leur père.

16. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 28 juin 2022. Les conclusions à fin d'annulation de la requête n° 2203991 doivent être rejetées rejetée.

En ce qui concerne la légalité de la décision du 29 décembre 2022 :

S'agissant de la légalité externe :

17. La décision attaquée énonce précisément les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Aussi, le moyen tiré du défaut de motivation, laquelle ne se confond pas avec les motifs de la décision, doit être écarté. Par ailleurs, la formulation utilisée entre parenthèses " réitération d'incident " ne constitue pas le motif ayant fondé la décision de refus d'octroi d'un permis de visite. Par suite, et en tout état de cause, cette formulation est sans incidence sur la légalité de la décision du 29 décembre 2022.

S'agissant de la légalité interne :

18. En premier lieu, il ressort de la décision contestée que le chef d'établissement du centre pénitentiaire de Lannemezan justifie son refus par les faits survenus à la suite d'un accès au parloir de la requérante en unité de vie familiale de la prison d'Arles le 6 juin 2022. Mme C soutient qu'elle n'est pas à l'origine de la remise de la substance prohibée, sans toutefois que ses allégations ne soient corroborées par aucun commencement de preuve. Dans ces conditions, elles ne sauraient suffire, à elles-seules, à remettre en cause la matérialité des faits qui lui sont reprochés. Par suite, c'est sans entacher sa décision d'erreur de droit, d'inexactitude matérielle des faits et d'erreur d'appréciation que le chef d'établissement du centre pénitentiaire de Lannemezan a pu refuser à Mme C le permis de visite demandé. Enfin, sa décision du 29 décembre 2022 n'est pas disproportionnée. Les moyens sont donc écartés.

19. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que M. C reçoit des visites au parloir du centre pénitentiaire de Lannemezan, dont celles de ses enfants, et qu'il peut échanger par téléphone avec ses proches, dont la requérante. Dès lors, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 16, compte tenu de la gravité des faits reprochés et alors que la décision attaquée n'a pas pour effet d'interdire la poursuite de toute relation entre le détenu et sa conjointe, la décision de refus de délivrance d'un permis de visite à Mme C ne porte pas une atteinte disproportionnée à leur vie privée et familiale et n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni porté atteinte à l'intérêt supérieur des enfants en raison du maintien des liens avec leur père.

20. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 29 décembre 2022. Les conclusions à fin d'annulation de la requête n° 2300191 sont rejetées.

Sur les conclusions accessoires :

21. Par voie de conséquence du rejet de ses conclusions en annulation, les conclusions susvisées présentées par Mme C aux fins d'injonction avec astreinte ne peuvent qu'être rejetées, ainsi que, et en tout état de cause, celles présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les demandes de Mme C tendant à ce qu'elle soit admise à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes nos 2203991 et 2300191 est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au garde des sceaux, ministre de la justice et à Me Gautier.

Délibéré après l'audience du 2 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Clen, président,

M. Quessette, premier conseiller,

Mme Lejeune, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.

Le rapporteur,

L. QUESSETTE

Le président,

H. CLEN La greffière,

F. LE GUIELLAN

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

Nos 2203991, 2300191

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