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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2300331

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2300331

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2300331
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantDIALEKTIK AVOCATS AARPI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 janvier 2023, Mme B A, représentée par Me Bachet, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 22 novembre 2022 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et à tout le moins de procéder au réexamen de sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens de l'instance ainsi qu'une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et dans l'hypothèse où elle ne serait pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure au regard des dispositions de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement des avis médicaux concernant les étrangers malades ;

- le préfet n'a pas pris en compte sa situation personnelle et notamment la présence de ses enfants mineurs en France ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle

.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juin 2023, le préfet de la Haute-Garonne, conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens n'est fondé.

Par décision du 24 mai 2023, Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Par ordonnance du 23 août 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 14 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lequeux, rapporteure a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, née le 26 septembre 1988 et de nationalité béninoise, est entrée sur le territoire français le 1er juillet 2019 sous couvert d'un visa court séjour valable du 25 juin 2019 au 16 juillet 2019. Elle a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile et pour motif humanitaire en raison de son état de santé. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile du 26 août 2022. Par décision du 22 novembre 2022, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Mme A ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 mai 2023, il n'y a pas lieu de statuer sur ses conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, par un arrêté en date du 18 octobre 2022, publié le lendemain au recueil administratif spécial, le préfet de la Haute-Garonne a donné une délégation à Mme D C, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer les arrêtés établis en matière de police des étrangers et notamment les décisions d'éloignement et les décisions les assortissant. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des arrêtés contestés ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations utiles de droit et de fait sur lesquelles le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé pour refuser de délivrer un titre de séjour à Mme A. Le préfet, qui n'avait pas à faire état de tous les éléments de la situation de la requérante, a ainsi suffisamment motivé son arrêté.

5. En troisième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté attaqué ni des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen réel et complet de la situation de la requérante, la circonstance que la décision ne fasse aucune référence à ses enfants étant à cet égard sans incidence sur la légalité de l'acte s'agissant d'une décision de se prononçant sur le séjour de Mme A au titre de l'asile et de son état de santé.

6. En quatrième lieu, Mme A soutient que l'avis émis le 27 février 2023 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration serait entaché d'un vice de procédure au regard des dispositions de l'arrêté du 27 décembre 2016 pris pour l'application des articles R. 425-11 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet de la Haute-Garonne a produit à l'appui de ses écritures l'avis du 13 octobre 2022, qui a été communiqué à la requérante, laquelle n'a pas assorti ce moyen des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. Dès lors, le moyen tiré d'un vice de procédure doit être écarté.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable./ La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat./ Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé./ Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée () ".

8. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous les éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

9. Mme A souffre d'anémie à hématies falciformes avec crise, plus communément dénommée drépanocytose. Il ressort des pièces du dossier que, par avis du 13 octobre 2022, le collège des médecins de l'OFII a estimé que si le défaut de prise en charge peut entraîner des conséquences d'une extrême gravité, un traitement est disponible dans son pays d'origine. Si Mme A soutient que son traitement, constitué de spéciafoldine et de dafalgan codéiné, ne serait pas disponible au Bénin, il ressort du document intitulé " liste nationale des médicaments essentiels enfants et adultes " établie par la direction de la pharmacie du médicament et des explorations diagnostiques du ministère de la santé de la république du Bénin produit par la requérante, que la spéciafoldine, qui est un antianémique dont la molécule active est l'acide folique, prescrit à la requérante à dose de 5 mg, est disponible sous d'autres dénominations, notamment " foldine " ou " acfol ". S'agissant de l'antalgique nécessaire au traitement des crises, le même document établit que la combinaison du paracétamol et de la codéine aux dosages de 500mg et 30 mg est disponible au Bénin sous la dénomination " efferalgan codéiné ". Enfin, si Mme A soutient qu'à le supposer disponible, elle n'aurait pas effectivement accès à son traitement en raison, d'une part, de la pénurie de pharmaciens au Bénin et, d'autre part, de la nécessité d'une prescription médicale en ce qui concerne l'antalgique, il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment d'un article de presse relatant des fermetures de pharmacies pour méconnaissance de la règlementation, peu probant, et de l'existence d'un partenariat entre l'université de pharmacie du Bénin et un laboratoire français, par la création d'une fondation, que la requérante n'aurait pas, effectivement accès à son traitement. La circonstance qu'une prescription d'un médecin soit nécessaire pour bénéficier de son traitement antalgique est également, à cet égard, sans incidence. Dans ces conditions, Mme A qui n'établit pas que son traitement ne serait pas disponible ou qu'elle n'y aurait pas accès dans son pays d'origine, n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait méconnu les dispositions précitées.

10. En sixième lieu, il ressort des pièces du dossier que la requérante est entrée en France en 2019 après avoir vécu au Bénin, où elle est née et a vécu jusqu'à ses trente-et-un ans. Elle ne se prévaut d'aucune attache privée et familiale en France. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et aurait méconnu les stipulations précitées. Pour les mêmes motifs, la décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle entraîne sur la situation personnelle de la requérante.

11. En septième et dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision de refus de titre de séjour en litige n'a ni pour objet ni pour effet de séparer Mme A de ses enfants. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ne peut qu'être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme A tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 5 septembre 2023 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte, celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et, en tout état de cause, celles relatives aux dépens de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions présentées par Mme A tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Bachet et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Grimaud, président,

Mme Lequeux, conseillère,

Mme Lucas, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.

La rapporteure,

A. LEQUEUX

Le président,

P. GRIMAUDLa greffière,

M.-E. LATIF

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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