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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2207391

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2207391

mercredi 20 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2207391
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS THALAMAS LACLAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 décembre 2022 et le 6 mai 2024, Mme B A, représentée par Me Laclau, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 août 2022 par laquelle le directeur du centre hospitalier de Figeac a refusé de reconnaitre le caractère professionnel de sa maladie, ensemble la décision du 25 octobre 2022 portant rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier de Figeac de reconnaitre l'imputabilité au service de sa pathologie ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Figeac le paiement d'une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées en fait et en droit et révèlent un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elles sont entachées de vices de procédure, en raison tout d'abord, de l'absence d'un médecin spécialiste de l'affection dont elle est atteinte lors de la commission de réforme, d'autre part, en raison de l'absence d'information suffisante de la commission, qui n'a pas été en mesure de statuer de manière suffisamment éclairée sur sa situation, en l'absence de transmission par son employeur de sa fiche de poste, du document relatif au travail de nuit et du document unique d'évaluation des risques professionnels, qui n'a d'ailleurs jamais été élaboré, en raison enfin de ce que le centre hospitalier n'établit pas que le médecin ayant réalisé l'expertise est un médecin agréé au sens des dispositions de l'article 10 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- elles sont entachées d'erreurs de fait et de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que son médecin traitant a estimé que sa pathologie relève du tableau n°98 des maladies professionnelles ; par ailleurs, il est constant que sa pathologie a été provoquée par un travail de nuit régulier ainsi que par la manutention de charges lourdes dans le cadre de son activité professionnelle ; elle ne présentait aucun état antérieur ;

- l'expertise est imprécise et incomplète ;

- ses recours ne sont pas abusifs ; le tribunal administratif a fait droit par deux fois à ses demandes.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 9 mars 2023 et le 23 mai 2024, ce dernier n'ayant pas été communiqué, le centre hospitalier de Figeac conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés et que ce troisième recours est abusif.

Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Péan, conseillère

- les conclusions de M. Leymarie, rapporteur public,

- et les observations de Me Santin, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, aide-soignante au centre hospitalier de Figeac exerçant ses fonctions à temps partiel et sur un poste de nuit depuis 1998 au sein d'un établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD), a demandé la reconnaissance de l'imputabilité de sa maladie au service le 3 mars 2016. Le 21 juin 2016, la commission de réforme a émis un avis défavorable. Par une décision du 28 juin 2016, le directeur du centre hospitalier de Figeac a décidé de suivre cet avis et de ne pas reconnaitre l'imputabilité au service de la maladie de Mme A. Par un jugement n° 1605021 du 21 septembre 2018, le tribunal administratif de Toulouse a annulé cette décision en retenant que l'absence d'un médecin spécialiste de la pathologie affectant Mme A au sein de la commission constituait, dans ce cas, un vice de procédure ayant privé l'intéressée d'une garantie. Ce jugement a été confirmé par un arrêt n° 18BX03893 de la cour administrative d'appel de Bordeaux du 18 décembre 2020. Par une décision du 19 décembre 2019, à la suite d'un avis défavorable émis par la commission de réforme le 10 décembre 2019, son employeur a de nouveau opposé à Mme A un refus à sa demande de reconnaissance d'imputabilité au service de sa maladie. Par un jugement n° 2001222 du 27 janvier 2022, le tribunal administratif de Toulouse a annulé cette nouvelle décision en retenant l'erreur de droit commise par le centre hospitalier en déniant l'imputabilité au service de la pathologie de Mme A au seul motif que cette dernière n'était pas mentionnée dans les tableaux de maladies professionnelles figurant au code de la sécurité sociale. Le 28 juin 2022, le conseil médical, réuni en formation plénière, a émis un avis défavorable à la reconnaissance de l'imputabilité au service de la maladie de Mme A. Par une décision du 4 août 2022, le centre hospitalier de Figeac a de nouveau refusé de reconnaitre l'imputabilité au service de la pathologie de Mme A. Par une décision du 25 octobre 2022, cette même autorité a rejeté son recours gracieux. Mme A demande au tribunal d'annuler ces deux décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". La décision refusant de reconnaître l'imputabilité au service d'une maladie ou d'un accident est au nombre des actes qui refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir, au sens des dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration et cette décision doit, par suite, être motivée en droit et en fait.

3. La décision attaquée est uniquement motivée par référence à l'expertise médicale du 31 octobre 2019 et à l'avis du conseil médical. Or l'avis du conseil médical auquel elle renvoie ne précise pas les éléments de fait qui fondent le refus de reconnaître l'imputabilité au service de la maladie de Mme A. Par ailleurs, l'expert médical n'a procédé à aucune analyse de ses conditions de travail et s'est borné à affirmer, sans justifier cette conclusion, que " la pathologie dégénérative cervicale n'est pas imputable à l'activité professionnelle d'une aide-soignante mais est liée à une évolution naturelle ". Ainsi, en se référant à des documents non circonstanciés, le directeur du centre hospitalier de Figeac n'a pas satisfait aux exigences de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et le moyen tiré du défaut de motivation en fait doit être accueilli.

4. En second lieu, aux termes de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 : " Le fonctionnaire en activité a droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. () / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite, à l'exception des blessures ou des maladies contractées ou aggravées en service, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à sa mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. / Dans le cas visé à l'alinéa précédent, l'imputation au service de la maladie ou de l'accident est appréciée par la commission de réforme instituée par le régime des pensions des agents des collectivités locales. () ".

5. Une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service.

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme A présente depuis 2015 des douleurs cervicales et dorso-lombaires imputables, d'une part, à une cervicalgie chronique et, d'autre part, à une discopathie de type L5-S1. Le 3 mars 2016, Mme A a demandé que soit reconnue l'imputabilité au service de ces pathologies. Dans le cadre de l'instruction de cette demande, trois expertises ont été réalisées le 1er juin 2016, le 31 octobre 2019 et le 2 mars 2022. Toutefois, l'expertise de 2019 conclut seulement à une absence de prise en charge possible au titre de la maladie professionnelle dès lors que les pathologies dont souffre Mme A n'entrent pas dans la liste du Tableau n°98 des maladies professionnelles fixé par le code de la sécurité sociale. Et les expertises de 2016 et 2022 n'apportent aucun élément de nature à exclure l'absence de lien de causalité entre la pathologie de Mme A et l'exercice de ses fonctions ou ses conditions de travail. Or, il ressort des pièces du dossier, en particulier des fiches de poste produites par le centre hospitalier, que les fonctions d'aide-soignante comportent des tâches de manutention des patients, dont certains en situation de dépendance physique susceptibles d'être à l'origine de sa pathologie. En outre, il ne ressort pas de l'expertise réalisée en 2022 que la pathologie lombaire mentionnée dans le certificat initial de travail ait été examinée par l'expert, alors qu'il ressort des pièces du dossier, en particulier du guide de prévention des lombalgies dans le secteur des soins de santé, émis par le ministère du travail, que l'imputabilité au travail de lombalgies subies par une aide-soignante ne peut être exclue. En revanche, il ressort du compte rendu de consultation du 4 décembre 2019 produit par Mme A que le rhumatologue qui l'a examinée indique qu'il " semble évident que ses activités professionnelles, étant donné son habitus sthénique, soient en cause dans l'unique discopathie qui s'est aggravée avec le temps. Si tout cela dépendait d'un état arthrosique général, d'autres atteintes discales seraient retrouvées. Il semble donc évident de rattacher à son activité professionnelle l'atteinte de ce disque () ". Et il ne ressort d'aucune pièce du dossier que Mme A aurait présenté un état de santé antérieur préexistant ou qu'il existerait une circonstance particulière conduisant à détacher la survenance de la maladie du service. Ainsi, eu égard au caractère indigent des trois rapports d'expertise précités et l'employeur n'étant lié ni par l'avis de la commission de réforme, ni par celui du conseil médical, le centre hospitalier de Figeac ne pouvait rejeter la demande de reconnaissance de maladie professionnelle de Mme A sans rechercher si ses pathologies présentaient un lien direct et non nécessairement exclusif, avec l'exercice ses fonctions ou avec ses conditions de travail. Dès lors, en s'abstenant de procéder à une telle analyse, le centre hospitalier de Figeac a entaché sa décision d'un défaut d'examen de la situation personnelle de Mme A et d'une erreur de droit dans l'application des dispositions précitées de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens invoqués, que la décision du 4 août 2022 du directeur du centre hospitalier de Figeac doit être annulée, ensemble celle portant rejet du recours gracieux de Mme A.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

8. Eu égard au motif retenu, l'annulation des décisions du directeur du centre hospitalier de Figeac implique seulement un réexamen de la demande de reconnaissance d'imputabilité au service de la maladie déclarée par Mme A, à la date de son diagnostic. Il y a lieu d'enjoindre le centre hospitalier de Figeac d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de Figeac une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du directeur du centre hospitalier de Figeac du 4 août 2022, ensemble la décision portant rejet de son recours gracieux, sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au centre hospitalier de Figeac de réexaminer la demande de reconnaissance d'imputabilité au service de la maladie déclarée par Mme A, à la date de son diagnostic, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le centre hospitalier de Figeac versera à Mme A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié Mme B A et au centre hospitalier de Figeac.

Délibéré après l'audience du 6 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Viseur-Ferré, présidente,

Mme Préaud, conseillère,

Mme Péan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 novembre 2024.

La rapporteure,

C. PÉAN

La présidente,

C. VISEUR-FERRÉ

La greffière,

F. DEGLOS

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins, en ce qui la concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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