mardi 28 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2300481 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | BALG |
Vu la procédure suivante :
Par un arrêt n° 22TL21852 du 26 janvier 2023, la cour administrative d'appel de Toulouse, saisie d'un appel présenté par Mme A épouse D, a annulé l'ordonnance du tribunal administratif de Toulouse n° 2107369 du 27 juin 2022 et a renvoyé l'affaire devant le même tribunal.
Par une requête et un mémoire enregistrés les 21 décembre 2021 et 1er octobre 2024, initialement sous le numéro 2107369 puis, après reprise de l'instance, sous le numéro 2300481, Mme E A épouse D, représentée par Me Balg, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, :
1°) d'annuler la décision du 18 décembre 2020 par laquelle le président du conseil départemental de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un agrément d'assistante maternelle, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux formé le 26 février 2021 ;
2°) de mettre à la charge du conseil départemental de la Haute-Garonne la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les décisions attaquées sont entachées d'un défaut de motivation ;
- elles sont entachées d'erreur d'appréciation.
Par des mémoires en défense enregistrés les 24 mai 2022 et 26 mai 2023, le département de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme A épouse D ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Sarraute,
- les conclusions de M. Luc, rapporteur public,
- et les observations de Mme C, représentant le département de la Haute-Garonne.
Considérant ce qui suit :
1. Le 30 septembre 2020, Mme A épouse D a sollicité la délivrance d'un agrément d'assistante maternelle. Par la présente requête, elle demande l'annulation de la décision du 18 décembre 2020 par laquelle le président du conseil départemental de la Haute-Garonne a rejeté sa demande, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux formé le 26 février 2021 et reçu par le département le 1er mars 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 18 décembre 2020 :
2. En premier lieu, la décision du 18 décembre 2020 énonce les considérations de droit et de fait sur lesquels elle se fonde d'une manière suffisamment précise pour mettre en mesure Mme A épouse D de la contester utilement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
3. En second lieu, aux termes de l'article L. 421-3 du code de l'action sociale et des familles : " L'agrément nécessaire pour exercer la profession d'assistant maternel ou d'assistant familial est délivré par le président du conseil départemental du département où le demandeur réside. () / L'agrément est accordé à ces deux professions si les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des mineurs et majeurs de moins de vingt et un ans accueillis, en tenant compte des aptitudes éducatives de la personne () ". Aux termes de l'article R. 421-3 du même code : " Pour obtenir l'agrément d'assistant maternel (), le candidat doit : / () 1° Présenter les garanties nécessaires pour accueillir des mineurs dans des conditions propres à assurer leur développement physique, intellectuel et affectif ; / () / 3° Disposer d'un logement () dont l'état, les dimensions, les conditions d'accès et l'environnement permettant d'assurer le bien-être et la sécurité des mineurs, compte tenu du nombre d'enfants et des exigences fixées par le référentiel en annexe 4-8 pour un agrément d'assistant maternel () ".
4. Il résulte de ces dispositions qu'il incombe au président du conseil départemental de s'assurer que les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des enfants accueillis et de refuser la délivrance de l'agrément si ces conditions ne sont pas remplies.
5. Parmi les critères prévus à la section 1 de l'annexe 4-8 du code de l'action sociale et des familles, relative aux capacités et compétences pour l'exercice de la profession d'assistant maternel, figurent la capacité à appliquer les règles relatives à la sécurité de l'enfant accueilli, notamment les règles de couchage permettant la prévention de la mort subite du nourrisson, la capacité à percevoir et prendre en compte les besoins de chaque enfant selon son âge et ses rythmes propres, pour assurer son développement physique, intellectuel et affectif et la capacité à mettre en œuvre les moyens appropriés, notamment dans les domaines de l'alimentation, du sommeil, du jeu, des acquisitions psychomotrices, intellectuelles et sociale, ainsi que la capacité à mesurer les responsabilités qui sont les siennes vis-à-vis de l'enfant, de ses parents et des services départementaux de protection maternelle et infantile, en tenant compte de l'apport des réunions d'information préalables et de la formation obligatoire ultérieure, et la connaissance ou la capacité de s'approprier, dans le cadre des réunions d'information obligatoires et de la formation obligatoire ultérieure, les principales règles légales, réglementaires et conventionnelles régissant la profession. La section 2 de cette annexe 4-8, relative aux conditions matérielles d'accueil et de sécurité, prévoit en outre que le lieu d'accueil doit être conforme aux règles d'hygiène et de confort élémentaires, et notamment être propre, clair, aéré, sain et correctement chauffé. Une vigilance particulière doit par ailleurs être apportée à la capacité à prévenir les accidents domestiques et les risques manifestes pour la sécurité de l'enfant (rangement des produits, notamment d'entretien ou pharmaceutiques et objets potentiellement dangereux hors de la vue et de la portée de l'enfant accueilli), d'une part en proposant spontanément les aménagements nécessaires ou en acceptant ceux prescrits par les services départementaux de protection maternelle et infantile et, d'autre part, en s'assurant que l'enfant est couché dans un lit adapté à son âge et que le matériel de puériculture ainsi que les jouets sont conformes aux exigences normales de sécurité et entretenus et remplacés si nécessaire.
6. Pour refuser de délivrer à Mme A épouse D l'agrément d'assistante maternelle que cette dernière a sollicité, le président du conseil départemental de la Haute-Garonne s'est fondé sur la circonstance que les connaissances de l'intéressée étaient parfois insuffisantes ou inadaptées, notamment en matière d'alimentation, de développement du jeune enfant ou du sommeil, qu'elle avait des difficultés à mettre en application ses connaissances théoriques, que l'intérêt supérieur de l'enfant n'était pas pris en compte, qu'elle ne connaissait pas les recommandations visant à lutter contre la mort inexpliquée du nourrisson, qu'elle ne se positionnait pas en tant que professionnelle et enfin que son logement n'était pas totalement sécurisé. Il a ainsi estimé que sa demande ne répondait pas aux conditions fixées par les dispositions de l'article L. 421-3 du code de l'action sociale et des familles.
7. Tout d'abord, Mme A épouse D soutient que ses connaissances théoriques ne peuvent pas être insuffisantes ou inadaptées et qu'elle sait les mettre en application, dès lors qu'elle est titulaire d'un CAP petite enfance, qu'elle a exercé la profession d'assistante maternelle de 1994 à 2006, que ses évaluations ont alors démontré sa capacité à assumer ses fonctions pour la plus grande satisfaction des parents, que le retrait de son agrément n'était pas motivé par une insuffisance professionnelle mais par des craintes pour l'intégrité des enfants, à la suite d'une plainte déposée contre son mari qui s'est soldée par un classement sans suite en février 2006, que si elle s'est montrée, eu égard à ces circonstances, sur la défensive lors des entretiens qu'elle a eus avec les professionnels des services de la petite enfance pendant l'instruction de sa demande, ce seul état de fait ne peut la disqualifier, et enfin qu'elle s'est souciée de maintenir et actualiser son niveau de connaissances dans le domaine de la petite enfance.
8. Il résulte toutefois de l'instruction, notamment du rapport d'évaluation professionnelle du 10 décembre 2020 établi par deux infirmières puéricultrices de la PMI, après un entretien à la maison départementale des solidarités et deux visites à domicile, et du rapport d'évaluation psychologique du 10 décembre 2020, que si Mme A épouse D possède des connaissances théoriques, certaines sont lacunaires ou n'ont pas été réellement comprises et intégrées. Ainsi, elle ne connaît pas les recommandations relatives à la prévention de la mort inexpliquée du nourrisson et ne comprend pas la nécessité de la mise en place d'un cadre horaire dans la prise en charge des tout petits, alors même qu'elle a exercé plusieurs années en crèche, reprochant même à ces institutions le carcan que constitue un tel cadre. Par ailleurs, les motivations qu'elle expose pour exercer le métier d'assistante maternelle sont centrées sur elle-même, son ressenti, et non sur l'intérêt supérieur des futurs enfants accueillis et leurs besoins, qui sont au demeurant peu ou mal perçus. En outre, à plusieurs reprises lors des entretiens avec les puéricultrices, interrogée ou mise en situation, Mme A épouse D a apporté des réponses inadaptées. Ainsi, elle ne connaît pas l'âge à partir duquel commence la diversification alimentaire ni la quantité de viande qui peut être proposée à un enfant âgé de six mois, le repas type pour un enfant d'un an qu'elle a exposé ne répondant par ailleurs pas aux besoins nutritionnels attendus. De la même manière, elle n'a pas su donner les âges clefs du développement de l'enfant et n'est ainsi pas en mesure de repérer un éventuel retard de développement. Elle s'est également montrée dans l'incapacité de se comporter en professionnelle, estimant ne pas pouvoir vérifier et être responsable de repas apportés par les parents ou bien en suggérant de confier les enfants accueillis à une autre assistante maternelle en cas d'urgence médicale à assurer pour sa plus jeune fille âgée de douze ans. Enfin, si Mme A épouse D se prévaut du suivi d'un module de formation facultatif à la VAE auxiliaire de puériculture, celle-ci date de juin 2016. De même, les circonstances que la requérante a exercé pendant douze années le métier d'assistante maternelle, que ses évaluations n'ont jamais relevé aucun manquement et que le retrait de son agrément par une décision du 14 mars 2006 n'était pas fondé sur une insuffisance professionnelle sont sans incidence, le respect des conditions fixées par l'article L. 421-3 du code de l'action sociale et des familles s'appréciant à la date de l'instruction de la demande.
9. Ensuite, Mme A épouse D soutient que son logement permet de garantir la santé et la sécurité des futurs enfants accueillis. Il résulte toutefois de l'instruction, notamment du rapport d'évaluation professionnelle du 10 décembre 2020, intervenu après deux visites à domicile, que dans le salon se trouvaient des bouteilles d'alcool accessibles et des billes décoratives dans une vitrine non sécurisée. Par ailleurs, dans la cuisine, des couteaux et objets tranchants étaient accessibles et un placard contenant des noisettes n'était pas sécurisé. Dans l'une des chambres, de petits objets étaient accessibles et dans une deuxième chambre, les fenêtres n'étaient pas sécurisées, des ciseaux, une machine à coudre et des objets dangereux étant à portée d'enfants, tout comme des produits d'hygiène dans la salle de bains. Enfin, dans le jardin, le spa, des outils de jardinage et le clapier étaient incorrectement sécurisés. Si Mme A épouse D soutient avoir réalisé des modifications entre la première et la seconde visite à domicile, celles-ci sont insuffisantes. La sécurisation de la vitrine du salon a été réalisée avec des cales en bois qui se révèlent encore plus dangereuses pour les enfants. Si elle produit une facture d'achat d'un lot de huit fermetures pour placards et tiroirs, elle admet elle-même que ce sont déjà douze tiroirs et placards qui sont à sécuriser uniquement dans la cuisine. En outre, au cours des entretiens et malgré les alertes des infirmières puéricultrices, Mme A épouse D a, à plusieurs reprises, indiqué qu'elle procèderait aux modifications et mises en sécurité une fois l'agrément obtenu, ce qui n'est pas possible dans le cadre d'une nouvelle demande d'agrément.
10. L'ensemble des faits ainsi relevés à l'encontre de Mme A épouse D et leur nature ont pu légalement conduire le président du conseil départemental de la Haute-Garonne à estimer que les conditions posées par l'article L. 421-3 du code de l'action sociale et des familles n'étaient pas réunies. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'erreur d'appréciation doit être écarté.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de délivrance d'un agrément d'assistante maternelle à Mme A épouse D doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de rejet du recours gracieux :
12. Mme A épouse D conclut à l'annulation de la décision implicite de rejet de son recours gracieux contre la décision du 18 décembre 2020, formé le 26 février 2021 et reçu le 1er mars 2021. Toutefois, il résulte de l'instruction que par une décision explicite du 9 avril 2021, le conseil départemental de la Haute-Garonne a rejeté ce recours gracieux. Il y a ainsi lieu de regarder les conclusions de la requérante comme étant dirigées contre la décision explicite de recours gracieux du 9 avril 2021.
13. En premier lieu, le conseil départemental de la Haute-Garonne a rejeté le recours gracieux formé par la requérante au motif qu'il était irrecevable pour cause de tardiveté. Cette décision fait état des considérations de droit et de fait sur lesquels elle se fonde d'une manière suffisamment précise pour mettre en mesure Mme A épouse D de les contester utilement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
14. En second lieu, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté pour les motifs exposés aux points 6 à 10.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant rejet du recours gracieux formé par Mme A épouse D contre la décision du 18 décembre 2020 doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département de la Haute-Garonne, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, la somme demandée par Mme A épouse D au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A épouse D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A épouse D et au département de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 14 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Cherrier, présidente,
Mme Sarraute, première conseillère,
Mme Douteaud, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 janvier 2025.
La rapporteure,
N. SARRAUTELa présidente,
S CHERRIER
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026