jeudi 7 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2205644 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP BOUYSSOU ET ASSOCIES |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête, enregistrée le 25 septembre 2022 sous le n° 2205644, la société anonyme Orange, représentée par Me Gentilhomme, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 25 juillet 2022 par laquelle le maire de Venerque s'est opposé à la déclaration préalable de travaux déposée par la société Orange en vue de l'installation d'un relais de téléphonie mobile sur une parcelle cadastrée section D n°191, située au lieu-dit " Pabardil " ;
2°) d'enjoindre au maire de cette commune de lui délivrer une décision de non-opposition dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de ladite commune une somme de 5 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision en litige méconnaît l'article A.2 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) de Venerque dès lors que, ainsi qu'en a jugé la cour administrative d'appel de Bordeaux dans son arrêt n°20BX01101 du 24 mai 2022, le projet ne porte pas atteinte au caractère agricole de la zone au regard de sa faible superficie non plus qu'aux espaces naturels et au paysage des lieux avoisinants, qui ne sont pas homogènes et comportent des constructions ;
- le dossier de déclaration préalable étant complet au regard des pièces exigées par l'article R. 431-36 du code de l'urbanisme, le maire de Venerque ne pouvait légalement s'opposer au projet au motif que le plan de masse ne permettrait pas de s'assurer du respect de l'article A.4 du règlement du PLU de la commune ; en tout état de cause, le projet n'est concerné ni par l'alimentation en eau potable ni par l'assainissement et, s'agissant de l'écoulement des eaux pluviales, la décision attaquée ne mentionne pas en quoi le projet serait contraire aux règlements en vigueur ni quelles règles auraient été méconnues.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 février 2024, la commune de Venerque, représentée par Me Lecarpentier, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 500 euros soit mise à la charge de la société Orange au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par une ordonnance du 12 février 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 11 mars suivant.
II. Par une requête, enregistrée le 7 avril 2023 sous le n° 2301936, M. et Mme L et K J, M. et Mme C et H D, M. et Mme G et F A, M. E B et l'association de préservation de l'environnement de Venerque-Le Vernet, représentés par Me Vimini, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 24 novembre 2022 par laquelle le maire de Venerque ne s'est pas opposé à la déclaration préalable de travaux déposée par la société Orange en vue de l'installation d'un relais de téléphonie mobile sur une parcelle cadastrée section D n°191, située au lieu-dit " Pabardil " ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Venerque et de la société Orange une somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la société Orange n'a pas communiqué au maire de la commune un dossier d'information avant le dépôt de sa déclaration préalable en méconnaissance de l'article L. 34-9-1 du code des postes et des communications électroniques ;
- en l'absence de transmission d'un dossier d'information par l'opérateur, le maire n'a pas été en mesure d'en informer les habitants et de mettre à leur disposition ledit dossier en méconnaissance de l'article 2 de l'arrêté du 12 octobre 2016 ;
- le dossier de déclaration préalable est incomplet au regard des dispositions combinées des articles R. 431-10 et R. 431-36 du code de l'urbanisme, dès lors qu'aucun document graphique ne permet d'apprécier l'impact du projet depuis les constructions avoisinantes, que les angles et points de prise de vues ne sont pas reportés sur le plan de masse, et que les plans fournis ne permettent pas de connaître le traitement des accès de la parcelle ;
- eu égard à son caractère incompatible avec l'activité agricole environnante, le projet méconnaît l'article A.2 du règlement du PLU de la commune et l'objectif de préservation des espaces agricoles défini par les orientations du projet d'aménagement et de développement durables (PADD) ;
- il méconnaît l'article A.3 du règlement du PLU faute de prévoir tout accès et dès lors que la route longeant la parcelle est d'une largeur insuffisante pour permettre la circulation fluide et sécurisée des engins de secours ;
- il méconnaît les articles 6 et A.11 du règlement du PLU dès lors que la clôture grillagée ne sera pas doublée d'une haie mélangée constituée d'essences locales et qu'aucune justification technique n'a été apportée pour justifier une telle dérogation ;
- il méconnaît l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme, dès lors qu'il porte atteinte à la sauvegarde des espaces naturels et des paysages, et qu'il compromet les perspectives de vues sur les espaces naturels environnants ;
- il méconnaît le principe de mutualisation garanti par l'article D. 98-6-1 du code des postes et communications électroniques ;
- il méconnaît l'article L. 411-1 du code de l'environnement, en raison de ses conséquences sur l'habitat et la préservation d'espèces protégées, telles que les loutres ;
- la décision attaquée a été prise en méconnaissance du principe de précaution tel que garanti par l'article 5 de la Charte de l'environnement et l'article L. 110-1 du code de l'environnement, et en l'absence d'étude préalable quant à l'existence de risques pour la santé des personnes habitant à proximité du projet.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 février 2024, la société Orange, représentée par Me Gentilhomme, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise solidairement à la charge des requérants la somme de 5 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors, en premier lieu, qu'elle est tardive, en deuxième lieu, que les requérants personnes physiques ne justifient pas d'un intérêt à agir suffisant, en troisième lieu, en l'absence de preuve de dépôt des statuts de l'association requérante en préfecture, et, en dernier lieu, dès lors que l'objet de cette association est trop large pour lui conférer un intérêt à contester la décision en litige ;
- aucun des moyens soulevés n'est fondé.
La requête a été communiquée à la commune de Venerque, qui n'a pas produit d'observations.
Par une ordonnance du 6 mars 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 28 mars suivant.
M. J et les autres requérants dans l'instance n° 2301936 ont produit un mémoire, enregistré le 10 octobre 2024, qui n'a pas été communiqué.
Vu :
- l'ordonnance n°2206366 du 18 novembre 2022 du juge des référés du tribunal ;
- l'arrêt n°20BX01101 du 24 mai 2022 de la cour administrative d'appel de Bordeaux ;
- les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la Charte de l'environnement ;
- le code de l'environnement ;
- le code des postes et communications électroniques
- le code de l'urbanisme ;
- l'arrêté du 12 octobre 2016 pris en application des A et B du II de l'article L. 34-9-1 du code des postes et des communications électroniques et relatif au contenu et aux modalités de transmission des dossiers d'information et des dossiers établissant l'état des lieux des installations radioélectriques soumises à avis ou à accord de l'Agence nationale des fréquences ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Frindel,
- les conclusions de M. Leymarie, rapporteur public,
- les observations de Me Guranna, représentant la société Orange,
- les observations de Me Abadie de Maupéou, représentant la commune de Venerque dans l'instance n° 2205644 ;
- et les observations de Me Vimini, représentant les requérants dans l'instance n° 2301936.
Considérant ce qui suit :
1. Le 12 avril 2018, la société Orange a déposé une déclaration préalable portant sur la construction, sur la parcelle cadastrée section D n°191 située au lieu-dit " Pabardil ", sur le territoire de la commune de Venerque (31), d'un relais de radiotéléphonie comprenant une armoire et des coffrets techniques ainsi qu'un pylône en treillis de 28 mètres de haut, une dalle et une clôture grillagée. Par une décision du 7 mai 2018, le maire de cette commune s'est opposé à cette déclaration préalable de travaux. Par un arrêt n°20BX01101 du 24 mai 2022 devenu définitif, la cour administrative d'appel de Bordeaux a annulé cette décision. La société Orange ayant confirmé sa déclaration préalable le 5 juillet 2022, le maire de Venerque a procédé à un nouvel examen du dossier et, par une décision du 25 juillet 2022, s'est à nouveau opposé au projet. Par la requête enregistrée sous le n°2205644, la société Orange demande au tribunal l'annulation de cet arrêté. Par une ordonnance n°2206366 du 18 novembre 2022, le juge des référés du tribunal administratif de Toulouse, saisi par la société pétitionnaire, a suspendu l'exécution de cet arrêté jusqu'à ce qu'il soit statué au fond, et a enjoint au maire de délivrer à la société Orange une décision de non-opposition provisoire. Le 24 novembre 2022, le maire de Venerque a pris une décision de non opposition en exécution de cette ordonnance. Par une seconde requête, enregistrée sous le n°2301936, M. L J et autres, demandent au tribunal d'annuler la décision de non-opposition du 24 novembre 2022. Ces requêtes présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 25 juillet 2022 portant opposition aux travaux déclarés :
2. Pour s'opposer, par la décision en litige, à la déclaration préalable déposée par la société Orange, le maire de Venerque a considéré, d'une part, qu'en raison des caractéristiques du secteur d'implantation retenu et du choix de l'antenne ainsi que de son emplacement, le projet était de nature à porter atteinte à la sauvegarde des espaces naturels et des paysages du secteur et était incompatible avec l'exercice de l'activité agricole et forestière présente sur site, au regard de l'article A2 du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune et, d'autre part, que le plan de masse du dossier de déclaration préalable était taisant sur la desserte du projet en électricité ainsi que sur la collecte des eaux pluviales et de ruissellement et qu'aucun des autres documents du dossier de déclaration préalable ne fournissait d'élément permettant de s'assurer du respect de l'article A4 du PLU de Venerque.
3. En premier lieu, aux termes de l'article A.2 du règlement du PLU de Venerque : " Dès lors qu'elles ne sont pas incompatibles avec l'exercice d'une activité agricole, pastorale ou forestière dans l'unité foncière où elles sont implantées et qu'elles ne portent pas atteinte à la sauvegarde des espaces naturels et des paysages, sont autorisées : () / - les constructions, ouvrages et installations techniques nécessaires au fonctionnement des services publics et réseaux publics existants () ".
4. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la station de téléphonie mobile, laquelle sera implantée sur une parcelle de près de 3,3 ha, ne présentera une surface d'emprise au sol que d'environ 25 m². Dans ces conditions, et alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que les travaux déclarés feraient obstacle à l'expérimentation de pratiques agroécologiques conduite par le groupement agricole d'exploitation en commun de la Baronnesse, la société Orange est fondée à soutenir que l'installation projetée n'est pas incompatible avec l'exercice de l'activité agricole et forestière exercée au sein du secteur d'implantation du projet. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le pylône supportant trois antennes-relais de téléphonie mobile ainsi que ses installations accessoires associées doivent s'implanter, à environ 300 m. de la partie urbanisée de la commune, dans un secteur agricole ne présentant pas de caractère particulier sur le plan paysager ou des espaces naturels, le ruisseau Saint-Charles et ses ripisylves, identifiés sur le règlement graphique du PLU comme des éléments de paysage à protéger au titre de l'article L. 151-23 du code de l'urbanisme, étant distants de plus de 500 m. du projet. En outre, l'opération projetée se situe en dehors de la trame " verte et bleue " du projet d'aménagement et de développement durables. Par ailleurs, et alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet prévoirait la suppression d'arbres ou de haies, la commune ne démontre aucune atteinte à la démarche d'agroforesterie menée à proximité du site depuis 1997, ni, de manière plus générale, à la biodiversité. Dans ces conditions, et alors que l'impact du projet sur les espaces environnants sera atténué par la présence à proximité de la limite parcellaire d'un alignement d'arbres formant une haie, ainsi que par le choix de recourir à un pylône de type treillis, la société Orange est fondée à soutenir que l'installation projetée ne porte pas atteinte à la sauvegarde des espaces naturels et des paysages.
5. Il résulte de ce qui précède que le maire de Venerque ne pouvait légalement s'opposer au projet de la société Orange sur le fondement de l'article A.2 du règlement du PLU de la commune.
6. En second lieu, aux termes de l'article A.4 du règlement du PLU de Venerque : " L'ensemble des dessertes par les réseaux doit être conforme aux législations et prescriptions en vigueur et doit être adapté à la nature et à l'importance de ces occupations et utilisation du sol. / L'alimentation en eau potable et l'assainissement des eaux domestiques usées, la collecte et l'écoulement des eaux pluviales et de ruissellement, doivent être assurés dans des conditions conformes aux règlements en vigueur () ".
7. Pour s'opposer au projet en litige, le maire de Venerque s'est également fondé, ainsi qu'il a été dit, sur la circonstance qu'aucun élément joint à la déclaration de travaux ne permettait de s'assurer du respect des dispositions précitées de l'article A.4 du PLU de la commune. Toutefois, comme le soutient la société Orange, si l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme impose, s'agissant des demandes de permis de construire, l'indication sur le plan de masse des modalités de raccordement aux réseaux publics, une telle information n'est pas requise par les dispositions précitées de l'article R. 431-36 du même code, lequel définit le contenu du dossier joint à une déclaration préalable. Dans ces conditions, et alors qu'il résulte de ce même article R. 431-36 que l'autorité compétente ne peut exiger la production d'autres pièces que celles prévues par la réglementation, le maire de Venerque ne pouvait légalement se fonder sur l'absence au dossier de tout élément relatif au raccordement aux réseaux.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la société Orange est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 25 juillet 2022 par lequel le maire de Venerque s'est opposé à sa déclaration préalable de travaux.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 24 novembre 2022 portant non-opposition aux travaux déclarés :
9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 34-9-1 du code des postes et communications électronique : " () B. Toute personne souhaitant exploiter, sur le territoire d'une commune, une ou plusieurs installations radioélectriques soumises à accord ou à avis de l'Agence nationale des fréquences en informe par écrit le maire ou le président de l'intercommunalité dès la phase de recherche et lui transmet un dossier d'information un mois avant le dépôt de la demande d'autorisation d'urbanisme ou de la déclaration préalable, sauf accord du maire ou du président de l'intercommunalité sur un délai plus court. () / C. Le dossier d'information mentionné au premier alinéa du B du présent II comprend, à la demande du maire, une simulation de l'exposition aux champs électromagnétiques générée par l'installation. / D. Le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale mettent à disposition des habitants les informations prévues aux B et C du présent II par tout moyen qu'ils jugent approprié et peuvent leur donner la possibilité de formuler des observations, dans les conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / E. Lorsqu'il estime qu'une médiation est requise concernant une installation radioélectrique existante ou projetée, le représentant de l'État dans le département réunit une instance de concertation, le cas échéant à la demande du maire ou du président de l'établissement public de coopération intercommunale. La composition et les modalités de fonctionnement de cette instance sont précisées par décret () ".
10. Les dispositions précitées de l'article L. 34-9-1 du code des postes et des communications électroniques ne sont pas applicables à l'instruction des déclarations ou demandes d'autorisation d'urbanisme, pour lesquelles le contenu du dossier de demande est défini par les dispositions de la partie réglementaire du code de l'urbanisme. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions du code des postes et télécommunications électroniques ainsi que celui tiré de la méconnaissance de l'article 2 de l'arrêté susvisé du 12 octobre 2016 pris en application de ces mêmes dispositions doivent être écartés.
11. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-36 du code de l'urbanisme : " Le dossier joint à la déclaration comprend : / () / b) Un plan de masse coté dans les trois dimensions lorsque le projet a pour effet de créer une construction ou de modifier le volume d'une construction existante () / Il est complété, s'il y a lieu, par les documents mentionnés aux a et b de l'article R. 431-10, à l'article R. 431-14, aux a, b, c, g et q de l'article R. 431-16 et aux articles R. 431-18, R. 431-18-1, R. 431-21, R. 431-23-2, R. 431-25, R. 431-31 à R. 431-33 et R. 431-34-1. () / Lorsque la déclaration porte sur un projet de création ou de modification d'une construction et que ce projet est visible depuis l'espace public ou que ce projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, le dossier comprend également les documents mentionnés aux c et d de l'article R. 431-10 ". Aux termes de l'article R. 431-10 de ce code : " Le projet architectural comprend également : () / c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; / d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse ".
12. D'une part, les dispositions précitées n'imposent pas que les documents graphiques joints au dossier de déclaration préalable fassent apparaître l'insertion du projet depuis les constructions environnantes, mais uniquement par rapport celles-ci. D'autre part, si les angles et points de prise de vues ne sont pas reportés sur le plan de masse, ils le sont sur la pièce DP1-3, et l'ensemble des pièces jointes au dossier de déclaration de travaux ont en tout état de cause mis en mesure l'autorité en charge de l'instruction de la demande d'apprécier l'insertion du projet dans son environnement. Enfin, ni les dispositions précitées, ni aucune autre disposition du code de l'urbanisme applicable aux déclarations préalables n'imposent la production de plans permettant de connaître le traitement des accès de la parcelle. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'incomplétude du dossier de déclaration préalable au regard des dispositions combinées des articles R. 431-10 et R. 431-36 du code de l'urbanisme ne peut qu'être écarté.
13. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article A.2 du règlement du PLU de la commune de Venerque doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 4 du présent jugement.
14. En quatrième lieu, il résulte des dispositions des articles L. 151-2 et L. 152-1 du code de l'urbanisme que le projet d'aménagement et de développement durables (PADD) n'est pas, par lui-même, opposable pour la délivrance d'une autorisation d'urbanisme. Par suite, le moyen, tiré de la méconnaissance de l'objectif de préservation des espaces agricoles défini par les orientations du PADD doit être écarté comme inopérant.
15. En cinquième lieu, aux termes de l'article A.3 du règlement du PLU de Venerque : " Les terrains doivent être desservis par des voies publiques ou privées ouvertes à la circulation publique dans des conditions répondant à l'importance ou la destination des constructions ou aménagements envisagés. Les caractéristiques de ces voies doivent permettre la circulation ou l'utilisation des engins de secours et de lutte contre l'incendie. ".
16. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le terrain d'implantation du projet litigieux est desservi par la route de la Baronnesse, qui constitue une voie ouverte à la circulation du public, sur une longueur d'environ 250 mètres. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article A.3 du règlement du PLU de Venerque ne peut qu'être écarté.
17. En sixième lieu, aux termes de l'article A.11 du règlement du PLU de Venerque, relatif à l'aspect extérieur des constructions et aménagement de leurs abords : " () Les clôtures seront réalisées en piquets et en grillage. Elles seront doublées de haies mélangées constituées d'essences locales. Les haies mono-spécifiques ne sont pas autorisées. () ". Aux termes de l'article 6 des dispositions générales du règlement du PLU de cette commune, relatif aux ouvrages nécessaires au fonctionnement des services publics ou d'intérêt collectif : " Dans toutes les zones, l'édification d'ouvrages techniques nécessaires au fonctionnement des réseaux divers : () télécommunications () peuvent être autorisées en dérogation des articles 6, 7, 10 et 11 de chaque zone. / Toute justification technique doit être produite pour démontrer les motifs du choix du lieu d'implantation ou du parti qui déroge à la règle ".
18. Par un jugement n° 1802678 du 24 janvier 2020, le tribunal administratif de Toulouse a rejeté la requête de la société Orange tendant à l'annulation de la décision du 7 mai 2018 par laquelle le maire de la commune de Venerque s'est opposé à la déclaration préalable de travaux qu'elle a déposée en vue d'installer la station relais de téléphonie mobile en litige. Pour annuler ce jugement et la décision du 7 mai 2018 du maire de Venerque, la cour administrative d'appel de Bordeaux, dans son arrêt susvisé du 24 mai 2022 devenu définitif, a jugé que le projet de la société Orange, au vu des justifications techniques apportées par l'opérateur, entrait dans les dérogations prévues à l'article 6 des dispositions générales du règlement du PLU de Venerque et que le maire de cette commune n'avait pu légalement s'opposer à ce projet sur le fondement de l'article A.11 précité.
19. L'autorité de chose jugée s'attachant au dispositif de cet arrêt de la cour devenu définitif ainsi qu'aux motifs qui en sont le support nécessaire fait obstacle à ce que, en l'absence de modification de la situation de droit ou de fait, l'autorité administrative fasse à nouveau opposition à la déclaration préalable en cause ou que la décision de non-opposition soit annulée par le juge administratif, pour un motif identique à celui qui a été censuré par la cour administrative d'appel.
20. En l'espèce, il est constant que le projet faisant l'objet de la décision de non-opposition du 24 novembre 2022 est identique à celui qui a fait l'objet de la décision d'opposition du 25 juillet 2022 attaquée dans la première instance, et les requérants ne se prévalent d'aucun changement de circonstance de droit ou de fait. Ainsi, la société Orange est fondée à opposer l'autorité de la chose jugée qui s'attache à l'arrêt sus-évoqué du 24 mai 2022. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article A.11 du règlement du PLU de Venerque doit, pour ce motif, être écarté.
21. En septième lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ".
22. Si les requérants soutiennent que le projet en litige porte atteinte à la sauvegarde des espaces naturels et des paysages et qu'il compromet les perspectives de vues sur les espaces naturels environnants, ce moyen doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4 du présent jugement.
23. En huitième lieu, aux termes de l'article D. 98-6-1 du code des postes et communications électroniques : " () II. - L'opérateur fait en sorte, dans la mesure du possible, de partager les sites radioélectriques avec les autres utilisateurs de ces sites. / Lorsque l'opérateur envisage d'établir un site ou un pylône et sous réserve de faisabilité technique, il doit à la fois : - privilégier toute solution de partage avec un site ou un pylône existant ; - veiller à ce que les conditions d'établissement de chacun des sites ou pylônes rendent possible, sur ces mêmes sites et sous réserve de compatibilité technique, l'accueil ultérieur d'infrastructures d'autres opérateurs ; - répondre aux demandes raisonnables de partage de ses sites ou pylônes émanant d'autres opérateurs ".
24. En vertu du principe de l'indépendance des législations, il n'appartient pas à l'autorité en charge de la délivrance des autorisations d'urbanisme de veiller au respect de la réglementation des postes et communications électroniques, mais seulement de se prononcer sur la conformité du projet aux règles d'urbanisme en vigueur. Dès lors, les requérants ne peuvent utilement, pour critiquer l'emplacement du projet, se prévaloir des dispositions précitées de l'article D. 98-6-1, lesquelles n'imposent aucune obligation de partage des sites ou des pylônes entre les opérateurs.
25. En neuvième lieu, aux termes de l'article L. 411-1 du code de l'environnement : " I. - Lorsqu'un intérêt scientifique particulier, le rôle essentiel dans l'écosystème ou les nécessités de la préservation du patrimoine naturel justifient la conservation de sites d'intérêt géologique, d'habitats naturels, d'espèces animales non domestiques ou végétales non cultivées et de leurs habitats, sont interdits : / () 3° La destruction, l'altération ou la dégradation de ces habitats naturels ou de ces habitats d'espèces ; () ".
26. Si les requérants allèguent que le projet litigieux s'implante à proximité immédiate du ruisseau de Saint-Charles, lequel abrite des espèces protégées telles que les loutres, et qu'il risque de modifier, voire de dégrader l'habitat de ces espèces protégées, dont la préservation serait menacée par la diffusion des ondes magnétiques, ils ne produisent toutefois aucune étude scientifique relative aux effets des antennes-relais sur ces animaux, alors, en tout état de cause, que le relais de téléphonie mobile en litige est distant de plus de 500 mètres du cours d'eau susmentionné. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point précédent ne peut qu'être écarté.
27. En dixième et dernier lieu, aux termes de l'article 5 de la Charte de l'environnement : " Lorsque la réalisation d'un dommage, bien qu'incertaine en l'état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible l'environnement, les autorités publiques veillent, par application du principe de précaution et dans leurs domaines d'attributions, à la mise en œuvre de procédures d'évaluation des risques et à l'adoption de mesures provisoires et proportionnées afin de parer à la réalisation du dommage. ". Aux termes de l'article L. 110-1 du code de l'environnement : " I. - Les espaces, ressources et milieux naturels terrestres et marins, les sons et odeurs qui les caractérisent, les sites, les paysages diurnes et nocturnes, la qualité de l'air, la qualité de l'eau, les êtres vivants et la biodiversité font partie du patrimoine commun de la nation. Ce patrimoine génère des services écosystémiques et des valeurs d'usage. () II. - Leur connaissance, leur protection, leur mise en valeur, leur restauration, leur remise en état, leur gestion, la préservation de leur capacité à évoluer et la sauvegarde des services qu'ils fournissent sont d'intérêt général et concourent à l'objectif de développement durable qui vise à satisfaire les besoins de développement et la santé des générations présentes sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. Elles s'inspirent, dans le cadre des lois qui en définissent la portée, des principes suivants : / 1° Le principe de précaution, selon lequel l'absence de certitudes, compte tenu des connaissances scientifiques et techniques du moment, ne doit pas retarder l'adoption de mesures effectives et proportionnées visant à prévenir un risque de dommages graves et irréversibles à l'environnement à un coût économiquement acceptable ; () ".
28. Il appartient à l'autorité administrative compétente pour se prononcer sur l'octroi d'une autorisation en application de la législation sur l'urbanisme, de prendre en compte le principe de précaution énoncé à l'article 5 de la Charte de l'environnement et rappelé par l'article L. 110-1 du code de l'environnement auquel renvoie l'article R. 111-26 du code de l'urbanisme. Toutefois, ces dispositions ne lui permettent pas, indépendamment des procédures d'évaluation des risques et des mesures provisoires et proportionnées susceptibles, le cas échéant, d'être mises en œuvre par les autres autorités publiques dans leur domaine de compétence, de refuser légalement la délivrance d'une autorisation d'urbanisme en l'absence d'éléments circonstanciés sur l'existence, en l'état des connaissances scientifiques, de risques, même incertains, de nature à justifier un tel refus d'autorisation.
29. Alors qu'il n'est pas contesté que l'installation répond aux normes et seuils en vigueur sur le territoire national, il ne ressort des pièces du dossier aucun élément circonstancié de nature à établir l'existence, en l'état des connaissances scientifiques, d'un risque pouvant résulter, pour le public, de son exposition aux champs électromagnétiques émis par les antennes relais de téléphonie mobile et justifiant que, indépendamment des procédures d'évaluation des risques et des mesures provisoires et proportionnées susceptibles, le cas échéant, d'être mises en œuvre par les autorités compétentes, le maire de Venerque s'oppose à la déclaration préalable de la société Orange en vue de l'installation de l'antenne relais en litige.
30. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que M. J et les autres requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de la décision du 24 novembre 2022 portant non-opposition aux travaux déclarés par la société.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
31. Une décision intervenue pour l'exécution de l'ordonnance par laquelle le juge des référés d'un tribunal administratif a suspendu l'exécution d'un acte administratif revêt, par sa nature même, un caractère provisoire jusqu'à ce qu'il soit statué sur le recours en annulation présenté parallèlement à la demande en référé.
32. Le présent jugement, qui confirme la légalité de la décision de non-opposition aux travaux déclarés par la société Orange, prise par le maire de Venerque le 24 novembre 2022 en exécution de l'ordonnance n°2206366 du 18 novembre 2022 du juge des référés du tribunal, n'appelle aucune mesure d'exécution, la décision du 24 novembre 2022 précitée devenant définitive par l'effet du présent jugement. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par la société Orange doivent être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
En ce qui concerne l'instance n°2205644 :
33. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Orange, qui n'est pas la partie perdante dans l'instance, la somme que la commune de Venerque demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Venerque, une somme de 1 500 euros à verser à la société Orange sur le fondement de ces dispositions.
En ce qui concerne l'instance n°2301936 :
34. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Venerque et de la société Orange, qui n'ont pas la qualité de parties perdantes dans l'instance, la somme que demandent les requérants au titre des frais exposés par eux. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants le versement à la société Orange d'une somme totale de 1 500 euros sur leur fondement.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 25 juillet 2022 par laquelle le maire de Venerque s'est opposé à la déclaration préalable de travaux déposée par la société Orange est annulée.
Article 2 : La commune de Venerque versera, dans l'instance n°2205644, une somme de 1 500 euros (mille cinq cents euros) à la société Orange en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties dans l'instance n°2205644 est rejeté.
Article 4 : La requête n°2301936 de M. J et autres est rejetée.
Article 5 : M. J et autres verseront, dans l'instance n°2301936, une somme de 1 500 euros (mille cinq cents euros) à la société Orange au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à la société anonyme Orange, à M. L J, représentant unique des requérants dans l'instance n°2301936 en application de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, et à la commune de Venerque.
Délibéré après l'audience du 4 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Meunier-Garner, présidente,
M. Frindel, conseiller,
Mme Lucas, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2024.
Le rapporteur,
T. FRINDEL
La présidente,
M.-O. MEUNIER-GARNER
La greffière,
M. I
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Nos 2205644, 2301936
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026