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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2206891

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2206891

mardi 11 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2206891
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantDIALEKTIK AVOCATS AARPI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 novembre 2022, M. C B, représenté par Me Ducos-Mortreuil, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 17 février 2022 de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) portant cessation des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de lui fournir les conditions matérielles d'accueil et, s'agissant de l'allocation pour demandeurs d'asile, d'ordonner son paiement rétroactif à compter de la cessation effective de celle-ci, dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ou, à tout le moins, de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas été précédée d'un entretien de vulnérabilité ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ainsi que dans les conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 février 2024, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- la directive n° 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Sarraute a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant afghan né le 3 février 1995, déclare être entré en France le 17 octobre 2021. Sa demande d'asile déposée le 22 octobre 2021 a été enregistrée en procédure " Dublin ", l'Autriche étant susceptible d'être l'Etat compétent pour instruire sa demande. Le même jour, il a accepté le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par deux arrêtés du 6 janvier 2022 qui lui ont été notifiés le même jour, le préfet de la Haute-Garonne d'une part a décidé de son transfert aux autorités autrichiennes et, d'autre part, l'a assigné à résidence jusqu'à la date de son départ, dans la limite de quarante-cinq jours. Le 25 janvier 2022, M. B a refusé de se soumettre au test PCR exigé par les autorités autrichiennes en vue de sa remise prévue le 27 janvier 2022. Par un courrier du 25 janvier 2022, l'OFII lui a notifié son intention de mettre fin aux conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de la décision du 17 février 2022 par laquelle l'OFII a prononcé la cessation de ces conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, la directive du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale vise à harmoniser les conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile en leur garantissant un niveau de vie digne et des conditions de vie comparables dans l'ensemble des Etats membres de l'Union européenne. Aux termes, toutefois, de l'article 20 de cette directive : " 2. Les États membres peuvent aussi limiter les conditions matérielles d'accueil lorsqu'ils peuvent attester que le demandeur, sans raison valable, n'a pas introduit de demande de protection internationale dès qu'il pouvait raisonnablement le faire après son arrivée dans l'État membre. () / 5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. Les États membres assurent en toutes circonstances l'accès aux soins médicaux conformément à l'article 19 et garantissent un niveau de vie digne à tous les demandeurs () ".

3. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable à la date de la décision attaquée : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : / () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret ". Aux termes de l'article D. 551-18 de ce code : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Cette décision prend effet à compter de sa signature () ".

4. D'autre part, aux termes de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " 1. Le transfert du demandeur () de l'État membre requérant vers l'État membre responsable s'effectue conformément au droit national de l'État membre requérant, après concertation entre les États membres concernés, dès qu'il est matériellement possible et, au plus tard, dans un délai de six mois à compter de l'acceptation par un autre État membre de la requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée ou de la décision définitive sur le recours ou la révision lorsque l'effet suspensif est accordé conformément à l'article 27 () 2. Si le transfert n'est pas exécuté dans le délai de six mois, l'État membre responsable est libéré de son obligation de prendre en charge ou de reprendre en charge la personne concernée et la responsabilité est alors transférée à l'État membre requérant. Ce délai peut être porté à un an au maximum s'il n'a pas pu être procédé au transfert en raison d'un emprisonnement de la personne concernée ou à dix-huit mois au maximum si la personne concernée prend la fuite () ".

5. Il résulte clairement de ces dispositions que le transfert vers l'Etat membre responsable peut avoir lieu pendant une période de six mois à compter de l'acceptation de la demande de prise en charge et est susceptible d'être portée à dix-huit mois si l'intéressé " prend la fuite ", cette notion devant s'entendre comme visant le cas où un ressortissant étranger se serait soustrait de façon intentionnelle et systématique au contrôle de l'autorité administrative en vue de faire obstacle à une mesure d'éloignement le concernant. Tel est le cas notamment s'il se soustrait intentionnellement à l'exécution d'un transfert organisé en refusant un test PCR obligatoire pour l'entrée effective sur le territoire de l'Etat membre responsable, dès lors qu'il avait connaissance des conséquences d'un refus de sa part et qu'il ne fait état d'aucune raison médicale particulière justifiant une absence de consentement à la réalisation du test.

6. En premier lieu, la décision attaquée énonce, d'une manière suffisamment précise pour mettre en mesure M. B de les contester utilement, les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

7. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée a été précédée d'un courrier recommandé du 25 janvier 2022 par lequel l'OFII a informé M. B de son intention de mettre fin aux conditions matérielles d'accueil après qu'il a refusé, le même jour, de se soumettre au test PCR nécessaire à son transfert vers l'Autriche, et de la possibilité pour lui de faire des observations dans un délai de quinze jours. Par ailleurs, les dispositions précitées, si elles prévoient que la décision de cessation des conditions matérielles d'accueil prend en compte la vulnérabilité de la personne, n'imposent pas la tenue d'un entretien de vulnérabilité, entretien dont en tout état de cause M. B, qui ne fait état d'aucune circonstance nouvelle susceptible de caractériser l'état de vulnérabilité dont il se prévaut, a fait l'objet lors de sa prise en charge par l'OFII le 22 octobre 2021. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

8. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier que l'OFII n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation particulière de M. B. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux doit être écarté.

9. En quatrième et dernier lieu, si M. B soutient avoir respecté l'ensemble des obligations qui lui étaient imposées par l'arrêté du 6 janvier 2022 l'assignant à résidence en se présentant régulièrement auprès des services de la préfecture de la Haute-Garonne, il ne conteste pas ne pas s'être soumis au test PCR qui était requis pour permettre son transfert vers l'Autriche et a déclaré, le 25 janvier 2022, qu'il refusait ce test parce qu'il ne désirait pas retourner en Autriche, élément qu'il avait déjà évoqué le 22 octobre 2021 en exposant que l'Autriche n'avait été qu'une étape de son exil vers la France où il souhaitait s'établir. Par ailleurs, si M. B fait valoir son état de vulnérabilité, il ne produit aucune pièce permettant au tribunal d'apprécier la réalité de cet état à la date de la décision attaquée. Par suite, en prenant la décision attaquée, l'OFII n'a commis ni erreur de droit, ni erreur manifeste d'appréciation tant de la situation personnelle de M. B que de ses conséquences sur sa situation personnelle.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

11. Les conclusions à fin d'annulation de M. B étant rejetées, ses conclusions susvisées aux fins d'injonction et d'astreinte doivent l'être également.

Sur les frais liés au litige :

12. Les conclusions de M. B tendant à l'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Ducos-Mortreuil et à l'Office français de l'immigration et l'intégration.

Délibéré après l'audience du 28 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Cherrier, présidente,

Mme Sarraute, première conseillère,

Mme Douteaud, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 février 2025.

La rapporteure,

N. SARRAUTELa présidente,

S. CHERRIER

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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