Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2300805

mardi 25 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2300805
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 13 février et 23 juin 2023, Mme B C A, représentée par Me Sarasqueta, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 13 janvier 2023 de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) portant cessation du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles, dans un délai de sept jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, en conséquence, de lui verser les sommes dues au titre de l'allocation pour demandeur d'asile depuis le 13 janvier 2023, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII le paiement de la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle et dans l'hypothèse où elle ne serait pas admise à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat la même somme de 2 000 euros à verser au requérant au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il y a lieu de statuer sur sa demande dès lors qu'aucune décision de retrait de la décision en litige n'a été adoptée, la simple production d'une capture d'écran d'un logiciel ne suffisant pas à établir ce retrait ;

- à la date d'introduction de sa requête, elle n'était pas informée d'un versement rétroactif, qui n'est intervenu qu'au mois de mai 2023 ;

- sa requête est recevable dans la mesure où, en tout état de cause, la décision de retrait, à la supposer formalisée, n'a pas acquis un caractère définitif, faute d'indication des voies et délais de recours ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 juin 2023, l'OFII conclut à l'irrecevabilité de la requête.

L'Office fait valoir que la requête n'est pas recevable en l'absence de décision faisant grief ; en effet, si la requérante a bien fait l'objet d'une décision de cessation des conditions matérielles d'accueil le 13 janvier 2023, elle a été rétablie dans ses droits le 13 février 2023, ainsi que cela résulte de la capture d'écran de son profil DN@ ; la décision de cessation des conditions matérielles d'accueil a été implicitement retirée ; la régularisation est par ailleurs intervenue ; en tout état de cause, les conclusions en injonction sont sans objet.

Un mémoire complémentaire, présenté par l'OFII et enregistré le 23 juin 2023, n'a pas été communiqué.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 28 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Sorin a été entendu au cours de l'audience publique

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante ghanéenne, née le 27 juin 1982, a déposé une demande d'asile, enregistrée le 22 août 2022 par le préfet de de la Haute-Garonne, en procédure dite " Dublin ", et a accepté, le même jour, l'offre de prise en charge qui lui a été accordée par l'OFII au titre du dispositif national d'accueil. Par deux arrêtés en date du 19 septembre 2022, le préfet de la Haute-Garonne a décidé de son transfert aux autorités espagnoles et l'a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours renouvelables dans le département de la Haute-Garonne, la légalité de ces décisions ayant été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Toulouse en date du 11 octobre 2022. Par des arrêtés en date des 20 octobre et 30 novembre 2022, le préfet a renouvelé l'assignation à résidence de l'intéressée. Par une décision du 13 janvier 2023, l'OFII a mis fin aux conditions matérielles d'accueil dont la requérante bénéficiait au motif de son abstention de se soumettre à ses obligations de pointage au commissariat central de police de Toulouse, les 26 et 27 décembre 2022. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler cette décision

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

2. Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait plus lieu, pour le juge de la légalité, de statuer sur le mérite du pourvoi dont il était saisi. Il en va ainsi, quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution.

3. L'OFII, dans ses écritures en défense en invoquant l'irrecevabilité de la requête, semble en réalité se prévaloir d'un non-lieu à statuer au motif que la décision en litige aurait disparu de l'ordonnancement juridique dès lors qu'une décision implicite de retrait de cette décision du 13 janvier 2023 serait révélée par la reprise des versements à compter des mois d'avril et mai 2023, y compris à titre rétroactif et avec effet au mois de janvier 2023. Toutefois, outre que la décision en litige n'a, ainsi qu'il vient d'être dit, pas été expressément retirée, la reprise des versements de l'allocation pour demandeur d'asile à Mme A, à une date au demeurant indéterminée au cours des mois d'avril et mai 2023, si elle révèle l'intention de l'OFII de retirer implicitement la décision contestée, n'a, en tout état de cause, pas conféré à cette dernière décision de caractère définitif ni à la date d'introduction de la requête de Mme A, ni à la date du présent jugement. Dans ces conditions, l'exception de non-lieu ne peut être accueillie.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes (). () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil. " Aux termes de l'article D. 551-18 du même code : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Cette décision prend effet à compter de sa signature. "

5. D'une part, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que celle-ci contient les considérations de droit et de fait, qui en constituent le fondement, notamment le manquement résultant de son absence de soumission à ses obligations de pointage les 26 et 27 décembre 2022, méconnaissant ainsi les exigences imposées par les autorités en charge de l'asile. En outre, l'OFII n'était pas tenu d'indiquer l'ensemble des éléments se rapportant à la situation personnelle de la requérante, mais seulement ceux qui fondent sa décision, la motivation de la décision attaquée établissant que l'OFII a bien procédé à un examen particulier de la situation de la requérante. Le moyen tiré du défaut de motivation doit, par suite, être écarté comme manquant en fait.

6. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que la requérante a fait l'objet d'une décision portant assignation à résidence, en date du 19 septembre 2019, cette mesure ayant été renouvelée par des arrêtés en date des 20 octobre et 30 novembre 2021. Il ressort également des pièces du dossier que la lettre du 13 janvier 2023 de notification d'intention de cessation des conditions matérielles d'accueil mentionne que Mme A a manqué à deux des obligations de pointage auxquelles elle était soumise dans le cadre du contrôle de son assignation à résidence, les 26 et 27 décembre 2022, ce qu'elle ne conteste pas. Si la requérante indique qu'elle a commis une " erreur légitime " dès lors que la date du 26 décembre correspond à un jour férié dans son pays d'origine, cette circonstance ne justifie pas, en tout état de cause, sa non présentation au commissariat le 27 décembre 2022. Par ailleurs, si Mme A indique ne disposer d'aucune ressource sur le territoire français et fait état, sans le démontrer par des éléments médicaux circonstanciés, de problèmes de santé, il ressort des pièces du dossier que la requérante a bénéficié d'un avis médical en date du 7 septembre 2022, dont l'OFII a nécessairement tenu compte lors de l'examen de sa situation de vulnérabilité. Par ailleurs, en l'absence de pièces complémentaires versées au dossier, l'intéressée n'établit pas davantage la réalité de la situation de vulnérabilité dont elle se prévaut, alors qu'elle est célibataire et sans charge de famille en France. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'articles L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté, dans toutes ses branches.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions qu'elle présente à fin d'injonction, et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2023 à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

M. Hecht, premier conseiller,

Mme Pétri, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2023.

Le président-rapporteur,

T. SORIN

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

S. HECHT

La greffière,

F. LE GUIELLAN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,