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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2206402

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2206402

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2206402
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantALLENE ONDO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 novembre 2022, Mme B C épouse D, représentée par Me Allene Ondo, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 septembre 2022 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " en qualité de conjoint de français ou sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît son droit à l'information garanti par les dispositions des article L. 300-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 janvier 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme C épouse D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention d'application de l'accord de Schengen, signée le 19 juin 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Sarraute,

- et les observations de Me Allene Ondo, représentant Mme C épouse D, présente.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C épouse D, ressortissante camerounaise née le 11 décembre 1975, déclare être entrée en France le 2 décembre 2021 munie d'un passeport en cours de validité et d'un visa de court séjour mention " famille de français ", délivré par le consulat de France au Cameroun. Le 8 février 2022, elle a demandé son admission au séjour en qualité de conjointe d'un ressortissant français en raison de son union, le 19 juin 2010 au Cameroun, avec M. D, ressortissant français. Par la présente requête, Mme C épouse D demande l'annulation de la décision du 23 septembre 2022 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande.

2. En premier lieu, la décision attaquée vise les textes dont elle fait application, notamment les articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet n'était à cet égard pas tenu de faire application de son pouvoir de régularisation et ainsi de motiver sa décision au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La décision attaquée énumère par ailleurs les éléments relatifs à la situation personnelle de Mme C épouse D qui la fondent. La décision attaquée comporte ainsi, de manière suffisamment précise afin de mettre la requérante en mesure de la contester, l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé pour refuser de lui délivrer un titre de séjour. Par suite, le préfet n'ayant en outre pas à faire état de tous les éléments caractérisant la situation de la requérante, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 300-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Le droit de toute personne à l'information est précisé et garanti par les dispositions des titres Ier, III et IV du présent livre en ce qui concerne la liberté d'accès aux documents administratifs ".

4. Si Mme C épouse D se fonde sur les dispositions citées au point précédent pour soutenir que l'administration serait soumise à une obligation générale d'information et qu'elle aurait méconnu cette obligation en n'apposant pas sur son visa un cachet ou une notice d'information précisant qu'elle devait effectuer une déclaration d'entrée en France eu égard à la nature de son visa, ces dispositions, qui traitent de l'accès aux documents administratifs, ne sont pas applicables au présent litige. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 300-1 du code des relations entre le public et l'administration est inopérant et doit être écarté.

5. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ". Aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ". En vertu de l'article L. 423-2 du même code : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".

6. D'autre part, aux termes des stipulations de l'article 22 de la convention d'application de l'accord de Schengen : " Les étrangers entrés régulièrement sur le territoire d'une des parties contractantes sont tenus de se déclarer, dans les conditions fixées par chaque partie contractante, aux autorités compétentes de la partie contractante sur le territoire de laquelle ils pénètrent. Cette déclaration peut être souscrite au choix de chaque partie contractante, soit à l'entrée, soit, dans un délai de trois jours ouvrables à partir de l'entrée, à l'intérieur du territoire de la partie contractante sur lequel ils pénètrent () ". La souscription de la déclaration prévue par cet article 22, et dont l'obligation figure aux articles L. 621-2 et L. 621-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est une condition de la régularité de l'entrée en France de l'étranger soumis à l'obligation de visa et en provenance directe d'un Etat partie à cette convention qui l'a admis à entrer ou à séjourner sur son territoire.

7. Pour refuser à Mme C épouse D de lui délivrer un titre de séjour, le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé sur la circonstance, d'une part qu'elle ne détenait pas de visa de long séjour et, d'autre part, qu'elle n'était pas entrée régulièrement sur le territoire français, n'ayant pas souscrit la déclaration d'entrée sur le territoire prévue à l'article 22 de la convention d'application de l'accord de Schengen alors qu'elle provenait directement d'un état membre de l'Union européenne.

8. Tout d'abord, si l'article R. 621-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que sont dispensés de la déclaration d'entrée sur le territoire français les étrangers qui ne sont pas soumis à l'obligation du visa pour entrer en France en vue d'un séjour d'une durée inférieure ou égale à trois mois et ceux qui sont titulaires d'un titre en cours de validité, d'une durée supérieure ou égale à un an, délivré par un Etat partie à la convention de Schengen, il ressort des pièces du dossier que le Cameroun figure au nombre des pays dont les ressortissants sont soumis à l'obligation, pour entrer en France, de détention d'un visa de court séjour. Par ailleurs, il est constant que Mme C épouse D n'est pas titulaire d'un titre de séjour valide d'une durée supérieure ou égale à un an et qu'elle n'a pas souscrit de déclaration lors de son entrée en France. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Garonne pouvait valablement lui opposer son entrée irrégulière en France pour défaut de souscription de la déclaration d'entrée sur le territoire requise par les stipulations précitées de l'article 22 de la convention d'application de l'accord de Schengen pour refuser de lui délivrer un titre de séjour en qualité de conjoint de français.

9. Ensuite, il est constant que Mme C épouse D n'était pas munie, lorsqu'elle est entrée en France le 2 décembre 2021, d'un visa de long séjour. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Garonne était fondé à refuser à la requérante, pour ce motif, la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint de français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées des articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévues aux articles L. 423-1 () à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () ".

11. Il résulte de ce qui a été exposé précédemment que Mme C épouse D ne remplissait pas les conditions prévues aux articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, la commission du titre de séjour n'avait pas à être préalablement saisie. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure en raison de l'absence de saisine préalable de cette commission doit être écarté.

12. En cinquième lieu, si Mme C épouse D soutient que son époux, dont l'état de santé est déclinant, a besoin de sa présence auprès d'elle et ne peut retourner au Cameroun sans se mettre en danger, elle ne produit aucun élément au soutien de ses dires. Elle ne saurait par ailleurs utilement se prévaloir de ses propres soucis de santé, n'ayant pas sollicité de titre de séjour en qualité d'étranger malade. De la même manière, la décision attaquée ne portant pas obligation de quitter le territoire français, elle ne saurait utilement se prévaloir des mesures de protection prévues à l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, c'est sans commettre d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle que le préfet de la Haute-Garonne a refusé à Mme C épouse D un titre de séjour en qualité de conjoint de français.

13. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

14. Ainsi qu'il a été dit au point 2 du présent jugement, le préfet n'était pas tenu d'user de son pouvoir discrétionnaire et d'examiner la demande formée par Mme C épouse D sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, la requérante ne peut utilement faire valoir que la décision attaquée méconnaîtrait ces dispositions.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C épouse D doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C épouse D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C épouse D et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Cherrier, présidente,

Mme Sarraute, première conseillère,

Mme Douteaud, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 15 octobre 2024.

La rapporteure,

N. SARRAUTELa présidente,

S. CHERRIER

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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