mercredi 28 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2300662 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL LUDOVIC RIVIERE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 5 février, 17 avril et 2 juin 2023, ce dernier n'ayant pas été communiqué, Mme B G, représentée par Me Rivière, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 décembre 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière ;
2°) de mettre à la charge de l'État le paiement à son conseil de la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
-sa requête est recevable ;
En ce qui concerne l'arrêté en litige pris dans son ensemble :
- il est entaché d'un défaut de compétence de son auteur ;
En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'une erreur de droit car le préfet a retenu à tort l'absence de visa long séjour ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
- elle porte une atteinte à son droit à une vie privée et familiale ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire:
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 avril 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme G ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Hecht a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme G, ressortissante algérienne née le 23 décembre 2003, est entrée en France le 11 août 2019 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de 90 jours valable du 30 juillet 2019 au 2 janvier 2020. Le 13 janvier 2022, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour au titre de l'admission exceptionnelle, afin de poursuivre ses études en France et en raison de ses liens personnels et familiaux. Par un arrêté du 22 décembre 2022, dont l'intéressée demande l'annulation, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne le moyen dirigé contre l'ensemble des décisions contestées :
2. Par un arrêté du 18 octobre 2022 publié le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme H E, directrice des migrations et de l'intégration, en matière de police des étrangers, notamment de mesures d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte attaqué manque en fait.
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
3. Aux termes du titre III du protocole en date du 22 décembre 1985 annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles : " Les ressortissants algériens qui suivent un enseignement, un stage ou font des études en France et justifient de moyens d'existence suffisants () reçoivent, sur présentation soit d'une attestation de préinscription ou d'inscription dans un établissement français, soit d'une attestation de stage, un certificat de résidence valable un an, renouvelable et portant la mention " étudiant " ou " stagiaire ". Et aux termes de l'article 9 de cet accord : " () Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5,7, 7 bis al. 4 (lettre c et d) et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. "
4. Aux termes de l'article 6 de cet accord : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : () 5) Au ressortissant algérien qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs de son refus () ".
5. Si l'accord franco-algérien ne prévoit pas de modalités d'admission exceptionnelle au séjour telles qu'elles figurent à l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ces stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient alors au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.
6. En premier lieu, il est constant que Mme G ne disposait plus de visa l'autorisant à séjourner en France depuis l'expiration de son dernier visa, le 2 janvier 2020. Par suite, c'est à bon droit que le préfet de la Haute-Garonne lui a refusé un titre de séjour " étudiant " sur le fondement des dispositions du titre III du protocole du 22 décembre 1985 et de l'article 9 de l'accord franco-algérien susmentionnées. Au surplus, il résulte des termes de la décision attaquée que le préfet a d'abord examiné les conditions de délivrance à l'intéressée d'un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions, avant d'examiner la possibilité de lui délivrer un titre de séjour " étudiant " au titre de son pouvoir d'appréciation, sans soumettre cette délivrance à la détention d'un visa. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit manque en fait et doit être écarté.
7. En deuxième lieu, Mme G fait valoir que la décision attaquée ne mentionne ni sa scolarité en classe de 1ère au lycée Gabriel Péri de Toulouse, lors des années scolaires 2019-2020 et 2020-2021, ni le baccalauréat professionnel " commerce " obtenu en 2022, ni son inscription en brevet de technicien supérieur (BTS) pour l'année 2022-2023 au lycée Rive Gauche de Toulouse. Toutefois, la décision attaquée mentionne bien la présence en France de l'intéressée depuis le mois d'août 2019. De plus, il ressort des pièces du dossier que la requérante n'avait pas mentionné son baccalauréat ni son inscription en BTS dans sa demande de titre de séjour adressée antérieurement au préfet, au mois de janvier 2022, et elle ne démontre pas avoir porté ces éléments à la connaissance du préfet. Enfin, il résulte des termes de la décision attaquée que le préfet a refusé d'accorder une admission exceptionnelle au séjour à l'intéressée dès lors qu'elle n'établissait ni qu'elle était dans l'impossibilité de solliciter le visa requis depuis son pays d'origine, ce que Mme G ne conteste pas, ni qu'elle disposait de moyens d'existence suffisants. Dès lors, Mme G n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait commis une erreur de fait, non plus qu'une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui accorder un titre de séjour " étudiant ".
8. En troisième lieu, Mme G conteste avoir eu le projet de s'installer en France, et donc avoir détourné les procédures existantes en omettant sciemment de signaler aux autorités consulaires un tel projet. Toutefois, il est constant que l'intéressée est demeurée en France sans titre de séjour entre janvier 2020 et janvier 2022, sans chercher à régulariser sa situation avant cette date. Dans ces conditions, le préfet était fondé à considérer que sa résidence de trois ans en France ne saurait constituer, à elle seule et en toute hypothèse, un motif de nature à justifier une admission exceptionnelle au séjour.
9. En quatrième lieu, il n'est pas contesté que Mme G compte quatre tantes, compatriotes, qui résident en France, parmi lesquelles Mme D, épouse F, qui l'héberge et dispose d'un titre de séjour valable jusqu'en 2030. De plus, elle se prévaut de la présence en France de trois cousins, de nationalité française, dont sa cousine Mme C F. En revanche, si elle fait valoir la présence en France de son frère M. A G, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il ne dispose que d'un titre de séjour " travailleur temporaire " valable jusqu'au 14 février 2023, qu'il réside dans un autre domicile, qu'il avait déclaré dans sa propre demande de titre de séjour que sa sœur résidait en Algérie, que l'intéressée ne l'avait pas mentionné dans sa demande de titre, tandis que le témoignage versé au dossier ne mentionne pas de liens intenses entre l'intéressée et son frère. Par ailleurs, si Mme G se prévaut aussi de la présence en France de son père, M. I G, qu'elle n'avait toutefois pas mentionné dans sa demande de titre, cependant le préfet déclare, sans que cela ne soit contesté, qu'il dispose d'un titre de séjour " retraité " après avoir déclaré sa résidence habituelle en Algérie, comme l'indique d'ailleurs la demande de titre de séjour de son fils A. De plus, il ressort des pièces du dossier qu'il a rédigé une attestation à Cherbourg (Manche), tandis qu'il ne démontre ni que sa fille lui rendrait visite lors des vacances scolaires, ni qu'ils entretiendraient des liens affectifs intenses. Dès lors, Mme G, célibataire et sans enfants, ne justifie pas de liens familiaux d'une particulière intensité en France, à l'exception de sa tante qui l'héberge, et alors que sa mère réside toujours dans leur pays d'origine, l'Algérie, où elle-même a vécu jusqu'à l'âge de 15 ans. En outre, elle ne démontre pas une insertion sociale et professionnelle d'une particulière intensité en France, à l'exception de sa scolarisation continue en France, dans le cadre d'un séjour au demeurant irrégulier, et des témoignages de deux amis qu'elle verse au dossier. Dans ces conditions, c'est sans méconnaître l'article 6 (5°) de l'accord franco-algérien précité, ni commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet a refusé de lui accorder un titre de séjour " vie privée et familiale ".
10. Enfin, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
11. Pour les mêmes motifs et compte tenu de ce qui a été exposé au point 9, la décision du préfet de la Haute-Garonne n'a pas porté au droit au respect de sa vie privée et familiale de l'intéressée une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
12. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le refus de titre de séjour opposé par le préfet de la Haute-Garonne à Mme G n'est pas entaché d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité doit être écarté.
13. En second lieu, ainsi qu'il a été dit au point 9, il ressort des pièces du dossier que Mme G est célibataire, sans charge de famille en France, et qu'elle n'établit pas ne pas conserver des attaches familiales dans son pays d'origine, l'Algérie, où réside au moins sa mère, et où elle a vécu jusqu'à l'âge de 15 ans. De plus, la requérante n'allègue pas être dans l'impossibilité de poursuivre ses études dans son pays d'origine. Dans ces conditions, Mme G ne saurait soutenir que le préfet de la Haute-Garonne aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale, à supposer qu'elle ait entendu soulever ce moyen.
En ce qui concerne le pays de destination :
14. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'obligation de quitter le territoire français prononcée par le préfet de la Haute-Garonne n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité doit être écarté.
En ce qui concerne le délai de départ volontaire :
15. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. "
16. Mme G n'a jamais eu droit au séjour en France, ne justifie d'aucun obstacle à la poursuite de ses études hors du territoire français, en particulier dans son pays d'origine, l'Algérie, et n'a jamais sollicité que lui soit accordé un délai de départ volontaire supérieur à 30 jours. En outre, elle ne justifie pas en quoi l'octroi d'un tel délai de départ volontaire serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait entaché cette décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme G tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne en date du 22 décembre 2022 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme G est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B G et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 7 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Sorin, président,
M. Hecht, premier conseiller,
Mme Pétri, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2023.
Le rapporteur,
S. HECHT
Le président,
T. SORINLa greffière,
S. SORABELLA
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026