mardi 3 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2206445 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SADEK |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 7 novembre et 21 décembre 2022, 10 et 16 mars, et 13 juillet 2023, Mme B I, représentée par Me Sadek, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, :
1°) d'annuler la décision du 2 août 2022 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour d'un an portant la mention " vie privée et familiale " sous astreinte de 300 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir,
3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de réexaminer sa situation dès la notification du jugement à intervenir ;
4°) de déclarer irrecevable le mémoire en défense du 30 mars 2023 ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros dont distraction à Me Sadek en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- le mémoire en défense du 30 mars 2023 est irrecevable dès lors qu'il n'est pas signé ;
- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure, dès lors d'une part que le principe du contradictoire n'a pas été respecté, l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ainsi que le rapport médical préalablement transmis à ce collège ne lui ayant pas été communiqués, et d'autre part que cette absence de communication ne lui a pas permis de vérifier les identités des médecins auteurs de l'avis et du médecin rapporteur ;
- la procédure d'examen de sa situation médicale méconnaît les dispositions des articles R. 313-22 et R. 313-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que celles de l'article 3 de l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'OFII ;
- la décision attaquée est entachée d'incompétence du signataire de l'acte ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- le préfet s'est considéré, à tort, lié par l'avis du collège de médecins de l'OFII ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle viole les stipulations de l'article 3§1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle viole les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- Mme G devra se voir délivrer un titre de séjour en qualité de membre de famille de protégé subsidiaire dès lors que la Cour nationale du droit d'asile a accordé le bénéficie de la protection subsidiaire à deux de ses enfants mineurs.
Par des mémoires en défense enregistrés les 25 janvier et 30 mars 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme G ne sont pas fondés.
Mme G a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 mars 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis ;
- l'arrêté du 5 janvier 2017 ;
- la loi n° 91-947 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme Sarraute a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme G, ressortissante irakienne née le 24 avril 1988, déclare être entrée en France le 5 août 2018. Le 10 août 2918, elle a déposé une demande d'asile qui a été définitivement rejetée par un arrêt de la Cour nationale du droit d'asile du 13 janvier 2022. Le 19 avril 2022, elle a sollicité son admission exceptionnelle au séjour en qualité d'étranger malade. Par la présente requête, Mme G demande l'annulation de la décision du 2 août 2022 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande.
Sur la recevabilité du mémoire en défense du 30 mars 2023 :
2. En vertu des dispositions combinées des articles R. 414-1, R. 414-2, R. 414-3, R. 414-4 et R. 611-8-4 du code de justice administrative, lorsqu'une partie, notamment l'Etat, adresse au juge administratif un mémoire ou des pièces par l'intermédiaire de l'application informatique dénommée Télérecours, son identification selon les modalités prévues pour le fonctionnement de cette application vaut signature pour l'application des dispositions du code de justice administrative. Par suite, les conclusions tendant à l'irrecevabilité du mémoire en défense produit par le préfet de la Haute-Garonne le 30 mars 2023 doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat./ Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé./ Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé. " Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical () est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () Sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le service médical de l'office informe le préfet qu'il a transmis au collège de médecins le rapport médical. () ". Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis est rendu par le collège dans un délai de trois mois à compter de la transmission du certificat médical. Lorsque le demandeur n'a pas présenté au médecin de l'office ou au collège les documents justifiant son identité, n'a pas produit les examens complémentaires qui lui ont été demandés ou n'a pas répondu à la convocation du médecin de l'office ou du collège qui lui a été adressée, l'avis le constate () ". Aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 27 décembre 2016 susvisé : " Au vu du certificat médical et des pièces qui l'accompagnent ainsi que des éléments qu'il a recueillis au cours de son examen éventuel, le médecin de l'office établit un rapport médical, conformément au modèle figurant à l'annexe B du présent arrêté. " Et aux termes de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis, pris pour l'application de ces dispositions : " () un collège de médecins () émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : / a) si l'état de santé du demandeur nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / Cet avis mentionne les éléments de procédure. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".
4. En premier lieu, la décision attaquée est signée par Mme H C, adjointe à la directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de la Haute-Garonne, qui a reçu, en l'absence ou en cas d'empêchement de Mme F E, directrice des migrations et de l'intégration, délégation de signature par arrêté réglementaire du préfet de la Haute-Garonne du 6 avril 2022 n° 31-2022-04-06-00001, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n° 31-2022-137 de la préfecture, accessible sur le site internet de la préfecture de la Haute-Garonne, à l'effet de signer toute mesure relevant de la compétence de sa direction, notamment celles relatives à la police des étrangers, parmi lesquelles les " décisions de refus de séjour à quelque titre que ce soit ". Cette délégation, qui énumère de manière suffisamment précise les actes concernés, n'est pas conditionnée à une absence ou un empêchement du préfet. En outre, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose qu'un tel arrêté comporte une date de fin de délégation. Enfin, il n'est pas établi ni même allégué que Mme E n'aurait pas été, le jour de la décision attaquée, absente ou régulièrement empêchée. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.
5. En deuxième lieu, la décision attaquée énonce, de manière suffisamment précise afin de mettre la requérante en mesure de la contester, les considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé pour refuser de lui délivrer un titre de séjour. Par suite, le préfet n'ayant en outre pas à faire état de tous les éléments de la situation de la requérante, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.
6. En troisième lieu, d'une part, aucun texte législatif ou réglementaire ni aucun principe général du droit n'imposait au préfet de communiquer à Mme G le rapport médical ainsi que l'avis du collège des médecins de l'OFII préalablement à la décision de refus de séjour. Contrairement à ce que soutient la requérante, le préfet n'était pas davantage tenu de joindre à son arrêté l'avis du collège de médecins. En outre, aucune disposition législative ou règlementaire n'exige une communication des informations, bases de données et sources sur lesquelles s'est fondé le collège pour prendre l'avis. Par ailleurs, la base de données de la bibliothèque d'information santé sur les pays d'origine, qui recense, conformément à l'annexe II à l'arrêté du 5 janvier 2017, les sites internet comportant des informations sur l'accès aux soins dans les pays d'origine et sur les principales pathologies, est accessible et doit être regardée comme ayant fait l'objet d'une diffusion publique.
7. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que l'avis du 4 juillet 2022, versé à l'instance par le préfet, a été précédé, conformément aux dispositions précitées, du rapport médical établi le 14 juin 2022 par le docteur A. Si la requérante soutient qu'il n'est pas établi que le rapport médical a été rédigé par un médecin de l'OFII, elle n'apporte aucun commencement de preuve à l'appui de cette allégation. En outre, il ne résulte ni des dispositions précitées de l'arrêté du 27 décembre 2016, ni d'aucune autre disposition législative ou réglementaire que le médecin chargé du rapport médical visé à l'article R. 425-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit faire l'objet d'une habilitation, seule la composition du collège de médecins étant fixée par décision du directeur général de l'OFII conformément aux dispositions de l'article R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cet avis comporte par ailleurs la signature des trois médecins composant le collège, et dont l'identité est précisée, ce qui permet de les identifier conformément aux dispositions de l'article R. 4127-76 du code de la santé publique. Il en ressort également que le docteur A qui a rédigé le rapport médical n'a pas siégé au sein du collège de médecins, conformément aux exigences de l'article R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les dispositions précitées n'imposent pas de mentionner dans l'avis la spécialité éventuelle de ce médecin et des médecins composant le collège. Elles n'imposent pas davantage à l'OFII ou au préfet de consulter un médecin attaché à l'un des consulats de France situés dans le pays d'origine du demandeur ou son médecin habituel. Par ailleurs, aucune disposition n'impose au collège de médecins de procéder à l'examen du demandeur avant de rendre son avis, la faculté de procéder à un tel examen, prévue à l'article R. 425-12 précité étant laissée à l'appréciation du collège des médecins. Enfin, le collège de médecins de l'OFII n'était pas tenu de préciser si le traitement requis par l'état de santé de Mme G était disponible de manière continue sur la totalité du territoire de l'Irak et accessible à l'ensemble de la population, ni de se prononcer sur le coût des soins dans le pays d'origine, ni encore de mentionner les sources d'information sanitaire auxquelles les médecins se sont référés pour apprécier la disponibilité des soins dans celui-ci, ni enfin d'examiner le risque de réactivation de l'état de stress post-traumatique dont souffrirait la patiente en cas de retour dans ledit pays. Par suite, les moyens tirés des vices de procédure dont serait entachée la décision attaquée doivent être écartés.
8. En quatrième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier que le préfet se serait cru lié par l'avis du collège de médecins de l'OFII. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance par le préfet de l'étendue de sa compétence doit être écarté.
9. En cinquième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle, tant familiale que professionnelle, de la requérante. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux doit être écarté.
10. En sixième lieu, il appartient au juge d'apprécier, au vu des pièces du dossier, si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi, sauf circonstance humanitaire exceptionnelle. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie l'octroi d'un titre de séjour dans les conditions rappelées précédemment, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.
11. Pour refuser la délivrance du titre de séjour sollicité par Mme G, en qualité d'étranger malade, le préfet de la Haute-Garonne s'est notamment fondé sur l'avis du collège des médecins de l'OFII du 4 juillet 2022 selon lequel l'état de santé de la requérante nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait toutefois pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, Mme G pouvant en outre voyager sans risque vers son pays d'origine.
12. Mme G, qui a levé le secret médical, produit des certificats médicaux de deux médecins, généraliste et psychiatre, attestant qu'elle souffre d'un syndrome dépressif, associé à une algie trigéminale pour laquelle est évoqué un " SUNCT " (céphalée névralgique unilatérale brève avec injection conjonctivale et larmoiement), nécessitant un traitement pluridisciplinaire de longue durée à base de neuroleptiques et d'anti-dépresseurs aux buts antalgiques responsables d'effets secondaires à type d'hypersomnie et d'une faiblesse musculaire réduisant considérablement sa mobilité. S'ils font état de ce que la requérante n'est pas en situation de supporter le stress d'une réinstallation dans son pays d'origine où elle pourrait se retrouver très rapidement en difficulté avec un impact à nouveau défavorable présentant un risque important et majeur pour sa santé, d'une part, ces éléments sont repris dans le rapport médical du médecin de l'OFII du 14 juin 2022 qui a été transmis au collège des médecins de l'OFII, et, d'autre part, ils ne sont pas de nature à remettre en cause l'avis délivré par ce collège le 4 juillet 2022. En particulier, ils n'établissent pas qu'un défaut de prise en charge pourrait entraîner sur la santé de la requérante des conséquences d'une particulière gravité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
13. En septième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
14. Mme G, qui a fondé sa demande de titre de séjour sur les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en qualité d'étranger malade, ne peut utilement se prévaloir de l'ancienneté de sa présence sur le territoire français depuis 2018 et de la circonstance qu'elle a établi le centre de ses intérêts personnels et familiaux en France, n'ayant plus aucune attache dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
15. En huitième lieu, aux termes de l'article 3§1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfants : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. " Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
16. La décision attaquée n'a ni pour objet ni pour effet de séparer Mme G de ses cinq enfants mineurs qui vivent sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la violation de stipulations précitées de l'article 3§1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
17. En neuvième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. " Il appartient à l'étranger qui se prévaut de ces stipulations de démontrer qu'il y a des raisons sérieuses de penser que, si la mesure incriminée était mise à exécution, il serait exposé à un risque réel de se voir infliger des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
18. La décision attaquée n'a ni pour objet ni pour effet d'éloigner Mme G du territoire français. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
19. En dixième lieu, pour les mêmes motifs que ceux précédemment évoqués, le préfet de la Haute-Garonne n'a, en prenant la décision attaquée, commis d'erreur manifeste ni dans l'appréciation de la situation personnelle de Mme G ni dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de cette dernière.
20. En onzième et dernier lieu, la circonstance que, par deux arrêts du 22 février 2023, la Cour nationale du droit d'asile a accordé la protection subsidiaire à deux des enfants mineurs de la requérante, et qu'en conséquence le préfet de la Haute-Garonne a délivré, le 12 mai 2023, à Mme G un titre de séjour d'une durée de cinq ans, en qualité de membre de la famille d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire, est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée qui a statué sur une demande de Mme G d'admission au séjour en qualité d'étranger malade.
21. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme G doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
22. Les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme G étant rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent l'être également.
Sur les frais liés au litige :
23. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par Mme G au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de MmeGi est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme BIi, à Me Sadek et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 19 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Cherrier, présidente,
Mme Sarraute, première conseillère,
Mme Douteaud, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.
La rapporteure,
N. SARRAUTELa présidente,
S. CHERRIER
La greffière,
M. D
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026