mercredi 6 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2206352 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SCP BOUYSSOU ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 31 octobre 2022, 12 mars et 2 juillet 2024, M. B C et la commune de Bessières, représentés par Me Cayssials, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 juillet 2022 par lequel le président de la communauté de commune Val'Aïgo a retiré à M. C, premier vice-président de la communauté de communes, la délégation de fonctions qu'il lui avait accordée, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux du 10 octobre 2022 ;
2°) d'annuler la délibération du 1er septembre 2022 par laquelle le conseil communautaire de la communauté de communes Val'Aïgo a mis fin aux fonctions de premier vice-président de M. C ;
3°) d'enjoindre à la communauté de communes Val'Aïgo de prendre les mesures qu'impose l'annulation de ces deux décisions, dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de la communauté de communes Val'Aïgo le versement à leur profit de la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la commune de Bessières dispose d'un intérêt à agir ;
En ce qui concerne la décision du 4 juillet 2022 :
- elle n'est pas motivée ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la délibération du 1er septembre 2022 :
- elle est entachée de vices de procédure, dès lors, d'une part, que le droit à l'information des conseillers communautaires a été méconnu et, d'autre part, que les règles relatives au vote à bulletin secret ont été méconnues ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 1er février 2023 et 12 avril 2024, la communauté de communes Val'Aïgo, représentée par la SCP Bouyssou, agissant par Me Dunyach, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. C la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable en tant qu'elle a été introduite par la commune de Bessières ;
- les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Sarraute,
- les conclusions de M. Luc, rapporteur public,
- les observations de Me Cayssials, représentant M. C et la commune de Beissières, en présence de M. C,
- et les observations de la SCP Bouyssou et associés, agissant par Me Lecarpentier, substituant Me Dunyach, représentant la communauté de communes Val'Aïgo.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 4 juillet 2022, le président de la communauté de communes Val'Aïgo a retiré avec effet immédiat la délégation de fonction qu'il avait accordée le 8 juillet 2020 à M. C, premier vice-président, en matière de développement territorial et économique. Puis, par une décision du 10 octobre 2022, il a rejeté le recours gracieux formé par M. C le 19 août 2022. Enfin, par une délibération n° 2022-085 du 1er septembre 2022, le conseil communautaire de la communauté de communes de Val'Aïgo a mis fin aux fonctions de premier vice-président de M. C. Par la présente requête, M. C et la commune de Bessières, dont il est le maire, demandent l'annulation de ces trois décisions.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. La commune de Bessières soutient que l'éviction, par les décisions attaquées, de M. C, son maire, de l'exécutif de la communauté de communes Val'Aïgo affecte nécessairement ses intérêts de manière spéciale, directe et certaine. Il ressort toutefois des pièces du dossier que la décision de faire en sorte que l'exécutif de l'établissement public de coopération intercommunale soit composé, dans la mesure du possible, des maires des communes membres, est propre à la communauté de communes Val'Aïgo, ne ressort d'aucune disposition législative ou règlementaire en n'a pas pour objet d'imposer une obligation de résultat en la matière, la commune de Bessières demeurant représentée au sein du conseil communautaire, seul organe décisionnaire de la communauté de communes. Par ailleurs, les motifs ayant justifié les décisions attaquées concernent M. C à titre personnel et non en sa qualité de maire de la commune de Bessières. Par suite, à défaut, pour la commune de Bessières, de présenter un intérêt lui donnant qualité pour agir, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être accueillie.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 4 juillet 2022 portant retrait de délégation de fonction, ensemble la décision du 10 octobre 2022 de rejet du recours gracieux formé contre cette décision :
3. Aux termes de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales, applicable aux établissements publics de coopération intercommunale en vertu de l'article L. 5211-2 du même code : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints et à des membres du conseil municipal. / () Lorsque le maire a retiré les délégations qu'il avait données à un adjoint, le conseil municipal doit se prononcer sur le maintien de celui-ci dans ses fonctions ". Aux termes de l'article L. 2122-20 du même code : " Les délégations données par le maire en application des articles L. 2122-18 et L. 2122-19 subsistent tant qu'elles ne sont pas rapportées. "
4. En premier lieu, la décision par laquelle le président d'une communauté de communes rapporte la délégation de fonction qu'il avait consentie à un conseiller communautaire n'a pas le caractère d'une sanction et vient uniquement abroger une décision de nature réglementaire. Dès lors, elle n'entre dans aucune des catégories de décisions qui doivent être motivées en application des dispositions du code des relations entre le public et l'administration. Il en va de même pour la décision du 10 octobre 2022 portant rejet du recours gracieux formé par M. C. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
5. En second lieu, il résulte des dispositions précitées que le président d'un établissement public de coopération intercommunale peut, à tout moment, mettre fin aux délégations qu'il a consenties, sous réserve que sa décision ne soit pas inspirée par des motifs étrangers à la bonne marche de l'administration intercommunale. Il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal de séance du conseil communautaire du 2 septembre 2022, dont M. C ne remet pas les termes sérieusement en cause, que depuis le début de l'année 2022, celui-ci et le président de la communauté de communes Val'Aïgo s'opposaient sur la possible réouverture sous conditions de la piscine de la commune de Bessières et l'implantation d'éoliennes sur le territoire communautaire. M. C ne conteste pas que le 2 juin 2022, après la tenue d'un conseil communautaire, il a pris à parti le président de la communauté de communes Val'Aïgo de manière virulente et dans des termes qu'il qualifie lui-même de " pas élégants " dans un contexte " d'engueulade entre copains élus ". Ces dissensions et le comportement de M. C étaient de nature à caractériser une rupture du lien de confiance dont le président de la communauté de communes était fondé à considérer qu'elle ne serait pas sans conséquence sur le bon fonctionnement de l'administration intercommunale. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué du 4 juillet 2022 abrogeant la délégation de fonction consentie à M. C, qui ne repose pas sur des faits matériellement inexacts, ne peut être regardé comme ayant été inspiré par des motifs étrangers à la bonne marche de l'administration intercommunale. Pour les mêmes motifs, M. C n'est pas fondé à soutenir qu'il serait entaché d'erreur manifeste d'appréciation.
6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 4 juillet 2022 portant retrait de délégation de fonction doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'annulation de la décision du 10 octobre 2022 portant rejet du recours gracieux formé par M. C doivent l'être également.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la délibération du 1er septembre 2022 décidant du non-maintien de M. C dans ses fonctions de premier vice-président :
7. D'une part, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " Lorsque le maire a retiré les délégations qu'il avait données à un adjoint, le conseil municipal doit se prononcer sur le maintien de celui-ci dans ses fonctions. " Aux termes de l'article L. 2121-20 du même code : " () Les délibérations sont prises à la majorité absolue des suffrages exprimés () ". Enfin, l'article L. 2121-21 de ce code dispose que : " Le vote a lieu au scrutin public à la demande du quart des membres présents. / Il est voté au scrutin secret : / 1° Soit lorsqu'un tiers des membres présents le réclame ; 2° Soit lorsqu'il y a lieu de procéder à une nomination ou à une présentation. () / Le conseil municipal peut décider, à l'unanimité, de ne pas procéder au scrutin secret aux nominations ou aux présentations, sauf disposition législative ou réglementaire prévoyant expressément ce mode de scrutin. / Si une seule candidature a été déposée pour chaque poste à pourvoir au sein des commissions municipales ou dans les organismes extérieurs, ou si une seule liste a été présentée après appel de candidatures, les nominations prennent effet immédiatement, dans l'ordre de la liste le cas échéant, et il en est donné lecture par le maire. () ". La méconnaissance de ces dernières dispositions, qui définissent les conditions du scrutin secret et donc les modalités de vote de la délibération adoptée par l'organe délibérant, ne saurait être regardée comme un simple vice de procédure susceptible d'être neutralisé sous certaines conditions.
8. D'autre part, en application de l'article L. 5211-2 du code général des collectivités territoriales, les dispositions citées au point précédent sont applicables aux président et membres du bureau des établissements publics de coopération intercommunale.
9. Il ressort des pièces du dossier que la délibération du 1er septembre 2022 a été adoptée après un vote au scrutin secret sur proposition du président du conseil communautaire. L'objet de cette délibération étant le maintien de M. C dans ses fonctions de premier vice-président, le conseil communautaire n'avait à se prononcer ni sur une nomination, ni sur une présentation au sens des dispositions précitées, pour lesquelles le recours au vote au scrutin secret est de droit. Il n'est par ailleurs pas établi que ce vote au scrutin secret aurait été réclamé par un tiers des membres présents, conformément à ces mêmes dispositions. Par suite, M. C est fondé à soutenir que cette délibération a méconnu les dispositions combinées des articles L. 2122-18 et L. 2121-21 du code général des collectivités territoriales relatives au vote au scrutin secret.
10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la délibération du 1er septembre 2022 doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. L'exécution du présent jugement, compte tenu de ses motifs, implique seulement que le président de la communauté de communes Val'Aïgo convoque le conseil communautaire afin qu'il se prononce à nouveau sur le maintien de M. C dans ses fonctions de premier vice-président de la communauté de communes, dans un délai de trois mois à compter de sa notification.
Sur les frais liés au litige :
12. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la communauté de communes Val'Aïgo la somme demandée par M. C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépenses. Il n'y a pas davantage lieu de faire droit aux conclusions de la communauté de communes Val'Aïgo présentées sur le même fondement.
D E C I D E :
Article 1er : La délibération du 1er septembre 2022 du conseil communautaire de la communauté de communes Val'Aïgo est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au président de la communauté de communes Val'Aïgo de convoquer le conseil communautaire afin qu'il se prononce sur la question du maintien de M. C dans ses fonctions de premier vice-président de la communauté de communes, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Les conclusions de la communauté de communes Val'Aïgo présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à la commune de Bessières et à la communauté de communes Val'Aïgo.
Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Cherrier, présidente,
Mme Sarraute, première conseillère,
Mme Douteaud, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 6 novembre 2024.
La rapporteure,
N. SARRAUTELa présidente,
S. CHERRIER
La greffière,
M. A
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026