mercredi 6 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2204148 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Péan a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Ressortissant marocain, né le 22 mai 1987, M. B est, selon ses déclarations, entré sur le territoire français au cours de l'année 2008. Le 2 juillet 2020, il a sollicité le bénéfice du regroupement familial au profit de son épouse. Par une décision du 15 juin 2022, le préfet du Lot a rejeté sa demande. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : / () / 3° Il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil. ".
3. Pour rejeter la demande de regroupement familial formulée par M. B au profit de son épouse, le préfet du Lot s'est exclusivement appuyé sur les éléments de l'enquête de gendarmerie de Figeac qui mentionne qu'il est défavorablement connu des services de police et de gendarmerie en raison de ses antécédents judiciaires. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été condamné à trois mois de prison avec sursis par le tribunal correctionnel de Gap le 17 mars 2011 pour des faits de violences sur son ex-conjointe n'ayant entrainé aucune incapacité totale de travail. Toutefois, ces faits remontent à plus de dix ans avant l'édiction de la décision attaquée et il ne ressort pas des pièces du dossier et il n'est ni soutenu ni allégué par l'autorité préfectorale que l'intéressé aurait fait l'objet de condamnations pour des faits de même nature ou serait défavorablement connu des services de police en raison d'un comportement similaire ou pour tout autre motif. Au contraire, si sa première épouse l'a de nouveau mis en cause à raison de faits similaires le 18 mars 2017, il ressort du jugement du tribunal correctionnel de Gap du 29 juin 2017 que M. B a été relaxé au motif que les éléments du dossier ne permettaient pas d'établir la réalité des violences qui lui étaient reprochées et que les constatations médicales ne correspondaient pas aux faits décrits par son ex-épouse. De surcroit, il ressort des pièces du dossier qu'après avoir divorcé, M. B a entretenu une relation avec une ressortissante française pendant quatre ans et que celle-ci atteste de manière particulièrement circonstanciée qu'il n'a jamais adopté de comportements violents à son égard. Enfin, s'agissant de son enfant né de son union avec sa première épouse, il ressort du jugement en assistance éducative du 20 avril 2022 que l'expertise psychologique réalisée sur M. B " n'a révélé aucun élément d'inquiétude, celui-ci apparaissant pleinement équilibré. " et qu'en raison de la " réactivité et de la bienveillance de M. B, innocenté sur le plan judiciaire concernant les dénonciations passées de la mère ", son fils a été placé chez lui jusqu'à l'échéance de la mesure d'assistance éducative en milieu ouvert. Par ailleurs, si le préfet fait également valoir en défense que le requérant est défavorablement connu pour des infractions aux conditions générales d'entrée et de séjour des étrangers au cours de l'année 2010, il ressort des pièces du dossier non seulement que ces faits sont anciens à la date de la décision attaquée mais également que M. B est en situation régulière sur le territoire français depuis l'année 2011 et qu'il a obtenu une carte de résident le 1er septembre 2016 valable jusqu'au 31 août 2026. Dans ces conditions, ces faits ne peuvent être regardés comme révélant, par eux-mêmes, un refus de se conformer aux principes essentiels relatifs à la vie familiale auxquels renvoie l'article L. 411-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, devenu L. 434-7 de ce code. Par suite, en se bornant à opposer à M. B une condamnation avec sursis datant de plus de 10 ans pour rejeter sa demande de regroupement familial, le préfet du Lot a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de procéder à l'examen des autres moyens de la requête, que la décision litigieuse doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
5. L'exécution du présent jugement implique nécessairement, sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit ou de fait, que le préfet du Lot fasse droit à la demande de regroupement familial présentée par M. B au bénéfice de son épouse. Il y a lieu d'enjoindre au préfet du Lot d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à la demande présentée au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, la présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées à ce titre par M. B doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du préfet du Lot du 15 juin 2022 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Lot de faire droit à la demande de regroupement familial de M. B au bénéfice de son épouse, sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit ou de fait dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera à M. B une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Seignalet Mauhourat et au préfet du Lot.
Délibéré après l'audience du 16 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Viseur-Ferré, présidente,
Mme Préaud, conseillère,
Mme Péan, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 novembre 2024.
La rapporteure,
C. PÉAN
La présidente,
C. VISEUR-FERRÉ
La greffière,
F. DEGLOS
La République mande et ordonne au préfet du Lot, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
La greffière,
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