Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2300315
mercredi 7 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2300315 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires complémentaires, enregistrés respectivement les 18 janvier, 1er février et 8 avril 2023, M. A F, représenté par Me Nakache-Haarfi, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 décembre 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence algérien d'une durée de dix ans, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de lui délivrer un certificat de résidence algérien d'une durée d'un an, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement des entiers dépens ainsi que la somme de 3000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dont distraction au profit de son conseil.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour et la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- ces décisions sont entachées d'une incompétence de leur signataire ;
- elles sont entachées d'un défaut de motivation ;
- elles portent une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par les stipulations des 1°, 2°, 5° et du dernier alinéa de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences d'une exceptionnelle gravité qu'elles entrainent sur sa situation personnelle ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire est entachée d'une erreur de droit en méconnaissance des dispositions des 3° et 6° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- cette décision est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 30 mars 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. F ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Sorin ;
- et les observations de Me Carmona, substituant Me Nakache-Haarfi, représentant M. F.
Considérant ce qui suit :
1. M. F, né le 25 juillet 1992, de nationalité algérienne, déclare être entré en France le 16 mai 2012. Le 6 juin 2013, la cour nationale du droit d'asile (CNDA) a rejeté définitivement sa demande d'asile et, le 29 novembre 2013, l'intéressé a fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français, prononcé par le préfet de la Haute-Garonne. Le 28 avril 2018, le requérant s'est marié avec une ressortissante française et a obtenu un certificat de résidence d'une durée d'un an, régulièrement renouvelé jusqu'au 21 mars 2022. Le 14 mars 2022, l'intéressé a sollicité le renouvellement de son titre de séjour et la délivrance d'un certificat de résidence d'une durée de dix ans sur le fondement des dispositions du 2° et denier alinéa de l'article 6 et de l'article 7 bis a) de l'accord franco-algérien. Par un arrêté du 16 décembre 2022, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de délivrer à M. F le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Par la présente requête, le requérant sollicite l'annulation de cet arrêté dans toutes ses dispositions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour et la décision portant obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, par un arrêté du 18 octobre 2022 publié le lendemain au recueil n° 31-2022-355 des actes administratifs de la préfecture de la Haute-Garonne, le préfet de ce département a donné délégation à Mme E C, directrice des migrations et de l'intégration à l'effet de signer les décisions en matière de police des étrangers. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, et alors que le caractère suffisant de la motivation d'une décision administrative ne se confond pas avec le bien-fondé de ses motifs, les décisions en litige comportent les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de leur insuffisante motivation doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien susvisé : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; () Le premier renouvellement du certificat de résidence délivré au titre du 2) ci-dessus est subordonné à une communauté de vie effective entre les époux. " Et aux termes de son article 7bis : " Les ressortissants algériens visés à l'article 7 peuvent obtenir un certificat de résidence de dix ans s'ils justifient d'une résidence ininterrompue en France de trois années () Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour pour ce qui concerne les catégories visées au a), au b), au c) et au g) : / a) Au ressortissant algérien, marié depuis au moins un an avec un ressortissant de nationalité française, dans les mêmes conditions que celles prévues à l'article 6 nouveau 2) et au dernier alinéa de ce même article ; () ".
5. Pour refuser de délivrer à M. F le titre de séjour sollicité, alors qu'il est marié depuis le 28 avril 2018 avec Mme B, ressortissante française, le préfet de la Haute-Garonne a fondé sa décision sur la rupture de leur communauté de vie. A cet égard, il ressort des pièces du dossier, en particulier du rapport d'enquête du 30 mai 2022, que le requérant n'est pas connu du voisinage, que les noms des deux époux ne sont pas inscrits sur la boite aux lettres, qu'ils ne connaissent pas leurs familles respectives et qu'ils se sont séparés depuis le mariage " suite à des différentes visions de couple ". Il ressort également de ce document que l'épouse de M. F avait précédemment fait appel aux services de police car l'intéressé l'aurait " importuné ". Si le requérant explique que cette séparation résulterait d'une simple mésentente et n'aurait duré que trois jours, il ne démontre pas la persistance de la communauté de vie, en se bornant à produire, au titre de l'année 2022, une quittance de loyer, un courrier de Pôle emploi et une facture, à son seul nom, ainsi qu'une déclaration de chiffres d'affaires, sur laquelle figure l'ancienne adresse de son épouse. Par ailleurs si l'intéressé se prévaut de visas algériens apposés sur le passeport de son épouse, cet élément est insusceptible de démontrer, à lui seul, qu'elle se serait rendue en Algérie dans l'objectif de visiter la famille de son époux. Il résulte de ce qui précède que la communauté de vie formée par le requérant et Mme B doit être regardée comme ayant cessé. Par suite, le préfet de la Haute-Garonne n'a entaché sa décision ni d'une erreur de droit, ni d'une erreur d'appréciation, au regard des stipulations susmentionnées de l'accord franco-algérien.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article, ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale est délivré de plein droit : / 1. Au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans ou plus de quinze ans si, au cours de cette période, il a séjourné en qualité d'étudiant ; () 5. Au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autorisation de séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs de refus ; () " et aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".
7. D'une part, si M. F soutient être présent depuis plus de dix ans sur le territoire français, les seules pièces produites à l'appui de la requête ne sont pas de nature à justifier sa présence habituelle sur le territoire national entre 2013 et 2018, en tout état de cause.
8. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. F, compte tenu des éléments relevés précédemment, n'établit pas, par les pièces qu'il produit, la persistance de la communauté de vie avec son épouse. Le requérant, sans charge de famille en France, ne justifie pas, en outre, de liens d'une particulière intensité sur le territoire français alors qu'il conserve d'important liens en Algérie où il a vécu la majeure partie de sa vie et où résident, selon ses déclarations, ses parents et ses cinq frères et sœurs. Par ailleurs, si M. F démontre travailler en tant qu'autoentrepreneur pour une plateforme de livraison, il ne peut être regardé comme démontrant une intégration en France, dès lors que, comme l'a relevé le préfet dans la décision contestée, il a fait l'objet d'une condamnation, le 30 novembre 2016 par la chambre des appels correctionnels de la cour d'appel de Toulouse à une peine de quatre mois d'emprisonnement et 300 euros d'amende pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis et de fourniture d'identité imaginaire pouvant provoquer des mentions erronées au casier judiciaire et prise du nom d'un tiers pouvant déterminer des poursuites pénales contre lui. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'accord franco-algérien doit être écarté. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doivent également être écartés.
9. En cinquième lieu, et contrairement à ce qu'allègue le requérant, le préfet n'a pas entendu lui opposer l'existence d'une menace à l'ordre public et s'est borné, ainsi qu'il vient d'être dit, à rappeler la condamnation dont a fait l'objet l'intéressé aux fins de justifier son absence d'intégration particulière dans la société française. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation sur ce point ne peut qu'être écarté.
10. En sixième lieu, l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 3o L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans, sauf s'il a été, pendant toute cette période, titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention "étudiant " ; / () 6° L'étranger marié depuis au moins trois ans avec un conjoint de nationalité française, à condition que la communauté de vie n'ait pas cessé depuis le mariage et que le conjoint ait conservé la nationalité française ".
11. Il résulte de ce qui a été précédemment énoncé aux points 5 et 7 que M. F ne peut se prévaloir d'une résidence régulière en France depuis plus de dix ans et que la communauté de vie entre l'intéressé et son épouse de nationalité française a cessé. Par conséquent, M. F ne bénéficie d'aucune protection au regard des dispositions précitées. Le moyen d'erreur de droit invoqué à cet égard doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
12. En premier lieu, la décision attaquée vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et mentionne la circonstance que M. F n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à cet article en cas de retour dans son pays d'origine, au vu notamment du rejet de sa demande de protection internationale. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision fixant le pays de renvoi doit être écarté.
13. En second lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni de la motivation de la décision attaquée, qui mentionne explicitement les circonstances propres à la situation personnelle de M. F, qui en constituent le fondement, que le préfet de la Haute-Garonne se serait abstenu de procéder à un examen sérieux et personnalisé de sa situation. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation personnelle de l'intéressé doit être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. F, tendant à l'annulation de l'arrêté du 16 décembre 2022 du préfet de la Haute-Garonne doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions que le requérant présente à fin d'injonction, celles présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A F, et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 17 mai 2023 à laquelle siégeaient :
M. Sorin, président,
M. Hecht, premier conseiller,
Mme Pétri, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2023.
Le président-rapporteur,
T. SORIN
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
S. HECHT
La greffière,
M. D
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
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