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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2300623

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2300623

vendredi 29 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2300623
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantURSO AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 janvier 2023, M. B A doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision implicite par laquelle la directrice générale de l'Agence nationale de l'habitat (Anah) a rejeté son recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision du 29 juin 2022 retirant l'aide d'un montant estimatif de 14 000 euros qui lui avait été accordée au titre du dispositif " MaPrimeRénov' " pour la réalisation de dépenses en faveur de la rénovation énergétique de son logement situé à Castillon-de-Saint-Martory.

Il soutient qu'en se fondant sur son absence de réponse aux demandes de l'Anah de programmation d'un contrôle sur place des équipements installés, alors qu'un tel contrôle a été réalisé par la société Bureau Veritas le 13 mars 2022, l'agence a entaché sa décision d'une erreur de fait.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 octobre 2023, la directrice générale de l'Anah, représentée par Me Ramel, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la requête est dépourvue de conclusions et de moyens de droit en méconnaissance de l'article R. 411-1 du code de justice administrative, et qu'elle est par suite irrecevable ;

- le motif tiré de l'absence de réalisation des travaux prévus initialement ou de leur mauvaise exécution, rendant vaine toute progression dans la performance énergétique des équipements de M. A, doit être substitué au motif erroné de la décision attaquée.

Par une ordonnance du 9 novembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 11 décembre suivant.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 2019-1479 du 28 décembre 2019 ;

- le décret n° 2020-26 du 14 janvier 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Frindel ;

- et les conclusions de M. Leymarie, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a sollicité l'attribution de la prime de transition énergétique, dite " MaPrimeRénov' ", auprès de l'Agence nationale de l'habitat (Anah), pour l'installation d'une chaudière à granulés et d'un chauffe-eau solaire dans la maison dont il est propriétaire à Castillon-de-Saint-Martory (31). Par un courrier du 11 janvier 2022, la directrice générale de l'Anah lui a notifié un accord de principe pour un montant d'aide estimé à 14 000 euros. Toutefois, par une décision du 29 juin 2022, elle a procédé au retrait total de cette prime. M. A a formé un recours administratif préalable obligatoire contre cette décision, dont il a été accusé réception le 29 septembre 2022. Du silence gardé par l'Anah sur ce recours pendant une durée de deux mois est née, le 29 novembre 2022, une décision implicite de rejet. Par la présente requête, M. A doit être regardé comme demandant au tribunal l'annulation de cette dernière décision.

2. Aux termes de l'article 9 du décret du 14 janvier 2020 relatif à la prime de transition énergétique : " L'introduction d'un recours afférent aux décisions relatives à la prime de transition énergétique est subordonnée à l'exercice préalable d'un recours administratif auprès du directeur général de l'Agence nationale de l'habitat. / Ce recours administratif est régi par les dispositions des chapitres Ier et II du titre Ier du livre IV du code des relations entre le public et l'administration ".

3. L'institution d'un recours administratif, préalable obligatoire à la saisine du juge, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours se substitue nécessairement à la décision initiale. Elle est seule susceptible d'être déférée au juge de la légalité. Par ailleurs, lorsque la décision prise à la suite d'un recours administratif préalable obligatoire est implicite et que le requérant n'en a pas sollicité la communication des motifs en application de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, elle doit être regardée comme fondée sur les mêmes motifs que la décision initiale.

4. Il résulte de ce qui précède, d'une part, que les conclusions de la requête de M. A doivent être regardées comme étant dirigées contre la décision du 29 novembre 2022 par laquelle l'Anah a implicitement rejeté son recours administratif préalable obligatoire et, d'autre part, que cette décision doit être regardée comme fondée sur le même motif que celui de la décision initiale du 29 juin 2022, à savoir l'absence de réponse du requérant aux demandes de l'Anah de programmation d'un contrôle sur place.

5. M. A conteste l'exactitude matérielle de ce motif, en faisant valoir que la société Bureau Veritas a réalisé, le 13 mars 2022, un contrôle sur place des équipements installés. L'Anah, qui produit elle-même le compte-rendu de ce contrôle, a donc entaché sa décision d'une erreur de fait. Toutefois, elle demande au tribunal de substituer à ce motif erroné celui tiré de l'absence de réalisation des travaux prévus initialement ou de leur mauvaise exécution, rendant vaine toute progression dans la performance énergétique des équipements de M. A.

6. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

7. Aux termes de l'article 10 du décret du 14 janvier 2020 précité relatif à la prime de transition énergétique : " I. - L'Agence nationale de l'habitat peut réaliser ou faire réaliser tout contrôle nécessaire à la vérification du respect, par le demandeur ou son mandataire, des dispositions législatives, réglementaires et conventionnelles relatives à la prime de transition énergétique. Ces contrôles peuvent avoir lieu à tout moment, sur place et sur pièce, en particulier afin de vérifier l'achèvement des travaux et prestations financés et leur conformité aux éléments du dossier ayant donné lieu à décision d'octroi de la prime () / L'absence de réponse ou l'entrave à la réalisation du contrôle constitue un motif de non-respect des engagements liés aux bénéfices de la prime entraînant son retrait et, le cas échéant, son reversement, ainsi que l'application éventuelle des sanctions mentionnées à l'article 8 du présent décret () ". Selon l'article 11 du même décret : " En cas de non-respect des conditions d'attribution de la prime de transition énergétique, la décision attributive peut être retirée en totalité ou partiellement, entraînant le reversement de tout ou partie des sommes perçues au titre de la prime () ". L'annexe 1 de ce décret dispose : " Les dépenses suivantes, lorsqu'elles satisfont les critères techniques fixés par l'arrêté mentionné au VIII de l'article 2 du présent décret, sont éligibles à la prime : / () 2. Equipements de chauffage ou de fourniture d'eau chaude sanitaire fonctionnant au bois ou autres biomasses : / a) Chaudières à alimentation automatique fonctionnant au bois ou autre biomasse () / 3. Equipements de chauffage ou de fourniture d'eau chaude sanitaire fonctionnant à l'énergie solaire thermique ou avec des capteurs solaires hybrides thermiques et électriques à circulation de liquide : / () b) Equipements de fourniture d'eau chaude sanitaire fonctionnant à l'énergie solaire thermique () ".

8. Il ressort des pièces du dossier qu'en application des dispositions précitées de l'article 10 du décret du 14 janvier 2020, la société Bureau Veritas a procédé, à la demande de l'Anah, au contrôle des équipements installés au domicile de M. A et pour lesquels il avait sollicité l'octroi de la prime en litige. Aux termes de son rapport du 13 mars 2022, l'organisme certificateur a estimé que les travaux réalisés étaient " non satisfaisants ". S'agissant de la chaudière à granulés, le technicien a notamment relevé que le vase d'expansion n'avait pas été changé et était trop petit, que la chaudière présentait des problèmes de fonctionnement, que sa classe n'était pas indiquée et qu'elle avait été installée par une autre société que l'entreprise déclarée dans la demande d'aide. S'agissant du chauffe-eau solaire, il a notamment constaté que le dispositif installé ne correspondait pas à la facture, que le panneau avait été posé à l'envers, que la certification n'apparaissait pas sur le produit et enfin que l'efficacité énergétique n'était pas indiquée sur la facture. Ces constats, non contestés par le requérant, révèlent une mauvaise exécution des travaux prévus initialement et étaient donc de nature, en application des dispositions précitées de l'article 11 du décret du 14 janvier 2020, à justifier le retrait de la totalité de la prime qui lui avait accordée. Il résulte de l'instruction que la directrice générale de l'Anah aurait pris la même décision en se fondant sur ce motif. Il suit de là qu'il y a lieu de procéder à la substitution de motifs sollicitée par l'Anah, qui n'a privé le requérant d'aucune garantie procédurale. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision en litige de la directrice générale de l'Anah.

9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir soulevée par l'Anah, que la requête présentée par M. A doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la directrice générale de l'Agence nationale de l'habitat.

Délibéré après l'audience du 15 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Poupineau, présidente,

M. Frindel, conseiller,

Mme Lucas, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mars 2024.

Le rapporteur,

T. FRINDEL

La présidente,

V. POUPINEAULa greffière,

B. RODRIGUEZ

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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