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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2205630

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2205630

mardi 23 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2205630
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSELARL DEPUY AVOCATS ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 23 septembre 2022, et le 13 mars 2023, M. C B et Mme D B, représentés par la SARL Depuy Avocats et associés, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 avril 2022 par lequel le maire de la commune de Toulouse a autorisé la société Sogeprom Sud Réalisations à construire un immeuble collectif de vingt-trois logements allant du T2 au T5 sur une parcelle située au 4 allées Charles de Fitte ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Toulouse une somme de 3 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le projet méconnaît les dispositions spécifiques de l'article 11.1 du règlement écrit du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Toulouse ;

- le projet méconnaît les dispositions communes de l'article 11.11 du règlement écrit du PLU de la commune de Toulouse ;

- l'arrêté est entaché d'erreur manifeste d'appréciation sur le fondement de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté est entaché d'erreur manifeste d'appréciation sur le fondement de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.

Par des mémoires en défense enregistrés le 20 décembre 2022, le 31 mars 2023 et le 1er août 2023, la société Sogeprom Sud Réalisations, représentée par Me Magrini, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérants sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par des mémoires enregistrés le 27 février 2023 et le 30 mars 2023, la commune de Toulouse, conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire, à son rejet et à ce qu'une somme de 1 000 euros soit mise à la charge des requérants sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les requérants ne justifient pas de leur intérêt à agir ;

- aucun des moyens n'est fondé.

Par ordonnance du 5 juin 2024 la clôture de l'instruction a été fixée au 20 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lequeux, rapporteure,

- les conclusions de Mme Matteaccioli, rapporteure publique,

- et les observations de Me Oum, représentant les requérants, de Me Ouattara, représentant la société pétitionnaire et de Mme E, représentant la commune de Toulouse.

Considérant ce qui suit :

1. La société Sogeprom Sud Réalisations a sollicité, le 8 octobre 2021, un permis de construire valant permis de démolir pour l'édification d'un immeuble collectif de vingt-trois logements allant du T2 au T5 au 4 allées Charles de Fitte à Toulouse, sur une parcelle cadastrée AE 295. Par un arrêté du 20 avril 2022, le maire de la commune de Toulouse a accordé le permis demandé. Les époux B ont exercé un recours gracieux contre cet arrêté le 17 juin 2022, que la commune a rejeté par décision du 25 juillet 2022. Par arrêté du 15 septembre 2022, le maire de la commune de Toulouse a accordé à la société Sogeprom Sud Réalisations un permis de construire modificatif portant sur les précisions altimétriques du plan de masse.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu aux termes de l'article UC 11 du règlement du PLU de Toulouse : " 11.1 - Toitures : / Les toitures constituent un élément essentiel des caractéristiques urbaines et architecturales de la présente zone. / Elles doivent, d'une part, contribuer à conforter la qualité du paysage urbain et d'autre part, s'inscrire dans le respect des principes architecturaux des constructions traditionnelles toulousaines. / 11.1.1 - Les toitures traditionnelles : / 11.1.1.1 - Leur pente doit être de l'ordre de 33 %. / 11.1.1.2 - Leur couvert doit être réalisé au moyen de tuiles canal () / 11.1.4. - Les autres toitures pouvant induire des pentes différentes sont admises afin de maintenir, de restituer ou de compléter les ensembles urbains et architecturaux ou dans le cadre d'une mise en œuvre de techniques ou de matériaux particuliers, notamment en faveur des énergies renouvelables / 11.2 - Les ouvrages en toitures : / Sont interdites : / les fenêtres de toit, dans le versant sur rue, dont le plus grand côté dépasse 60 cm hors tout, excepté dans le cas où aucune autre solution architecturale n'est possible (lucarnes, autres ouvrages autorisés), / les lucarnes rampantes ou retroussées (chiens assis) ".

3. Il ressort des pièces du dossier que le projet prévoit une toiture en pente de 35 %. Les dispositions précitées imposent que la pente soit de l'ordre de 33 %. Si les requérants soutiennent que la pente prévue permettrait d'augmenter illégalement la surface de plancher du projet, d'une part, ils ne l'établissent pas, et d'autre part, la pente du toit, qui est de l'ordre de 33 %, ne méconnaît pas les dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 11.1.1.1 du règlement du plan local d'urbanisme doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 11.11 du règlement écrit du plan local d'urbanisme de Toulouse Métropole : " Pour les immeubles collectifs ou ensembles d'habitations comportant plus de deux logements, les balcons doivent faire l'objet d'une explication et d'une justification quant aux moyens utilisés pour mettre en œuvre un effet de transparence ou d'occultation au niveau des garde-corps ".

5. Il ressort des pièces du dossier que, pour l'application de ces dispositions, la notice descriptive du projet mentionne que les garde-corps des balcons situés en façade interne de l'immeuble seront en ossature métallique de couleur gris anthracite et que le remplissage sera assuré par un verre opalite, dans un ton clair, ce que permettent de vérifier les plans de façade. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, ces précisions permettent de comprendre les moyens utilisés pour mettre en œuvre un effet de transparence ou d'occultation. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ". Dès lors que les dispositions du règlement d'un plan d'occupation des sols invoquées par le requérant ont le même objet que celles, également invoquées, d'un article du code de l'urbanisme posant les règles nationales d'urbanisme et prévoient des exigences qui ne sont pas moindres, c'est par rapport aux dispositions du règlement du plan d'occupation des sols que doit être appréciée la légalité de la décision attaquée. En conséquence, le juge exerce un contrôle normal sur la conformité à ces dispositions de la décision attaquée. Aux termes de l'article 11.1.1 des dispositions communes du PLU de Toulouse : " Tout projet dans son ensemble, comme dans chacune de ses composantes (rythme, proportions, matériaux, couleurs) doit s'intégrer à la composition du quartier dans lequel il s'inscrit ".

7. Il ressort des pièces du dossier que la parcelle assiette du projet est située en haut des allées Charles de Fitte entre deux immeubles modestes comportant respectivement trois et deux niveaux. Toutefois, les autres immeubles de la rue, tant du côté de la parcelle assiette du projet que de l'autre côté de la rue, sont majoritairement composés de hauts immeubles d'habitation en R+5, R+8 et R+9, dont le rez-de-chaussée est parfois occupé par des commerces, sans unité architecturale particulière. Le projet, qui consiste en un immeuble d'habitation en R+5 de couleur brique et aux menuiseries anthracites, dont la façade sur rue sera en partie vitrée par des loggias, et le rez-de-chaussée, ouvert sur l'intérieur de la parcelle végétalisée, s'intègre dans le quartier dans lequel il s'inscrit. Par suite, l'arrêté ne méconnaît pas les dispositions de l'article 11.1.1 des dispositions communes du PLU de Toulouse.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".

9. Si les requérants soutiennent que le projet est situé dans une zone qui avait été classée par le PLUi-H de la métropole de Toulouse Métropole en zone de dépassement des valeurs limites en dioxyde d'azote qui constitue un risque pour la santé, alors que la réalisation du projet aggraverait ce risque, il ressort des pièces du dossier que, bien que ce document d'urbanisme ait été annulé, l'identification de cette zone comme constituant un risque est un fait établi qui, en tant que tel, peut être pris en compte au titre du contrôle du respect des dispositions précitées. Toutefois, il ressort également des pièces du dossier que différentes mesures ont été prises pour prendre en compte le risque lié à la pollution de l'air par le pétitionnaire. En effet, il ressort notamment de la notice descriptive que les loggias seront dépourvues de châssis coulissants au droit du nu de la façade sur rue afin d'assurer un effet de préservation de pollutions de l'air, notamment de l'azote. Seuls quatre des vingt-trois logements seront en mono-orientation et le souci a été porté sur la préservation des pollutions notamment à l'azote et aux particules fines par la mise en place d'un système de ventilation mécanique double-flux des logements. Dans ces conditions, en délivrant le permis de construire attaqué, le maire de la commune n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. et Mme B doit être rejetée, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense.

Sur les frais liés au litige :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de laisser à chacune des parties la charge des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Toulouse et de la société Sogeprom Sud Réalisations tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et Mme D B, à la société Sogeprom Sud Réalisations et à la commune de Toulouse.

Délibéré après l'audience du 5 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

M. Grimaud, président,

Mme Lequeux, conseillère,

Mme Lucas, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 juillet 2024.

La rapporteure,

A. LEQUEUX

Le président,

P. GRIMAUDLa greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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