mercredi 2 juillet 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2205201 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SCP BOUYSSOU ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 2 septembre, 4 octobre 2022, 16 juillet et 28 octobre 2024, et 10 mars 2025, la commune de Beaumont-Sur-Lèze, représentée par la SCP Bouyssou et associés, agissant par Me Sire, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'ordonner à la communauté de communes du bassin auterivain haut-garonnais de reprendre, à compter de la notification du jugement à intervenir, les relations contractuelles sur le fondement de la convention fixant les modalités de la mise à disposition de locaux, services et personnels et de remboursement des charges supplétives pour le fonctionnement des services petite enfance, enfance, jeunesse conclue le 11 décembre 2020 entre ladite communauté de communes et la commune de Beaumont-sur-Lèze au titre de la compétence accueil de loisirs sans hébergement (ALSH) ;
2°) de mettre à la charge de la communauté de communes du bassin auterivain haut-garonnais la somme de 4 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la délibération du 5 juillet 2022 est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un vice de procédure, pour défaut d'information des conseillers communautaires ;
- en procédant à la résiliation unilatérale de la convention conclue le 11 décembre 2020, la communauté de communes en a méconnu les stipulations qui prévoyaient que son abrogation ne pouvait intervenir qu'avec l'accord concordant du conseil municipal et du conseil communautaire ;
- la résiliation en cause est irrégulière en l'absence de bouleversement de l'équilibre de la convention ou de disparition de sa cause ;
- plus généralement, la communauté de communes ne se prévaut d'aucun motif d'intérêt général précis susceptible de justifier cette résiliation ;
- la délibération contestée est entachée d'un détournement de pouvoir en ce qu'elle vise à la contraindre à signer une nouvelle convention relative à l'accueil des enfants sur le temps périscolaire.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 12 janvier et 30 septembre 2024, et 26 février 2025, la communauté de communes du bassin auterivain haut-garonnais, représentée par GoutalAlibert et associés, agissant par Me Banel, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la commune de Beaumont-sur-Lèze la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par la commune de Beaumont-sur-Lèze ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Sarraute,
- les conclusions de M. Luc, rapporteur public,
- les observations de Me Sire, représentant la commune de Beaumont-sur-Lèze,
- et les observations de Me Delesalle, substituant Me Banel, représentant la communauté de communes du bassin auterivain haut-garonnais.
Considérant ce qui suit :
1. La communauté de communes du bassin auterivain haut-garonnais (CCBA) exerce de plein droit, en lieu et place de ses communes membres, la compétence supplémentaire " action sociale d'intérêt communautaire " par application du 5° du II de l'article L. 5214-16 du code général des collectivités territoriales et du point 4-2-5° de ses statuts. Dans ce cadre, la CCBA se charge, à titre exclusif, de l'accueil de loisirs sans hébergement (ALSH) en période extrascolaire. Celle-ci ne disposant pas sur l'ensemble de son ressort des locaux et personnels nécessaires à l'exercice de cette compétence, des modalités de mise à disposition de locaux, services et de personnels et de remboursement des charges supplétives afférentes à cette mise à disposition ont été définies avec les communes concernées dans le cadre de conventions spécifiques, formalisées sur la base d'une convention type. C'est dans ce contexte qu'a été conclue le 11 décembre 2020 entre la CCBA et la commune de Beaumont-sur-Lèze, pour l'exercice par la première de sa compétence ALSH pendant la période d'accueil de vacances scolaires, une convention de mise à disposition de la communauté de communes de la cantine et des dortoirs de l'école communale située à côté du bâtiment communautaire, ainsi que du personnel nécessaire au service de restauration et à l'entretien des locaux ainsi mis à disposition. Par une délibération du 6 juillet 2021, la CCBA a estimé nécessaire de faire évoluer à compter du 1er janvier 2022 la convention type et les modalités de calcul des charges supplétives correspondant à ces mises à disposition. Par une délibération du 9 novembre 2021, le conseil municipal de Beaumont-sur-Lèze a décidé que seuls les bâtiments et matériels seraient désormais mis à disposition de la CCBA, et non son personnel assurant le service de restauration et l'entretien de la cantine communale, pour l'exercice par celle-ci de ses compétences communautaires ALSH sur le temps extrascolaire. Par une délibération du 21 janvier 2022 abrogeant la délibération du 9 novembre 2021, le conseil municipal de Beaumont-sur-Lèze a approuvé l'actualisation de la convention type telle qu'il l'a unilatéralement modifiée. A défaut d'accord intervenu avec la commune, par une délibération n° 2022-123 du 5 juillet 2022, le conseil communautaire de la CCBA a notamment approuvé la résiliation unilatérale à compter du 1er septembre 2022 de la convention fixant les modalités de la mise à disposition de locaux, services et personnels et de remboursement des charges supplétives pour le fonctionnement du service petite enfance, enfance, jeunesse au titre de la compétence ALSH conclue avec la commune le Beaumont-sur-Lèze le 11 décembre 2020. Par sa requête, la commune de Beaumont-sur-Lèze doit être regardée comme demandant au tribunal la reprise des relations contractuelles sur le fondement de la convention conclue le 11 décembre 2020.
2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 2241-1 du code général des collectivités territoriales : " () Toute cession d'immeubles ou de droits réels immobiliers par une commune de plus de 2 000 habitants donne lieu à délibération motivée du conseil municipal portant sur les conditions de la vente et ses caractéristiques essentielles. Le conseil municipal délibère au vu de l'avis de l'autorité compétente de l'Etat. Cet avis est réputé donné à l'issue d'un délai d'un mois à compter de la saisine de cette autorité ". D'autre part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "
3. La délibération attaquée, qui n'a pas pour objet la cession d'un immeuble ou de droits réels immobiliers, et qui ne constitue pas une décision individuelle défavorable au sens des dispositions précitées, n'entre dans aucune des catégories de mesures qui doivent être motivées. Au demeurant, il ressort des termes de cette délibération que celle-ci énonce les circonstances de fait ayant conduit à la résiliation unilatérale de la convention fixant les modalités de mise à disposition de locaux, services et personnels et de remboursement des charges supplétives pour le fonctionnement du service petite enfance, enfance, jeunesse, signée avec la commune de Beaumont-sur-Lèze le 11 décembre 2020. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la délibération attaquée qui est inopérant ne peut qu'être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales : " Tout membre du conseil municipal a le droit, dans le cadre de sa fonction, d'être informé des affaires de la commune qui font l'objet d'une délibération. " Aux termes de l'article L. 5211-1 de ce code : " Les dispositions du chapitre Ier du titre II du livre Ier de la deuxième partie relatives au fonctionnement du conseil municipal sont applicables au fonctionnement de l'organe délibérant des établissements publics de coopération intercommunale, en tant qu'elles ne sont pas contraires aux dispositions du présent titre. () ".
5. Il résulte de l'instruction que les conseillers communautaires de la CCBA ont été convoqués à la séance du 5 juillet 2022 par un courrier du 28 juin 2022 envoyé de manière dématérialisée, précisant l'ordre du jour et comprenant notamment en pièces jointes une notice explicative détaillant l'objet de chacun des vingt-quatre points inscrits à cet ordre du jour. Parmi eux figurait le point 24 intitulé " résiliation unilatérale de deux conventions avec Beaumont-sur-Lèze fixant les modalités de la mise à disposition de locaux, services et personnels et de remboursement des charges supplétives pour le fonctionnement du service petite enfance, enfance, jeunesse " pour lequel était exposé le contexte et les motifs relatifs à cette proposition de résiliation notamment de la convention conclue le 11 décembre 2020. Par suite, le moyen tiré du défaut d'information des conseillers communautaires doit être écarté.
6. En troisième lieu, la circonstance qu'un contrat soit conclu entre deux personnes publiques ne fait pas obstacle au pouvoir de chacune de ces personnes publiques de résilier unilatéralement le contrat pour un motif d'intérêt général, y compris dans le silence du contrat. Par suite, le moyen tiré de ce qu'en procédant à la résiliation unilatérale de la convention du 11 décembre 2020, la CCBA aurait méconnu les stipulations contractuelles doit être écarté.
7. En quatrième lieu, une convention conclue entre deux personnes publiques relative à l'organisation du service public ou aux modalités de réalisation en commun d'un projet d'intérêt général ne peut faire l'objet d'une résiliation unilatérale que si un motif d'intérêt général le justifie, notamment en cas de bouleversement de l'équilibre de la convention ou de disparition de sa cause. En revanche, la seule apparition, au cours de l'exécution de la convention, d'un déséquilibre dans les relations entre les parties n'est pas de nature à justifier une telle résiliation.
8. Il résulte de l'instruction que la CCBA est propriétaire sur le territoire de la commune de Beaumont-sur-Lèze d'un bâtiment d'animation dépourvu de cuisine, de réfectoire et de dortoir. Afin de permettre l'accueil des enfants dans le cadre de l'exercice de sa compétence exclusive de gestion de l'ALSH en période extrascolaire, par la convention du 11 décembre 2020, la commune de Beaumont-sur-Lèze a mis à disposition de la CCBA la cantine et les dortoirs de son école situés à côté du bâtiment communautaire ainsi que trois agents nécessaires pour en assurer le fonctionnement et l'entretien, à charge pour la CCBA de rembourser à la commune les frais de fonctionnement dus au titre de l'occupation de ces locaux et de la mise à disposition du personnel communal pour le temps de restauration et d'entretien. Par une délibération du 6 juillet 2021, après analyse des besoins de l'ensemble de son territoire, des structures d'accueil existantes, notamment de celle de Beaumont-sur-Lèze, et de ses contraintes budgétaires, la CCBA a décidé, dans le cadre de l'exercice de sa compétence exclusive, de revoir avec les communes avec lesquelles elle avait conclu des conventions de mise à disposition, les termes de ces dernières portant sur la prise en charge financière de l'entretien des locaux ainsi mis à disposition. Dans le cadre des discussions engagées avec la commune de Beaumont-sur-Lèze, cette dernière a refusé de signer la nouvelle convention qui lui était proposée, et a concomitamment décidé, par deux délibérations des 9 novembre 2021 et 21 janvier 2022, qu'à compter du 1er février 2022, elle limiterait la mise à disposition de la CCBA, aux seuls cantine et dortoirs de son école situés à côté du bâtiment communautaire. A compter de cette date, il n'est pas contesté que la CCBA ne disposait plus du personnel nécessaire au fonctionnement et à l'entretien de ces installations, indispensables pour assurer sa mission d'accueil des enfants dans le cadre de l'ALSH extrascolaire, et a cessé d'assurer cet accueil sur le territoire de la commune de Beaumont-sur-Lèze, le reportant sur les structures des communes voisines offrant des conditions permettant d'assurer cet accueil. Les circonstances économiques et financières avancées par la CCBA, résultant notamment de la convention territoriale globale 2022-2026 signée par la CCBA, ses communes membres, la caisse d'allocations familiales de la Haute-Garonne et le département de la Haute-Garonne, constituent à elles seules un motif d'intérêt général justifiant la résiliation unilatérale de la convention du 11 décembre 2020. Par suite, la résiliation unilatérale de cette convention décidée par la délibération du conseil communautaire de la CCBA du 5 juillet 2022 a été prononcée pour un motif d'intérêt général.
9. En cinquième et dernier lieu, pour les mêmes motifs, la décision prise par la CCBA de résilier unilatéralement la convention du 11 décembre 2020 n'est pas entachée d'un détournement de pouvoir.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions susvisées présentées par la commune de Beaumont-sur-Lèze doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la CCBA, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la commune de Beaumont-sur-Lèze au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Beaumont-sur-Lèze la somme de 1 500 euros à verser à la CCBA sur ce même fondement.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la commune de Beaumont-sur-Lèze est rejetée.
Article 2 : La commune de Beaumont-sur-Lèze versera à la communauté de communes du bassin auterivain haut-garonnais la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Beaumont-sur-Lèze et à la communauté de communes du bassin auterivain haut-garonnais.
Délibéré après l'audience du 17 juin 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Billet-Ydier, présidente,
Mme Sarraute, première conseillère,
Mme Douteaud, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2025.
La rapporteure,
N. SARRAUTELa présidente,
F. BILLET-YDIER
La greffière,
F. LE GUIELLAN
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026