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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2207069

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2207069

mercredi 6 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2207069
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantPHILIPPE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 décembre 2022 et le 14 février 2024, M. C B, représenté par Me Philippe, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions des 27 juillet et 19 août 2022 par lesquelles le directeur de l'agence Pôle emploi de Toulouse Jolimont a rejeté sa demande d'abondement pour compléter le financement, via son compte personnel de formation, d'une formation de certification Voltaire en langue française ;

2°) d'enjoindre au directeur de l'agence Pôle emploi de Toulouse Jolimont de lui accorder le bénéfice de l'aide individuelle à la formation pour un montant de 1 218 euros, somme de laquelle il a dû s'acquitter, sans délai à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de Pôle emploi la somme de 600 euros à lui verser directement sur le fondement de l'article 43 de la loi du 10 juillet 1991 et à son conseil une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions attaquées ont été prises par une autorité incompétente pour ce faire ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'une erreur de fait, car il n'existait pas d'autre dispositif de financement ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit, car il remplissait les conditions requises ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 23 mai 2023 et le 29 février 2024, Pôle emploi Occitanie conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle au taux de 55% par une décision du 9 novembre 2022.

Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- la délibération n° 2015-10 du 3 février 2015 du conseil d'administration de Pôle Emploi ;

- l'instruction de Pôle emploi n°2017-5 du 10 janvier 2017 relative à la mise en œuvre de l'aide individuelle à la formation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Péan,

- les conclusions de Mme A - Le Guillou, rapporteure publique,

- et les observations Me Philippe représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a été inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi le 24 novembre 2014. Le 26 juillet 2022, il a sollicité, auprès des services de Pôle Emploi, une aide individuelle à la formation destinée à abonder son compte personnel de formation, en vue du financement d'une formation de certification Voltaire en langue française. Par une décision du 27 juillet 2022, le directeur de l'agence Pôle emploi de Jolimont a rejeté sa demande au motif qu'un autre dispositif de financement existait. Le 19 août 2022, M. B a de nouveau présenté une demande d'aide individuelle à la formation destinée à abonder son compte personnel de formation, en vue du financement de cette même formation. Par une décision du 19 août 2022, le directeur de l'agence pôle emploi de Jolimont a de nouveau rejeté sa demande pour le même motif. La réclamation formulée par M. B le 25 août 2022, a été rejetée le même jour par les services de Pôle emploi. La médiation préalable obligatoire organisée avec Pôle Emploi n'ayant pas permis aux parties de parvenir à un accord, M. B demande au tribunal d'annuler les décisions des 27 juillet et 19 août 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En vertu du 2° de l'article L. 5312-1 du code du travail, Pôle emploi a notamment pour mission d'accompagner les personnes à la recherche d'un emploi, d'une formation ou d'un conseil professionnel, de prescrire toutes actions utiles pour développer leurs compétences professionnelles et améliorer leur employabilité, favoriser leur reclassement et leur promotion professionnelle, faciliter leur mobilité géographique et professionnelle. L'article L. 6121-4 du même code prévoit que Pôle emploi " attribue des aides individuelles à la formation () ".

3. Par une délibération n° 2008/04 du 19 décembre 2008 relative à la fixation de la nature et des conditions d'attribution des aides et mesures accordées par Pôle emploi, adoptée sur le fondement de ces dispositions, le conseil d'administration de cet établissement public administratif a prévu que : " Pôle emploi met en œuvre des aides et des mesures destinées à favoriser une reprise d'emploi rapide et durable en favorisant l'insertion, le reclassement, la promotion professionnelle et la mobilité géographique et professionnelle des demandeurs d'emploi indépendamment de leurs droits au revenu de remplacement () " et que : " Les aides s'inscrivent dans le cadre du projet personnalisé d'accès à l'emploi et sont attribuées dans la limite des enveloppes disponibles et dans la mesure où ces aides sont nécessaires à la reprise d'emploi. () Les directeurs régionaux de Pôle emploi peuvent cibler un public ou un secteur prioritaire au regard des caractéristiques des territoires () ". Par une délibération n° 2015-10 du 3 février 2015, ce même conseil d'administration a prévu, à ce titre, qu'une aide individuelle à la formation, revêtant un caractère complémentaire et subsidiaire aux financements accordés par les collectivités publiques et les organismes paritaires collecteurs agréés, peut être attribuée pour financer en tout ou partie les frais pédagogiques des formations, suivies par des demandeurs d'emploi, dont le contenu, les coûts pédagogiques et la durée ont été validés par Pôle emploi, dans le cadre de leur projet professionnel. Aux termes de l'article 3 de l'instruction n° 2017-5 du 10 janvier 2017 concernant la mise en œuvre de l'aide individuelle à la formation : " Seules les actions de formations ayant été validées par Pôle Emploi dans le cadre du projet personnalisé d'accès à l'emploi (PPAE) du demandeur d'emploi peuvent donner lieu à l'attribution d'une aide individuelle à la formation. / () / Le conseiller émet un avis sur le devis de demande d'aide individuelle à la formation au regard des moyens utilisés par l'organisme de formation pour évaluer le contenu et la durée de la formation nécessaires au demandeur d'emploi et au regard du coût horaire de la formation par rapport au coût horaire moyen pratiqué pour le même type d'action de formation. / () / La décision d'attribution de l'aide individuelle à la formation est de la responsabilité du directeur d'agence compétent ou de la personne dûment habilitée dans le respect des circuits de décision mis en place au niveau régional. / () / L'aide individuelle à la formation sert à financer des actions de formation qui ont pour vocation un retour rapide et durable à l'emploi. Ainsi les formations supérieures à un an (par exemple, les formations universitaires) doivent rester exceptionnelles. Elles doivent préparer à un métier et avoir une visée professionnelle directe (BTS, Master professionnel, etc.). () ".

4. Par ailleurs, l'article L. 6323-4 du code du travail dispose que : " I. Les droits inscrits sur le compte personnel de formation permettent à son titulaire de financier une formation éligible au compte, () / II. Lorsque le coût de cette formation est supérieur au montant des droits inscrits sur le compte () le compte peut faire l'objet, à la demande de son titulaire, d'abondements en droits complémentaires pour assurer le financement de la formation. Ces abondements peuvent être financés notamment par : () 8° Pôle emploi () ". A cet égard, l'instruction Pôle emploi du 10 janvier 2017 relative à l'aide individuelle à la formation prévoit que : " () Lorsque le demandeur d'emploi mobilise son compte personnel de formation, il peut venir abonder le financement de sa formation et solliciter Pôle emploi pour une prise en charge complémentaire au titre de l'aide individuelle à la formation. () "

5. Il résulte de ces dispositions que l'aide individuelle à la formation, qui présente un caractère subsidiaire et complémentaire aux aides équivalentes susceptibles d'être accordées par ailleurs par d'autres partenaires institutionnels de Pôle emploi, peut être octroyée à tout demandeur d'emploi portant sur un projet de formation individuelle inscrit à son " projet personnalisé d'accès à l'emploi " (PPAE). L'acceptation de la formation et de la prise en charge financière, en lieu et place du demandeur d'emploi, de tout ou partie des frais pédagogiques y afférents par Pôle emploi est notamment subordonnée à la condition que les autres aides ne soient pas mobilisables et que la politique d'achat de Pôle emploi dans le cadre des marchés de formation ne réponde pas à cette demande. En outre, l'attribution de cette aide ne constitue pas un droit. Elle est attribuée au niveau local, en fonction de priorités arrêtées au niveau régional, dans la limite des enveloppes disponibles et compte tenu des possibilités de reprise d'emploi selon le projet personnalisé propre à chaque demandeur d'emploi.

6. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne au titre des dispositions en faveur des travailleurs privés d'emploi, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l'intéressé et en le renvoyant, au besoin, devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement. Dans le cas d'un contentieux portant sur une demande d'aide destinée à prendre en charge tout ou partie d'une dépense spécifique, soit le requérant a effectivement exposé cette dépense et le juge doit rechercher s'il satisfaisait alors aux conditions pour obtenir l'aide sollicitée, soit il n'a pas été en mesure de le faire et le juge doit rechercher si la demande d'aide conserve un objet et si le requérant remplit les conditions pour l'obtenir, au regard des dispositions applicables et de la situation de fait existant à la date à laquelle il statue. Dans les deux cas il doit, le cas échéant, prendre en considération la marge d'appréciation dont l'administration dispose pour accorder l'aide en litige.

7. En premier lieu, il résulte de ce qui vient d'être exposé que les moyens tirés de l'incompétence du signataire et de l'insuffisance de motivation des décisions ne peuvent être utilement invoqués à l'appui de la présente requête. Ainsi, ces moyens doivent être écartés comme inopérants.

8. En deuxième lieu, aux termes du point 3 de l'instruction n° 2017-5 du 10 janvier 2017 relative à l'aide individuelle à la formation : " () / Le conseiller émet un avis sur le devis de demande d'aide individuelle à la formation () / La décision d'attribution de l'aide individuelle à la formation est de la responsabilité du directeur d'agence compétent () ".

9. Si M. B fait valoir que Pôle emploi aurait dû lui accorder l'aide sollicitée dès lors que sa conseillère avait validé son projet, il résulte des dispositions citées au point précédent que la décision d'attribution de l'aide individuelle à la formation est de la responsabilité du directeur d'agence compétent. Le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut par suite qu'être écarté.

10. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que M. B, qui était inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi à la date de sa demande, a suivi la formation pour laquelle il avait sollicité l'aide individuelle à la formation. Titulaire d'une licence en sciences et techniques des activités physiques et sportives depuis l'année 2014, il a travaillé en tant que garde d'enfants à domicile et dispose également d'expériences professionnelles dans le domaine de l'animation et de l'enseignement, ayant assuré le remplacement de professeurs des écoles en 2015 et 2016. Il envisage depuis l'année 2020, une réorientation professionnelle pour exercer les fonctions de professeur des écoles. Le 31 janvier 2022, il a mobilisé l'intégralité de son compte personnel de formation et s'est inscrit à la formation " certification Voltaire " afin de bénéficier d'une remise à niveau en langue française afin de se présenter aux épreuves du concours de professeur des écoles. A la suite de son échec aux épreuves d'admission à ce concours au titre de la session 2022, il a sollicité une aide individuelle à la formation en vue de renouveler la " certification Voltaire " dans la perspective de se présenter une nouvelle fois aux épreuves du concours de recrutement des professeurs des écoles. Toutefois, ainsi que le relève France Travail en défense, la formation en litige, qui consistait en une remise à niveau en langue française, ne permettait pas un retour rapide à l'emploi de l'intéressé et n'était de surcroît pas indispensable à son retour vers l'emploi dès lors que l'intéressé pouvait accéder directement, en qualité de vacataire, à l'emploi de professeur des écoles contractualisé en tant qu'offre raisonnable d'emploi. Dans ces conditions, M. B ne satisfaisait alors pas aux conditions exposées aux points 2, 3 et 4 du présent jugement, pour obtenir l'aide sollicitée. Ainsi, eu égard aux objectifs des aides accordées par Pôle Emploi, destinées prioritairement à favoriser une reprise d'emploi rapide, au parcours professionnel du requérant, au caractère non professionnalisant de la formation sollicitée, et à la marge d'appréciation dont dispose Pôle Emploi, cet établissement public a pu, sans commettre d'erreur de fait, de droit ou d'appréciation, refuser d'accorder le bénéfice de l'aide individuelle à la formation à M. B.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions du 27 juillet et du 19 août 2022 par lesquelles Pôle emploi a refusé de lui accorder le financement de la formation souhaitée dans le cadre du dispositif de l'aide individuelle à la formation.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B, n'implique aucune mesure d'exécution au sens des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par le requérant ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Pôle emploi, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, une somme quelconque au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à France travail Occitanie.

Délibéré après l'audience du 16 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Viseur-Ferré, présidente,

Mme Préaud, conseillère,

Mme Péan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 novembre 2024.

La rapporteure,

C. PÉAN

La présidente,

C. VISEUR-FERRÉLa greffière,

F. DEGLOS

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

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