Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 janvier 2023, Mme A... C..., représentée par Me Thalamas, demande au tribunal :
1°) de condamner la commune de Toulouse à lui verser une indemnité de 30 260,48 euros correspondant à l’indemnité de licenciement due au 31 décembre 2021, aux indemnités de congés payés et à la valorisation du compte épargne temps à cette même date ;
2°) de mettre à la charge de ladite commune une somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- au regard de sa rémunération et de son ancienneté, l'indemnité qui lui était due à la date de son licenciement s’élevait à la somme de 25 867,28 euros en application du décret du 15 février 1988 ;
- aucune preuve d’un transfert de ses droits à congés et de ses crédits de compte épargne temps à la société publique locale du Métronum n’est apportée ;
- au 31 décembre 2021, elle disposait de onze jours de congés annuels et de treize jours au titre de son compte épargne temps, ce qui représente une indemnité de 4 393,20 euros.
Par mémoire en défense, enregistré le 21 mai 2024, la commune de Toulouse, représentée par Me Taddei, conclut au rejet de la requête et à ce qu’une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à titre principal, le juge administratif est incompétent pour connaître des demandes de Mme C... au titre des congés payés et du compte épargne temps dès lors que ces droits ont été repris dans le cadre du contrat de droit privé conclu avec la société du Métronum ;
- à titre subsidiaire, eu égard au transfert de son contrat de travail en application de l’article L. 1224-3-1 du code du travail et à l’acceptation du nouveau contrat proposé par la société du Métronum, elle ne peut prétendre à l’indemnité de licenciement prévue par l’article 43 du décret du 15 février 1988.
Par ordonnance du 4 septembre 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 6 octobre suivant.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 pris pour l'application de l'article 136 de la loi du 26 janvier 1984 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Meunier-Garner,
- les conclusions de M. Leymarie, rapporteur public,
- et les observations de Me Leclerc, substituant Me Thalamas, représentant Mme C....
Considérant ce qui suit :
1. Mme A... C... a été recrutée, par le biais de contrats à durée déterminée, en qualité de chargée de production par la commune de Toulouse à compter du 26 mai 2003 puis, par un contrat à durée indéterminée à compter du 1er février 2016. Elle a été informée, par un courrier du 13 décembre 2021, que son contrat avec la commune de Toulouse prenait fin le 31 décembre 2021 en raison de la création de la société publique locale (SPL) du Métronum à compter du 1er janvier 2022 et d’un transfert d’activités à cette société. Mme C... a présenté le 27 septembre 2022 une réclamation indemnitaire auprès de la commune de Toulouse afin d’obtenir une indemnité de licenciement, le solde de l’indemnité de congés payés et la liquidation des droits versés sur son compte épargne temps. Cette réclamation indemnitaire ayant été implicitement rejetée, Mme C... sollicite, par la présente instance, la condamnation de la commune de Toulouse à lui verser une indemnité totale de 30 260,48 euros.
Sur l’exception d’incompétence du juge administratif opposée en défense :
2. Aux termes des dispositions de l’article L. 1224-3-1 du code du travail : « Sous réserve de l'application de dispositions législatives ou réglementaires spéciales, lorsque l'activité d'une personne morale de droit public employant des agents non titulaires de droit public est reprise par une personne morale de droit privé ou par un organisme de droit public gérant un service public industriel et commercial, cette personne morale ou cet organisme propose à ces agents un contrat régi par le présent code. / Le contrat proposé reprend les clauses substantielles du contrat dont les agents sont titulaires, en particulier celles qui concernent la rémunération. / En cas de refus des agents d'accepter le contrat proposé, leur contrat prend fin de plein droit. La personne morale ou l'organisme qui reprend l'activité applique les dispositions de droit public relatives aux agents licenciés. ». Tant que les agents concernés par ces dispositions n’ont pas été placés sous un régime de droit privé, leurs contrats demeurent des contrats de droit public de sorte que le juge administratif est seul compétent pour statuer sur les litiges nés du refus de l’un ou l’autre des deux employeurs successifs de poursuivre l’exécution de ces contrats de travail, qui ne mettent en cause, jusqu'à la mise en œuvre du régime de droit privé, que des rapports de droit public et, partant, pour apprécier les conditions d’application des dispositions légales et leurs conséquences, notamment l’existence d’une activité transférée et poursuivie ainsi que la teneur des offres faites aux agents.
3. Il résulte de l’instruction que, dans le cadre du transfert des activités liées à l’équipement municipal du Métronum et au festival Rio Loco, qui relevaient de la commune de Toulouse, à la SPL du Métronum, Mme C..., qui exerçait sous contrat de droit public à durée indéterminée les fonctions de chargée de production à la direction des musiques actuelles, s’est vu proposer, en application des dispositions précitées de l’article L. 1224-3-1 du code du travail, un contrat à durée indéterminée qu’elle a accepté de signer. L’intéressée, désormais titulaire d’un contrat de droit privé avec la SPL du Métronum à compter du 1er janvier 2022, a donc été placée sous un régime de droit privé. Cependant, la requérante fait état d’une rupture de son contrat de droit public au 31 décembre 2021 par la commune de Toulouse, soit antérieurement à la mise en œuvre du régime de droit privé auquel elle est soumise depuis le 1er janvier 2022, et demande à être indemnisée de sommes qu’elle estime lui être dues au titre du licenciement invoqué. Dans ces conditions, le litige, qui a trait aux relations ayant uni la commune de Toulouse à une agente de droit public, relève de la compétence du juge administratif. Par suite, l’exception d’incompétence opposée en défense doit être écartée.
Sur les conclusions indemnitaires :
4. Aux termes des dispositions de l’article 43 du décret du 15 février 1988 susvisé, dans sa rédaction applicable au litige : « En cas de licenciement n'intervenant pas à titre de sanction disciplinaire, une indemnité de licenciement est versée à l'agent recruté pour une durée indéterminée ou à l'agent recruté pour une durée déterminée et licencié avant le terme de son contrat. / L'indemnité de licenciement est également due à l'agent licencié dans les conditions prévues au dernier alinéa de l'article 14 ter de la loi du 13 juillet 1983 susvisée ou dans les conditions prévues au dernier alinéa de l'article L. 1224-3-1 du code du travail. ».
5. Ainsi qu’il a été dit précédemment, Mme C... a accepté de signer le contrat proposé par la SPL du Métronum et est désormais titulaire d’un contrat de droit privé depuis le 1er janvier 2022. Elle ne peut donc être regardée comme ayant été soumise à une procédure de licenciement mettant fin au contrat de droit public conclu avec la commune de Toulouse dans les conditions prévues au dernier alinéa de l’article L. 1224-3-1 du code du travail et ne peut donc prétendre de ce fait à une indemnité de licenciement. Au demeurant, s’agissant de ses droits à congés payés et ceux liés à son compte épargne temps, il résulte de l’instruction qu’ils ont été transférés et repris dans le cadre du contrat de travail conclu avec la SPL du Métronum. Par suite, les conclusions tendant au versement de sommes qu’elle estime lui être dues du fait de son licenciement par la commune de Toulouse doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
6. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Toulouse, laquelle n’a pas la qualité de partie perdante à l’instance, la somme demandée sur leur fondement par la requérante. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de Mme C... une somme de 1 000 euros à verser à la commune de Toulouse au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C... est rejetée.
Article 2 : Mme C... versera à la commune de Toulouse une somme de 1 000 euros (mille euros) au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... C... et à la commune de Toulouse.
Délibéré après l’audience du 22 octobre 2025 à laquelle siégeaient :
Mme Meunier-Garner, présidente,
Mme Lestarquit, première conseillère,
Mme Camorali, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 novembre 2025.
La présidente-rapporteure,
M. O. MEUNIER-GARNER
L’assesseure la plus ancienne,
H. LESTARQUIT
La greffière,
M. B...
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,