Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2207280
vendredi 15 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2207280 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 20 et 21 décembre 2022, M. B A, représenté Me Moimaux, demande au tribunal :
1°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 19 décembre 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dès la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) à titre subsidiaire, de lui accorder un délai de départ volontaire ;
4°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de la Haute-Garonne l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;
5°) en tout état de cause, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté est entaché d'un défaut d'examen de sa situation ;
-la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise en méconnaissance du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il peut bénéficier de plein droit d'un titre de séjour en application des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations du 4° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, modifié dès lors qu'il est père d'un enfant français, et ne peut ainsi faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français ;
- la décision de refus de titre de séjour porte atteinte à l'intérêt supérieur de sa fille en méconnaissance du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la décision portant refus de délai de départ volontaire est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il est père d'un enfant en bas âge ;
- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans est entachée d'une erreur d'appréciation en ce qu'elle a pour effet de priver un jeune enfant de son père pour une durée de 3 ans.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 décembre 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la décision peut trouver son fondement dans les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile compte tenu de l'entrée irrégulière en France de M. A, qui n'est pas titulaire d'un titre de séjour ;
- aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par une décision du 7 juin 2023, la demande d'aide juridictionnelle de M. A a été rejetée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale de New-York relative aux droits de l'enfant ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Dans cette affaire, la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa demande, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Poupineau a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien, déclare être entré en France entre 2016 et 2017. A la suite du rejet de sa demande d'asile, le préfet de l'Hérault a pris à son encontre un arrêté portant obligation de quitter le territoire français le 27 novembre 2018, puis une deuxième mesure d'éloignement, le 4 juin 2019, assortie d'une interdiction de retour sur le territoire national d'une durée d'un an. Il fera également l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour d'une durée de deux ans prononcée par le préfet de la Haute-Garonne le 3 avril 2020 et, d'une autre, le 8 février 21, que, comme les précédentes mesures d'éloignement, il n'a pas exécutées. Le 18 décembre 2022, il a été interpellé par les services de la gendarmerie nationale et placé en garde à vue pour des faits de violence sur sa compagne en présence d'un mineur. Par un arrêté du 19 décembre 2022, le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire pour une durée de trois ans. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français vise les dispositions de l'article L. 611-1, 5° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle relate les conditions d'entrée et du séjour de M. A en France et expose également les considérations de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé, en particulier l'entrée irrégulière de M. A sur le territoire français et la circonstance qu'il a fait l'objet de plusieurs interpellations et condamnations et qu'il constitue une menace pour l'ordre public. Enfin, elle mentionne des éléments suffisants sur sa situation personnelle en relevant qu'il vit avec une ressortissante française et est père d'un enfant âgé de cinq jours. Par suite, cette décision est suffisamment motivée.
3. En deuxième lieu, il ne ressort ni de l'arrêté attaqué, ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen suffisant de la situation personnelle de M. A avant de prendre son arrêté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public () ". Aux termes de l'article L. 611-3 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans () ".
5. Outre que M. A ne conteste pas que sa présence sur le territoire français représente une menace pour l'ordre public ainsi que l'a retenu le préfet de la Haute-Garonne pour fonder sa mesure d'éloignement, les pièces qu'il produit, consistant en des procès-verbaux d'audition notamment d'une voisine et de sa compagne, ne permettent pas d'établir qu'il serait le père de l'enfant de cette dernière. Par suite, et alors qu'il ne justifie pas de sa qualité de parent d'un enfant français, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 611-1, 5° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, modifié : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familial " est délivré de plein droit : / () 4) au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins () ".
7. D'une part, les articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'ils sont relatifs aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, ne s'appliquent pas aux ressortissants algériens, dont la situation est régie de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, modifié. Par suite, M. A ne peut utilement se prévaloir de ces stipulations afin de se voir attribuer de plein droit un titre de séjour et que cette circonstance fasse ainsi obstacle à ce qu'il puisse légalement faire l'objet d'une mesure d'éloignement.
8. D'autre part, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il remplit les conditions lui permettant de se voir délivrer de plein droit un titre de séjour en qualité de parent d'un enfant français sur le fondement des stipulations précitées du 4° de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Par suite, le préfet de la Haute-Garonne a pu légalement prononcer une obligation de quitter le territoire français à son encontre.
9. En cinquième lieu, M. A ne peut utilement soutenir que la décision de refus de titre de séjour porte atteinte à l'intérêt supérieur de sa fille, protégé par les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, dès lors que l'arrêté attaqué ne se prononce pas sur son droit au séjour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations ne peut qu'être écarté comme inopérant.
10. En sixième lieu, la décision portant refus de délai de départ volontaire vise l'article L. 612-2 et les dispositions des 1°, 4°, 5° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle précise les éléments de fait retenus par le préfet de la Haute-Garonne pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. A. Elle contient ainsi l'exposé suffisant des considérations de droit et de fait qui la fondent. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.
11. En septième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité () ".
12. Il ressort des pièces du dossier, que M. A est entré irrégulièrement en France et que sa demande d'asile a été rejetée définitivement, qu'il s'est soustrait aux différentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet et qu'il ne possède pas de garanties de représentation suffisante dès lors qu'il ne justifie pas être en possession de document d'identité ou de voyage en cours de validité. Par suite, c'est sans entacher sa décision d'une erreur d'appréciation que le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire sur le fondement des dispositions précitées des 1°, 5° et 7° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
13. En huitième lieu, si M. A fait valoir qu'il est père d'un enfant de nationalité française, cette seule circonstance, au demeurant non établie par les pièces du dossier, ne permet pas à elle seule de considérer que le préfet de la Haute-Garonne a entaché la décision en litige de refus de départ volontaire d'une erreur manifeste d'appréciation.
14. En neuvième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
15. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.
16. La situation personnelle du requérant, qui ne fait état d'aucune vulnérabilité particulière, ne fait pas obstacle au prononcé d'une décision d'interdiction de retour sur le territoire français dès lors qu'il ne justifie pas de circonstances humanitaires par la seule circonstance alléguée qu'il serait parent d'un enfant français, ce qu'il n'établit d'ailleurs pas. Par suite, le préfet de la Haute-Garonne a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, assortir l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de M. A d'une telle interdiction, dont la durée n'apparaît pas excessive eu égard à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France, à la menace à l'ordre public qu'il constitue et aux différentes mesures d'éloignement qu'il n'a pas exécutées. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas méconnu les dispositions précitées des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
17. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la demande de substitution de base légale présentée par le préfet de la Haute-Garonne, que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Ses conclusions à fin d'annulation et d'injonction ainsi que celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent, par suite, être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 1er septembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Poupineau, présidente,
Mme Rousseau, conseillère,
M. Frindel, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2023.
La présidente-rapporteure,
V. POUPINEAU
L'assesseure la plus ancienne,
M. ROUSSEAU La greffière,
B. RODRIGUEZ
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
N°2207280
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