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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2206890

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2206890

mardi 11 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2206890
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantDIALEKTIK AVOCATS AARPI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 novembre 2022, M. C B, représenté par Me Ducos-Mortreuil, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 7 octobre 2022 de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) portant refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et de reprendre le versement de l'allocation pour demandeurs d'asile à titre rétroactif, dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou en tout état de cause de procéder au réexamen de sa demande ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, ou bien à lui verser directement sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ainsi que dans les conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 février 2024, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Sarraute a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant burkinabais né le 5 janvier 1977, déclare être entré en France pour la première fois au mois de juillet 2020. Sa demande d'asile déposée le 16 juillet 2020 a été enregistrée en procédure " Dublin ", la Suisse étant susceptible d'être l'Etat compétent pour instruire sa demande. Le 16 juillet 2020, M. B a accepté le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. S'il a été remis aux autorités suisses le 8 octobre 2020, il est immédiatement revenu en France et a déposé une nouvelle demande d'asile le 15 octobre 2020. Ce même jour, l'OFII lui a notifié son intention de suspendre les conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait au motif qu'il n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en présentant une nouvelle demande d'asile en France après avoir été transféré dans l'Etat membre responsable de l'instruction de sa demande. Après observations de M. B du 20 octobre 2020 et la nouvelle remise de l'intéressé aux autorités suisses le 8 décembre 2020, par une décision du 12 janvier 2021, l'OFII a suspendu les conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait. Le 19 juillet 2022, M. B a déposé une nouvelle demande d'asile qui a été enregistrée en procédure normale. Par un courrier reçu par l'OFII le 21 juillet 2022, il a demandé le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Par la présente requête, il demande l'annulation de la décision du 7 octobre 2022 par laquelle l'OFII a rejeté sa demande.

Sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 mai 2023. Dès lors, ses conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet. Par suite, il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable à la date de la décision de suspension des conditions matérielles d'accueil du 12 janvier 2021 : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : / () / 2° Au respect des exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. / Le demandeur est préalablement informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le fait de refuser ou de quitter le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation mentionnés au 1° du présent article ainsi que le non-respect des exigences des autorités chargées de l'asile prévues au 2° entraîne de plein droit le refus ou, le cas échéant, le retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. () ". Aux termes de l'article L. 744-9 du même code applicable à la date de la décision de suspension des conditions matérielles d'accueil du 12 janvier 2021 : " Le demandeur d'asile qui a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées en application de l'article L. 744-1 bénéficie d'une allocation pour demandeur d'asile s'il satisfait à des conditions d'âge et de ressources, dont le versement est ordonné par l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / Le versement de l'allocation prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français dans les conditions prévues aux articles L. 743-1 et L. 743-2 a pris fin ou à la date du transfert effectif vers un autre Etat si sa demande relève de la compétence de cet Etat. () ".

4. D'une part, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable à la date de la décision attaquée : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : / () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. / Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil ". Aux termes de l'article D. 551-18 de ce code : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Cette décision prend effet à compter de sa signature () ".

5. En premier lieu, la décision attaquée vise notamment l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle renvoie en outre à la situation personnelle et familiale de M. B, à sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil et à l'entretien de vulnérabilité dont il a fait l'objet le 29 septembre 2022. Dans ces conditions, elle énonce, d'une manière suffisamment précise pour mettre en mesure M. B de les contester utilement, les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

6. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier que l'OFII n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation particulière de M. B. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux doit être écarté.

7. En troisième lieu, pour refuser à M. B le rétablissement des conditions matérielles d'accueil, l'OFII s'est fondé, d'une part sur le fait que les motifs évoqués par ce dernier dans sa demande de rétablissement ne justifiaient pas des raisons pour lesquelles il n'avait pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti lors de l'acceptation de l'offre de prise en charge qui lui avait été faite et, d'autre part, sur le fait que ses besoins et sa situation personnelle et familiale ne pouvaient entraîner une réponse favorable à sa demande.

8. Pour justifier de sa situation de vulnérabilité, M. B soutient tout d'abord se trouver dans un état psychique altéré. Toutefois, d'une part il ne produit aucune pièce corroborant ses dires et, d'autre part, par un avis du 11 août 2022, le médecin de l'OFII a conclu, en l'absence de tout élément fourni par l'intéressé, que la situation de ce dernier ne semblait pas relever d'une priorité pour hébergement pour des raisons de santé. Ensuite, M. B fait valoir qu'il se trouve dans un état de dénuement le plus total, isolé et sans ressource. Toutefois, il ne produit aucune pièce permettant de vérifier la réalité de ses allégations qui demeurent simplement déclaratives. Dans ces conditions et pour ce seul motif, dès lors que ces éléments doivent être regardés comme étant insuffisants pour justifier d'une situation de vulnérabilité particulière, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

9. En quatrième et dernier lieu, pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation de la situation individuelle de M. B ainsi que dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur cette situation doivent être écartés.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

11. Les conclusions à fin d'annulation de M. B étant rejetées, ses conclusions susvisées aux fins d'injonction et d'astreinte doivent l'être également.

Sur les frais liés au litige :

12. Les conclusions de M. B tendant à l'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'admission de M. B à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Ducos-Mortreuil et à l'Office français de l'immigration et l'intégration.

Délibéré après l'audience du 28 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Cherrier, présidente,

Mme Sarraute, première conseillère,

Mme Douteaud, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 février 2025.

La rapporteure,

N. SARRAUTELa présidente,

S. CHERRIER

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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