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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2205873

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2205873

mardi 21 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2205873
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique chambre 5
Avocat requérantCANDELIER CARRIERE-PONSAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 octobre 2022, Mme B A, représentée par Me Carriere Ponsan, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite rejetant sa demande de révision du compte rendu de l'entretien professionnel au titre de l'année 2021 ;

2°) d'enjoindre au garde des sceaux, ministre de la justice de modifier le compte rendu d'entretien professionnel au titre de l'année 2021 en supprimant certains passages et en lui accordant la note de 18/20 correspondant au niveau d'appréciation générale " excellent " ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le compte rendu d'entretien professionnel au titre de l'année 2021 est entaché d'irrégularités : à la suite de ses observations écrites formulées le 8 avril 2022, ledit compte rendu ne lui a pas été notifié dans sa forme définitive ; aucune réponse n'a été apportée à ses observations ; il ne comporte aucune annexe pour formuler des observations et contient des mentions erronés quant à son corps et son grade ;

- l'appréciation générale sur sa valeur et ses qualités professionnelles est entachée d'erreurs de droit et d'appréciation : s'agissant des niveaux d'appréciation, elle a obtenu huit niveaux " excellent ", un " très bon " et huit " bon " et l'appréciation générale retient le niveau " très bon " et elle a obtenu la note de 16/20 alors que compte tenu de l'égalité entre deux niveaux d'appréciation, le niveau le plus haut, soit " excellent ", aurait dû être retenu ; elle aurait pu prétendre à une note générale comprise entre 18 et 20/20, comme les deux années précédentes et ainsi, à des postes plus en adéquation avec sa valeur professionnelle et ses contraintes personnelles, étant reconnue travailleur handicapé depuis le 21 juin 2018.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 octobre 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 19 décembre 2023.

Par courrier du 4 octobre 2024, le tribunal a demandé aux parties de produire, en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, la copie intégrale du compte rendu d'entretien professionnel de Mme A au titre de l'année 2021.

La pièce produite le 9 octobre 2024 par Mme A en réponse, déjà produite, n'a pas été communiquée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 2010-888 du 28 juillet 2010 ;

- l'arrêté du 10 septembre 2012 relatif à l'entretien professionnel et à la reconnaissance de la valeur professionnelle des fonctionnaires et de certains agents non titulaires civils du ministère de la défense ;

- le code de justice administrative.

Le président par intérim du tribunal a désigné Mme D pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- et les conclusions de Mme Nègre-Le Guillou, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, adjointe administrative, est affectée à la maison d'arrêt de Montauban depuis le 1er septembre 2018. Le 23 avril 2019, elle a été nommée responsable du pôle secrétariat et ressources humaines de l'établissement. Elle a fait l'objet, le 29 mars 2022, d'un entretien professionnel au titre de l'année 2021 ayant donné lieu à un compte rendu. Le 8 avril 2022, Mme A a introduit un recours gracieux contre le compte rendu de cet entretien qui a été implicitement rejeté. Par la présente requête, Mme A doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler le compte rendu d'entretien professionnel au titre de l'année 2021, ensemble la décision implicite rejetant sa demande de révision dudit compte rendu.

2. Aux termes de l'article 55 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat : " L'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires se fonde sur un entretien professionnel annuel conduit par le supérieur hiérarchique direct, qui donne lieu à un compte rendu. () ". Aux termes de l'article 2 du décret n° 2010-888 du 28 juillet 2010 relatif aux conditions générales de l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires de l'Etat : " Le fonctionnaire bénéficie chaque année d'un entretien professionnel qui donne lieu à compte rendu./ Cet entretien est conduit par le supérieur hiérarchique direct () ". L'article 4 du même décret dispose que : " Le compte rendu de l'entretien professionnel est établi et signé par le supérieur hiérarchique direct du fonctionnaire. Il comporte une appréciation générale exprimant la valeur professionnelle de ce dernier./ Il est communiqué au fonctionnaire qui le complète, le cas échéant, de ses observations./ Il est visé par l'autorité hiérarchique qui peut formuler, si elle l'estime utile, ses propres observations./ Le compte rendu est notifié au fonctionnaire qui le signe pour attester qu'il en a pris connaissance puis le retourne à l'autorité hiérarchique qui le verse à son dossier ".

3. En premier lieu, si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou s'il a privé les intéressés d'une garantie.

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a eu communication et notification du compte rendu d'entretien professionnel le 30 mars 2022, date à laquelle elle l'a signé ainsi que son supérieur hiérarchique direct. A cette date, la requérante a eu connaissance dudit compte rendu et a été informée qu'elle disposait d'un délai de dix jours franc pour déposer des observations. Mme A a formulé des observations écrites le 8 avril 2022, auxquelles le supérieur hiérarchique n'est pas tenu de répondre. Ainsi, elle n'est pas fondée à soutenir que le compte rendu d'entretien professionnel ne lui a pas été notifié dans sa forme définitive au titre de l'année 2021. Par ailleurs, si ledit compte rendu comporte une mention erronée du corps et du grade auxquels appartient Mme A, de telles erreurs, purement matérielles, sont sans incidence sur sa légalité. Enfin, la circonstance que le compte rendu d'entretien professionnel ne comporte pas d'annexe pour présenter des observations est également sans incidence, Mme A, qui a été à même de présenter ses observations écrites, ce qu'elle a d'ailleurs fait, n'ayant été privée d'aucune garantie.

5. En deuxième lieu, Mme A soutient que le compte-rendu de l'entretien professionnel contesté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans la mesure où le niveau d'appréciation générale retenu devait être " excellent " et non " très bon ", qu'elle n'a obtenu que la note de 16/20 alors que les années précédentes, elle avait obtenu les notes de 19/20 et 18/20. Il ressort du compte rendu de l'entretien professionnel que, dans la partie consacrée à l'appréciation des compétences de l'agent, huit rubriques ont été appréciées au niveau " excellent ", une au niveau " très bon " et huit au niveau " bon ". L'appréciation littérale relative aux acquis de l'expérience professionnelle sur le poste souligne que Mme A a acquis d'excellentes connaissances techniques " en matière de RH ", qu'elle a réussi à rapidement maîtriser les procédures complexes du " logiciel Harmonie " et à traiter les différents actes de gestion, qu'elle a, par ailleurs, montré une capacité de travail " en gérant à la foir le secrétariat et les RH jusqu'au mois de septembre " et que l'arrivée " en septembre 2021 d'une agent au sein du pôle secrétariat devrait lui permettre d'acquérir des compétences managériales ". L'appréciation littérale globale évoque " une agent dévouée et compétente ", souligne ses " efforts professionnels " et " sa grande capacité de travail " et sa " bonne maîtrise du pôle dont elle assure la gestion " et rappelle que " l'affectation en septembre 2021 d'une agent au sein du pôle secrétariat RH doit lui permettre de développer le sens du travail en équipe et de progresser en matière d'encadrement de personnel " et qu'elle " doit en outre porter une attention particulière à l'obligation de discrétion professionnelle et de réserve qui lui incombe " et " accepter la supervision du pôle secrétariat RH par sa hiérarchie ". De telles appréciations sont en cohérence avec le contenu du tableau synoptique dans lequel Mme A s'est vu attribuer un niveau " bon " aux items " capacité à partager l'information, à transférer les connaissances ", " capacité à rendre compte ", " capacité à travailler en équipe ", " capacité à conseiller et à apporter les éléments d'aide à la décision ", " capacité à encadrer et à déléguer ", " capacité à mobiliser les collaborateurs ", " aptitude à écouter, à développer et à valoriser les compétences des collaborateurs " et " aptitude à animer des réseaux et à promouvoir des travaux collaboratifs ". En outre, si la requérante a obtenu des évaluations plus favorables au titre des évaluations antérieures à l'année 2021, cette circonstance ne révèle, à elle seule, aucune erreur manifeste d'appréciation de la manière de servir de Mme A en 2021, dès lors que chaque compte rendu d'évaluation professionnel se fonde sur un comportement adopté et des faits survenus au cours de l'année concernée. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le supérieur hiérarchique de Mme A aurait manifesté une animosité particulière à son égard. Par suite, et dans la mesure où la requérante ne produit aucun élément de nature à remettre en cause l'appréciation portée par sa hiérarchie, celle-ci n'est pas fondée à soutenir que son compte rendu d'entretien professionnel au titre de l'année 2021 serait entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation et ne peut utilement faire valoir qu'elle pouvait prétendre à des postes plus en adéquation avec sa valeur professionnelle et ses contraintes personnelles.

6. En dernier lieu, à supposer qu'en se plaignant de l'animosité de son supérieur hiérarchique à son encontre, elle ait entendu soutenir que la décision en litige serait entachée de détournement de pouvoir, la réalité d'un tel détournement n'est pas établie.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre d'Etat, garde des sceaux, ministre de la justice.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 janvier 2025.

La magistrate désignée,

S. D

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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