jeudi 14 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2300080 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 janvier 2023, Mme B, représentée par Me Touboul, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 octobre 2022 par lequel le préfet du Lot a refusé sa demande d'admission exceptionnelle au séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français, dans un délai de trente jours ;
2°) de mettre à la charge l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil, Me Touboul, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, et subsidiairement à son profit sur le seul fondement du code de justice administrative, dans l'hypothèse où elle ne serait pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
En ce qui concerne la décision refusant son admission exceptionnelle au séjour :
- le préfet du Lot aurait dû user de son pouvoir discrétionnaire de régularisation ;
- la décision est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision attaquée méconnaît les dispositions des articles L. 521-1 et R. 521-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant fixation d'un délai de départ volontaire :
- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 février 2023, le préfet du Lot conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction a été fixée au 10 octobre 2023 par une ordonnance du 26 septembre précédent.
Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 avril 2023.
Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;
La présidente de la formation de jugement ayant dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;
Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Jorda,
- et les observations de Me Touboul, représentant Mme B.
Une note en délibéré, enregistrée le 30 novembre 2023, a été présentée par Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante algérienne née le 6 novembre 1999 à Mostaganem, a déclaré être entrée sur le territoire français, de manière irrégulière, le 20 septembre 2021, accompagnée de son fils mineur. Le 15 décembre 2021, elle a déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 17 octobre 2022, le préfet du Lot a rejeté sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler cette décision.
2. En premier lieu, d'une part, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".
3. D'autre part, l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit qu'une carte de séjour temporaire peut être délivrée à l'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir. Cette disposition, dès lors qu'elle est relative aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, ne s'applique pas aux ressortissants algériens, dont la situation est régie de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Cependant, bien que cet accord ne prévoie pas de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, un préfet peut délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit, et il dispose à cette fin d'un pouvoir discrétionnaire pour apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.
4. Mme B fait valoir qu'elle a quitté l'Algérie pour fuir sa famille dont elle soutient qu'elle la persécutait, la forçait à se voiler et la menaçait d'excision et de mort, du fait de son divorce. Toutefois, il est constant que Mme B est récemment entrée sur le territoire français, selon ses déclarations, le 20 septembre 2021, accompagnée de son fils mineur, munie d'un simple visa de court séjour dont la validité a expiré et qu'elle n'a, par la suite, jamais disposé d'un visa de long séjour ni été admise à résider sur le territoire français au titre de l'une des stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par ailleurs, si elle se prévaut de sa situation personnelle et familiale en Algérie, la seule production d'un récépissé de dépôt de plainte ne permet pas d'établir la réalité des violences intra-familiales qu'elle allègue, sa demande d'admission au titre de l'asile n'ayant en outre été formulée que le 3 avril 2023, soit à une date postérieure à celle de la décision attaquée. Alors même qu'elle a vécu en France de l'âge de 12 à l'âge de 16 ans, elle a vécu la majorité de sa vie en Algérie où elle a fondé sa famille et où, selon ses déclarations, vit encore sa fille. Enfin, elle ne se prévaut d'aucun lien en France ni d'aucune situation sociale ou professionnelle. Dans ces conditions, sa situation ne saurait caractériser des considérations humanitaires, ni même des motifs exceptionnels, de nature à justifier son admission exceptionnelle au séjour. Dès lors, elle n'est pas fondée à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation à laquelle il s'est livré de sa situation personnelle, dans l'exercice de son pouvoir discrétionnaire de régularisation.
5. Pour les mêmes motifs, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le préfet du Lot n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.
6. En second lieu, l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que " Tout étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile se présente en personne à l'autorité administrative compétente qui enregistre sa demande et procède, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat, à la détermination de l'Etat responsable en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, (), ou en application d'engagements identiques à ceux prévus par le même règlement ". Et, aux termes de l'article R. 521-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, " Lorsque l'étranger ne se présente en personne auprès de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, des services de police ou de gendarmerie ou de l'administration pénitentiaire, en vue de demander l'asile, il est orienté vers l'autorité compétente. () Ces autorités fournissent à l'étranger les informations utiles en vue de l'enregistrement de sa demande d'asile et dispensent pour cela la formation adéquate à leurs personnels ". Il résulte de ces dispositions que le préfet ne peut décider d'obliger un étranger à quitter le territoire français avant d'avoir statué sur sa demande d'admission au séjour déposée au titre de l'asile.
7. Contrairement à ce que soutient Mme B, ces dispositions n'ont ni pour objet ni pour effet d'imposer au préfet d'inviter un étranger à déposer une demande d'asile. Au demeurant, il ressort des pièces du dossier que Mme B a formulé une telle demande le 3 avril 2023, soit à une date postérieure à celle de la décision attaquée. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaîtrait les dispositions de des articles L.521 et R. 521-4 du code précité.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
9. Si Mme B allègue courir des risques de persécutions et des menaces dans son pays d'origine, elle ne les établit pas par la seule production du récépissé de la plainte qu'elle a déposée le 29 novembre 2021. Par suite, le moyen doit être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme B tendant à l'annulation de l'arrêté du 17 octobre 2022 par lequel le préfet du Lot a rejeté sa demande d'admission exceptionnelle au séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet du Lot.
Délibéré après l'audience du 30 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Cherrier, présidente,
Mme Jorda, conseillère,
Mme Péan, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2023.
La rapporteure,
V. JORDALa présidente,
S. CHERRIERLa greffière,
F. DEGLOS
La République mande et ordonne au préfet du Lot en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef
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