Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2300479
mercredi 7 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2300479 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 janvier 2022, Mme D C, représentée par Me Chmani, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 21 novembre 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement de la somme de 2 000 euros à verser au profit de son conseil, sur le fondement des articles 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle et L761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision refusant le renouvellement du titre de séjour sollicité :
- la décision attaquée ne répond pas à l'exigence de motivation imposée par la loi du 11 juillet 1979 ;
- le préfet de la Haute-Garonne s'est estimé lié par l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
- il a entaché sa décision d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien modifié ;
- la décision attaquée porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision attaquée est privée de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle ne répond pas à l'exigence de motivation imposée par la loi du 11 juillet 1979 ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle n'a pas été précédée d'une demande préalable d'observations ;
- elle est dépourvue de base légale ;
- elle est entachée d'une erreur de droit ;
- le préfet de la Haute-Garonne n'a pas sérieusement examiné la situation de la requérante et s'est placé en situation de compétence liée ;
- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mars 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Sorin a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, née le 25 juillet 1988, de nationalité algérienne, est entrée en France le 23 juin 2017. L'intéressée a bénéficié, à compter du 13 décembre 2018, d'un certificat de résidence algérien d'une durée d'un an, en qualité " d'étranger malade ", régulièrement renouvelé jusqu'au 30 janvier 2022. Le 16 décembre 2021, l'intéressée a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Par un arrêté du 21 novembre 2022, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, Mme C demande au tribunal d'annuler cet arrêté dans toutes ses dispositions.
Sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. La requérante a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 mai 2023. Par suite, les conclusions tendant à son admission à l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet et il n'y a dès lors plus lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision refusant le renouvellement du titre de séjour sollicité :
3. En premier lieu, en se prévalant des dispositions de la loi du 11 juillet 1979, abrogées au 1er janvier 2016 par l'ordonnance n°2015-1341 du 23 octobre 2015, Mme C doit être regardée comme invoquant les dispositions pertinentes du code des relations entre le public et l'administration. Aux termes de l'article L. 211-2 de ce même code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / -restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "
4. Le refus de certificat de résidence en litige qui vise les textes sur lesquels il se fonde, rappelle le parcours de Mme C, en France et présente les éléments essentiels de la situation personnelle et familiale de l'intéressée. Alors que le caractère suffisant de la motivation d'une décision administrative ne se confond pas avec le bien-fondé de ses motifs, la décision en litige comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement.
5. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté litigieux ni des autres pièces du dossier que, pour refuser d'admettre Mme C au séjour en raison de son état de santé, le préfet de la Haute-Garonne se serait estimé lié par l'avis émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), ni qu'il n'aurait pas procédé, comme il y est tenu, à un examen particulier de sa situation. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 7) Au ressortissant algérien résidant habituellement en France dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays () ".
7. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tout élément permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine notamment au vu de ces échanges et éléments contradictoires. En cas de doute et notamment lorsque le secret médical a été levé par l'intéressé, il lui appartient, le cas échéant, de compléter ces éléments en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
8. Pour refuser la délivrance du titre de séjour sollicité, le préfet de la Haute-Garonne s'est notamment fondé sur l'avis rendu le 13 octobre 2022 par le collège de médecins de l'OFII qui a considéré que l'état de santé de Mme C nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle est originaire, l'Algérie, elle pourra y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et voyager sans risque vers ce pays. Il ressort des pièces du dossier que Mme C a subi en France, le 19 mars 2018 une amputation au niveau du fémur droit du fait d'un ostéosarcome suivi d'une chimiothérapie à compter du 24 mai 2018 et d'une prise en charge en rééducation motrice et prothétisation en mai 2018. Pour remettre en cause l'appréciation du collège de médecins de l'OFII, la requérante produit un certificat médical établi par le docteur B, médecin généraliste en Algérie, en date du 30 novembre 2022, évoquant, sans autre précision, que l'intéressée " nécessite une rééducation et une prise en charge spécialisée qui n'existe pas dans sa région ". Toutefois et d'une part, il ressort des documents produits à l'instance par le préfet que les soins nécessités par l'état de santé de la requérante sont disponibles en Algérie. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme C serait dans l'impossibilité de s'établir dans un autre lieu que son domicile antérieur en Algérie, plus proche de l'offre de soins. Par ailleurs si, l'intéressée produit une attestation du docteur A, médecin algologue à l'Oncopole de Toulouse, en date du 14 décembre 2022 évoquant la nécessité d'une continuité des soins, ce document ne précise pas que la requérante ne pourrait pas être prise en charge dans son pays d'origine, l'Algérie, ni qu'il n'y existerait pas de traitement de substitution ou équivalent à celui qui lui est prescrit en France, à le supposer indisponible ce qui n'est pas davantage établi. Enfin, si la requérante fait état du renouvellement de sa prothèse auquel elle serait admissible en septembre 2023, la décision attaquée ne fait pas obstacle à ce qu'elle sollicite un visa pour motif médical depuis son pays d'origine, afin de bénéficier desdits soins, le cas échéant. Ainsi, par les seules pièces qu'elle produit, Mme C n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause la disponibilité et l'accessibilité des soins que son état de santé requiert dans son pays d'origine, l'Algérie. Par suite, le préfet de la Haute-Garonne a pu, sans méconnaître les dispositions du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien modifié, refuser à Mme C la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade. Pour les mêmes motifs, et dès lors que les traitements dont Mme C a besoin sont disponibles et ne lui sont pas inaccessibles en Algérie, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation sur ce point.
9. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme C aurait sollicité son admission au séjour au titre de sa vie privée et familiale et le préfet ne s'est pas prononcé d'office sur une éventuelle admission à ce titre. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale susvisé, qui est inopérant à l'encontre du refus de séjour, doit donc être écarté, en toute hypothèse.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de séjour à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français.
11. En deuxième lieu, en vertu de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, si la décision faisant obligation à l'étranger de quitter le territoire français doit être motivée, elle n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle relative au séjour lorsque celle-ci, comme en l'espèce, est suffisamment motivée, ainsi qu'il a été dit au point 3 ci-dessus, et que l'obligation de quitter le territoire français a été décidée en application du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet a expressément motivé sa décision en droit et en fait quant à l'application de ces dispositions à l'intéressée. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision faisant obligation à Mme C de quitter le territoire français doit être écarté.
12. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".
13. Il ressort des pièces du dossier que Mme C, célibataire et sans charge de famille, est entrée en France en 2017, à l'âge de 28 ans. Elle a vécu la majeure partie de sa vie en Algérie où résident notamment ses parents et ses cinq frères et sœurs. Elle ne justifie, par ailleurs, d'aucun lien ou d'aucune intégration particulière sur le territoire français. Dans ces conditions, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision contestée sur sa situation personnelle et celui tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peuvent qu'être écartés dès lors que la décision portant obligation de quitter le territoire français ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :
14. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à se prévaloir de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la décision par laquelle le préfet a fixé le délai de départ volontaire.
15. En deuxième lieu, il résulte des dispositions des articles L. 614-4 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français. Par suite, Mme C ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration prévoyant une procédure contradictoire, qui n'est pas applicable.
16. En troisième lieu, selon les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas ".
17. D'une part, les dispositions précitées n'imposent pas au préfet de motiver spécifiquement l'octroi du délai de départ volontaire lorsque celui-ci correspond, comme en l'espèce, à la durée légale de trente jours et que l'étranger n'a présenté aucune demande afin d'obtenir un délai supérieur. Par suite, le moyen tiré d'un défaut de motivation de la décision fixant le délai de départ volontaire doit être écarté.
18. D'autre part, Mme C soutient qu'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours aurait dû lui être accordé eu égard aux diligences rendues nécessaires par sa situation personnelle. Néanmoins, elle ne fait valoir aucun élément permettant de retenir l'existence de circonstances particulières de nature à justifier l'octroi d'un délai de départ volontaire supérieur au délai de droit commun. En conséquence, la décision litigieuse n'est pas entachée d'une erreur de droit ni d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
19. En dernier lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, qui mentionne explicitement des circonstances propres à la situation personnelle de la requérante, ni des pièces des dossiers, que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de l'intéressée ou se serait placé en situation de compétence liée.
20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par Mme C à fin d'annulation de l'arrêté du 21 novembre 2022, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction sous astreinte et les demandes présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de Mme C tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 17 mai 2023 à laquelle siégeaient :
M. Sorin, président,
M. Hecht, premier conseiller,
Mme Pétri, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2023.
Le président-rapporteur,
T. SORIN
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
S. HECHT
La greffière,
M. E
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
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