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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2206898

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2206898

mercredi 6 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2206898
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantLESCARRET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 novembre 2022, M. E C, représenté par Me Lescarret, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 16 novembre 2022 portant assignation à résidence pour une durée de six mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence du signataire de la décision ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de l'arrêté du 10 août 2022 portant obligation de quitter le territoire français sur lequel elle se fonde ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors d'une part qu'elle fait état d'une perspective raisonnable d'éloignement ne pouvant être exécutée immédiatement et non de l'attente qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de la mesure d'éloignement, et d'autre part qu'elle ne lui a pas délivré d'autorisation provisoire de séjour ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et viole ainsi les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3§1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 février 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

M. C a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Sarraute a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien né le 31 juillet 1989, déclare être entré sur le territoire français au cours de l'année 2009. De sa relation avec une ressortissante française est né le 12 juin 2013 un enfant de nationalité française. Il a bénéficié d'un récépissé de demande de titre de séjour en qualité de parent d'enfant français du 13 octobre 2013 au 7 juin 2016, et a obtenu, le 12 avril 2016, une carte de séjour en cette qualité, valable jusqu'au 11 avril 2018. Le 5 avril 2018, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour de dix ans auprès de la préfecture de la Haute-Garonne et s'est vu délivrer un titre de séjour valable du 9 avril 2021 au 8 avril 2022. Par un arrêté du 10 août 2022, confirmé par un jugement du tribunal administratif de Toulouse du 17 août 2022, le préfet de la Haute-Garonne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans et a fixé le pays de destination. La mesure de rétention administrative dont il faisait l'objet ayant été levée par le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Toulouse le 18 août 2022, par un arrêté du 30 septembre 2022, le préfet de la Haute-Garonne l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, mesure qui a été renouvelée pour une nouvelle durée de quarante-cinq jours par un arrêté du 16 novembre 2022. Par décision du 16 novembre 2022, le préfet de la Haute-Garonne l'a assigné à résidence pour une durée de six mois. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 3 mai 2023. Dès lors, ses conclusions tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet. Par suite, il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée, : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Aux termes de l'article L. 731-3 de ce code : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Aux termes de l'article R. 733-1 du même code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ".

4. En premier lieu, la décision attaquée est signée par Mme B D, chef du bureau de l'éloignement et du contentieux à la préfecture de la Haute-Garonne, qui, par un arrêté réglementaire du 18 octobre 2022 publié au recueil des actes administratifs spécial n° 31-2022-355 de la préfecture de ce département du 19 octobre suivant, a reçu de la part du préfet de la Haute-Garonne délégation à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement du secrétaire général de la préfecture, de la directrice des migrations et de l'intégration et de l'adjointe à cette dernière, notamment, " les décisions d'éloignement ainsi que les décisions les assortissant et de transfert à l'encontre des ressortissants étrangers, et la mise à exécution de ces décisions ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.

5. En deuxième lieu, la décision attaquée vise le 1° de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne les circonstances permettant de regarder M. C comme entrant dans les conditions fixées par ces dispositions. Ainsi, elle énonce l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde avec un degré de précision suffisant pour mettre M. C en mesure d'en discuter utilement les motifs. Par suite, le préfet n'étant pas tenu de faire état de tous les éléments de la situation du requérant, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

6. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. C. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.

7. En quatrième lieu, l'illégalité d'un acte administratif non réglementaire ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l'application du premier acte ou s'il en constitue la base légale. Cette exception n'est recevable que si l'acte n'est pas devenu définitif à la date à laquelle elle est invoquée. Une décision administrative devient définitive à l'expiration du délai de recours contentieux ou, si elle a fait l'objet d'un recours contentieux dans ce délai, à la date à laquelle la décision rejetant ce recours devient irrévocable, c'est-à-dire à la date à laquelle elle ne peut plus faire l'objet d'aucun recours, y compris en cassation.

8. Il ressort des pièces du dossier que la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans du 10 août 2022, sur laquelle est fondée la décision attaquée, a été confirmée par jugement du 17 août 2022, notifié à M. C le 31 août 2022. Si M. C indique dans ses écritures qu'il entend interjeter appel contre cette décision, il ne justifie pas avoir accompli cette démarche. Au demeurant, au 29 novembre 2022, date de la présente requête, le délai d'appel d'un mois qui lui a été notifié le 31 août 2022 était expiré et ainsi la décision du 10 août 2022 sur laquelle est fondée la décision attaquée est devenue définitive. Dans ces conditions, s'agissant d'un acte non réglementaire, M. C n'est plus recevable à exciper de son illégalité au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré du défaut de base légale doit être écarté.

9. En cinquième lieu, il ressort des termes de la décision attaquée qu'à la date de cette décision, M. C ne détenant pas de document de voyage en cours de validité, ce que ce dernier ne conteste pas, le préfet de la Haute-Garonne avait fait une demande de laissez-passer auprès des autorités consulaires de son pays, l'Algérie, et était dans l'attente de leur réponse, ce qui permettait d'entrevoir une perspective raisonnable d'exécution de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet sans toutefois qu'une date puisse être déterminée. Ainsi, contrairement à ce que soutient M. C, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas opéré de confusion entre les dispositions précitées des articles L. 731-1 et L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, ce moyen doit être écarté.

10. En sixième lieu, il ne ressort d'aucune disposition légale ou règlementaire que lorsque le préfet assigne une personne à résidence sur le fondement de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il doive délivrer à cette personne une autorisation provisoire de séjour, l'autorisation de maintien provisoire sur le territoire français prévue par ces dispositions, qui n'est pas assimilable à une autorisation provisoire de séjour sur le territoire français, se déduisant implicitement mais nécessairement de la mesure d'assignation à résidence prononcée. Par suite, ce moyen doit être écarté.

11. En septième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

12. Si M. C soutient qu'en le contraignant à se présenter deux fois par semaine, le lundi et le mercredi entre 10h et 12h, au commissariat central de police de Toulouse, la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, l'empêchant de mener une vie privée et familiale normale, d'obtenir un contrat de travail et d'exercer une activité professionnelle salariée, il ne fait état d'aucune contrainte particulière l'empêchant de se conformer à cette obligation de pointage, alors même que du fait de sa situation administrative, il ne peut prétendre à un travail et que le lundi, son fils est scolarisé. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

13. En huitième lieu, aux termes de l'article 3§1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. " Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

14. La décision attaquée n'a ni pour objet ni pour effet de séparer M. C de son fils. Par suite, ce dernier ne peut utilement se prévaloir du moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3§1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

15. En neuvième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 12 du présent jugement, le préfet de la Haute-Garonne, en prenant la décision attaquée, n'a commis d'erreur manifeste ni dans l'appréciation de la situation personnelle de M. C ni dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de ce dernier.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par le requérant au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I DE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. C tendant à son admission à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E C, à Me Lescarret et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Cherrier, présidente,

Mme Sarraute, première conseillère,

Mme Douteaud, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 novembre 2024.

La rapporteure,

N. SARRAUTELa présidente,

S. CHERRIER

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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