vendredi 15 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2207369 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS THALAMAS LACLAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 décembre 2022 et des mémoires enregistrés les 23 et 27 juin 2023, la Société AJMH 1331 SRL, représentée par Me Thalamas, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 juillet 2022 par lequel l'adjoint au maire de Viviers-les-Lavaur a délivré à la commune un permis de construire trois maisons individuelles avec abris de voitures, portail coulissant pour la maison 3 et clôtures sur limites séparatives, sur un terrain sis route de Plaisance au lieu-dit en Gounel, ensemble la décision implicite portant rejet de son recours gracieux du 21 septembre 2022 ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Viviers les Lavaur la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle justifie d'un intérêt lui donnant qualité pour demander l'annulation du permis attaqué ;
- l'arrêté attaqué, qui a été signé par un adjoint au maire, est entaché d'incompétence ; l'arrêté de délégation du 29 mai 2020 produit par la commune n'est pas opposable en ce qu'il n'a été transmis au service du contrôle de légalité que le 23 septembre 2022 ;
- le projet n'est pas desservi en eau potable dès lors que, si le réseau d'eau existe à 10 mètres linéaires du projet, le raccordement à ce réseau suppose, aux termes de l'avis du syndicat des eaux compétent, l'accord écrit du propriétaire de la parcelle 125, qui ne figure pourtant pas au dossier de demande de permis de construire ;
- l'ouverture à l'urbanisation du terrain d'assiette du projet, qui se situe au-delà des parties actuellement urbanisées de la commune, porte atteinte à des espaces naturels agricoles jusqu'alors libres et est ainsi entachée d'une erreur d'appréciation voire d'une erreur de droit ; la règle d'urbanisme précédemment applicable au terrain ne permet pas la réalisation du projet.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 avril 2023, la commune de Viviers-les-Lavaur, représentée par Me Bomstain, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la Société AJMH 1331 SRL la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par une ordonnance du 21 juin 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 21 juillet 2023.
Par un courrier du 15 janvier 2024, les parties ont été informées, en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, de ce que le tribunal était susceptible d'accueillir le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte, et de surseoir à statuer jusqu'à l'expiration d'un délai fixé pour la régularisation de cette illégalité.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Poupineau,
- les conclusions de M. Leymarie, rapporteur public,
- et les observations de Me Thalamas représentant la société AJMH 1331 SRL.
Considérant ce qui suit :
1. La Commune de Viviers-lès-Lavaur, qui est propriétaire d'un terrain cadastré ZH78, sis route de Plaisance au lieu-dit en Gounel, a déposé une demande de permis de construire en vue de l'édification de trois maisons d'habitation. Par un arrêté du 26 juillet 2022, l'adjoint au maire de cette commune a délivré le permis sollicité. Par la présente requête, la société AJMH 1331 SRL demande l'annulation de ce permis ainsi que de la décision implicite de rejet du recours gracieux qu'elle a présenté le 21 septembre 2022.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est : a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme () ". Aux termes de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints et à des membres du conseil municipal. () " Aux termes de l'article L. 2131-1 de ce code : " Les actes pris par les autorités communales sont exécutoires de plein droit dès qu'il a été procédé à leur publication ou affichage ou à leur notification aux intéressés ainsi qu'à leur transmission au représentant de l'Etat dans le département ou à son délégué dans l'arrondissement. () Le maire peut certifier, sous sa responsabilité, le caractère exécutoire de ces actes. () " Aux termes de l'article L. 2131-2 de ce code : " La preuve de la réception des actes par le représentant de l'Etat dans le département ou son délégué dans l'arrondissement peut être apportée par tout moyen. L'accusé de réception, qui est immédiatement délivré, peut être utilisé à cet effet mais n'est pas une condition du caractère exécutoire des actes. "
3. Par un arrêté du 29 mai 2022, le maire de la commune de Viviers-les-Lavaur a donné délégation à M. A B, adjoint au maire et signataire de l'arrêté de permis de construire attaqué, aux fins d'assurer " les fonctions et missions relatives aux questions liées à l'instruction et à la délivrance des autorisations d'urbanisme et d'utilisation des sols ", au nombre desquelles figurent les permis de construire. Toutefois, il ressort des mentions figurant sur cet arrêté de délégation qu'il a été transmis au préfet du Tarn et affiché en mairie le 23 septembre 2022. Ainsi, il n'avait pas acquis de caractère exécutoire à la date de signature de l'arrêté en litige. Par suite, la société requérante est fondée à soutenir que le permis de construire du 26 juillet 2022 été délivré par une personne incompétente pour ce faire.
4. En deuxième lieu, l'arrêté de permis de construire attaqué, qui vise l'avis du Syndicat des Eaux de la Montagne Noire en date du 9 mai 2022, comporte une prescription mentionnant que la conduite de raccordement au réseau d'eau potable est située à 10 mètres linéaires sur un terrain privé et qu'un branchement sur ce réseau n'est pas réalisable sans l'accord écrit du propriétaire de la parcelle n° 125. Toutefois, les autorisations d'urbanisme étant délivrées sous réserve des droits des tiers, le dossier de demande de permis de construire n'avait pas à comprendre l'accord du propriétaire de cette parcelle. Par suite, le moyen tiré de ce qu'en l'absence de cet accord, les constructions projetées ne seront pas desservies en eau potable, doit être écarté.
5. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 600-12 du code de l'urbanisme : " Sous réserve de l'application des articles L. 600-12-1 et L. 442-14, l'annulation ou la déclaration d'illégalité d'un schéma de cohérence territoriale, d'un plan local d'urbanisme, d'un document d'urbanisme en tenant lieu ou d'une carte communale a pour effet de remettre en vigueur le schéma de cohérence territoriale, le plan local d'urbanisme, le document d'urbanisme en tenant lieu ou la carte communale immédiatement antérieur. ".
6. Si le permis de construire ne peut être délivré que pour un projet qui respecte la réglementation d'urbanisme en vigueur, il ne constitue pas un acte d'application de cette réglementation. Par suite, un requérant demandant l'annulation d'un permis de construire ne saurait utilement se borner à soutenir qu'il a été délivré sous l'empire d'un document d'urbanisme illégal, quelle que soit la nature de l'illégalité dont il se prévaut. Cependant, il résulte de l'article L. 600-12 du code de l'urbanisme que la déclaration d'illégalité d'un document d'urbanisme a, au même titre que son annulation pour excès de pouvoir, pour effet de remettre en vigueur le document d'urbanisme immédiatement antérieur. Dès lors, il peut être utilement soutenu devant le juge qu'un permis de construire a été délivré sous l'empire d'un document d'urbanisme illégal - sous réserve, en ce qui concerne les vices de forme ou de procédure, des dispositions de l'article L. 600-1 du même code -, à la condition que le requérant fasse en outre valoir que ce permis méconnaît les dispositions pertinentes ainsi remises en vigueur.
7. La société requérante soulève, par la voie de l'exception, l'illégalité du plan local d'urbanisme applicable au permis de construire en litige en faisant valoir que l'ouverture à l'urbanisation du terrain d'assiette du projet, qui se situerait au-delà des parties actuellement urbanisées de la commune, porterait atteinte à des espaces naturels agricoles jusqu'alors libres et serait ainsi entachée d'une erreur d'appréciation voire d'une erreur de droit. Toutefois, il ne produit à l'appui de ses allégations aucun élément permettant d'en apprécier le bien fondé alors qu'il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette de la construction autorisée, cadastré ZH 78, qui se situe dans le prolongement d'une frange bâtie, n'est constructible que sur sa partie Sud-Ouest qui longe la route de plaisance. Par ailleurs, le requérant ne fournit aucune précision sur les dispositions pertinentes, qui, remises en vigueur du fait de la déclaration d'illégalité, seraient ainsi méconnues par le projet autorisé. Par suite, le moyen doit être écarté.
Sur l'application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :
8. Aux termes de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé ".
9. Cet article permet au juge, lorsqu'il constate qu'un vice entachant la légalité du permis de construire peut être régularisé par un permis modificatif, de rendre un jugement avant dire droit par lequel il fixe un délai pour cette régularisation et sursoit à statuer sur le recours dont il est saisi. Le juge peut préciser, par son jugement avant dire droit, les modalités de cette régularisation.
10. Il ressort des pièces du dossier que le vice tenant à l'incompétence de l'auteur de l'acte est susceptible d'être régularisé par une mesure qui n'implique pas d'apporter au projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même. Les parties ont été invitées à présenter leurs observations sur ce point. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de surseoir à statuer et d'impartir à la commune de Viviers-les-Lavaur un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement aux fins de produire au tribunal la régularisation du permis de construire contesté.
D E C I D E :
Article 1er : Il est sursis à statuer sur la légalité de l'arrêté du 26 juillet 2022 par lequel l'adjoint au maire de Viviers-les-Lavaur a accordé à la commune un permis de construire en vue de la construction de trois maisons d'habitation et de la décision implicite de rejet du recours gracieux formé contre cet arrêté, jusqu'à l'expiration d'un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement pour permettre à la commune de Viviers-les-Lavaur d'obtenir un permis de construire modificatif régularisant le vice constaté au point 3 du présent jugement.
Article 2 : Tous les autres droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société AJMH 1331 SRL et à la commune de Viviers-les-Lavaur.
Délibéré après l'audience du 1er mars 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Poupineau, présidente,
Mme Carvalho, première conseillère,
M. Frindel, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mars 2024.
La Présidente-rapporteure,
V. POUPINEAU
L'assesseure la plus ancienne,
M. CARVALHOLa greffière,
M. C
La République mande et ordonne au préfet du Tarn en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026