jeudi 19 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2301011 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | LASPALLES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 février 2023, M. D B A, représenté par Me Laspalles, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 2 février 2023 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis fin aux conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait ;
3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à titre principal, de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de quarante-huit heures suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai et sous la même astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, au titre des dispositions combinées de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, faute d'avoir été précédée d'une procédure contradictoire préalable ;
- elle est entachée d'une incompétence de son signataire ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation particulière, l'Office français de l'immigration et de l'intégration s'étant estimé, à tort, en situation de compétence liée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il est en situation de grande vulnérabilité et qu'il a des problèmes de santé, alors que l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne démontre pas qu'il se serait volontairement soustrait à ses obligations.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 juin 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
L'Office fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
M. B A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 juillet 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Carotenuto a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant djiboutien né le 20 août 1992, a déclaré être entré sur le territoire français le 25 août 2022 et s'est présenté à la préfecture de la Haute-Garonne le 5 septembre 2022 pour y formuler une demande d'asile. Lors de l'enregistrement de son dossier complet le même jour, le relevé de ses empreintes décadactylaires a révélé qu'il avait introduit une demande similaire en Belgique le 21 décembre 2018 et le 10 janvier 2022. Par deux arrêtés du 3 octobre 2022, le préfet de la Haute-Garonne a décidé de son transfert aux autorités belges et l'a assigné à résidence. Le magistrat désigné par la présidente du tribunal, par un jugement du 11 octobre 2022, a annulé ces arrêtés et a enjoint au préfet de réexaminer la situation de l'intéressé dans un délai de sept jours. Par deux arrêtés du 12 octobre 2022, le préfet de la Haute-Garonne a prononcé le transfert de M. B A aux autorités belges et l'a assigné à résidence en l'obligeant à se présenter deux fois par semaine auprès des services de police de Toulouse. La légalité de ces arrêtés a été confirmée par un jugement du tribunal n° 2206748 du 29 novembre 2022, puis par la cour administrative d'appel de Toulouse par une ordonnance n° 23TL00087 du 17 juillet 2023. Par deux courriers des 8 septembre et 13 octobre 2022, adressés par pli recommandé avec avis de réception, M. B A a été convoqué en préfecture les 16 et 17 novembre 2022 et les 4 et 5 janvier 2023. Il ne s'est pas rendu à ces convocations et ne s'est pas présenté aux services de police de Toulouse les 22 et 28 novembre 2022. Il a, par suite, été déclaré " en fuite " au sens et pour l'application du règlement Dublin II, motif pour lequel, le 2 février 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait. M. B A sollicite l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. M. B A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 5 juillet 2023. Par suite, ses conclusions tendant à son admission à titre provisoire à l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment des termes de la décision attaquée, que celle-ci contient les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, notamment le manquement résultant de la non présentation du requérant en préfecture les 16 et 17 novembre 2022 et 4 et 5 janvier 2023, et devant les services de police les 22 et 28 novembre 2022 en application de l'assignation à résidence dont il a fait l'objet en attente de son transfert, méconnaissant ainsi les exigences imposées par les autorités en charge de l'asile. En outre, l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'est pas tenu d'indiquer l'ensemble des éléments se rapportant à la situation personnelle du requérant, mais seulement ceux qui fondent sa décision. Le moyen tiré du défaut de motivation doit, par suite, être écarté.
4. En deuxième lieu, par une décision du 24 octobre 2022, publiée sur le site internet de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le même jour, le directeur général de l'Office a donné à M. E C, directeur territorial de Toulouse, délégation à l'effet de signer toutes décisions relatives aux missions dévolues à cette direction territoriale, au nombre desquelles figurent les décisions relatives aux conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.
5. En troisième lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que l'Office français de l'immigration et de l'intégration se serait abstenu de procéder à un examen particulier de la situation de M. B A avant d'adopter la décision attaquée, ni qu'il se serait estimé à tort lié par l'appréciation portée par le préfet de la Haute-Garonne sur la situation de fuite de l'intéressé.
6. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes (). () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil. " Aux termes de l'article D. 551-18 du même code : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Cette décision prend effet à compter de sa signature. "
7. D'une part, il ressort des pièces du dossier, que, par une lettre adressée par pli recommandé du 6 janvier 2023, dont le requérant a accusé réception le 12 janvier suivant, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a informé M. B A de son intention de mettre totalement fin aux conditions matérielles d'accueil, en lui indiquant qu'il disposait d'un délai de quinze jours pour présenter des observations, sans pour autant que le requérant en présente. Par suite, le moyen tiré d'un vice de procédure doit être écarté.
8. D'autre part, pour décider de cesser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au profit de M. B A, l'Office français de l'immigration et de l'intégration s'est fondé sur la circonstance qu'il n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, en s'abstenant de se présenter aux convocations en préfecture les 16 et 17 novembre 2022, ainsi que les 4 et 5 janvier 2023, et en s'abstenant de se présenter aux services de police de Toulouse les 22 et 28 novembre 2022, en application de l'assignation à résidence dont il a fait l'objet dans l'attente de son transfert vers la Belgique. Si le requérant fait valoir que les convocations des 16 et 17 novembre 2022 ne lui ont pas été remises, il ressort toutefois des pièces du dossier que la convocation du 8 septembre 2022 indique qu'il est invité à se présenter " le 16 novembre 2022 à 10 h ainsi que le 17 novembre 2022 à 10 h au guichet du pôle régional Dublin de la préfecture de la Haute-Garonne " et que cette lettre lui a été remise en main propre le 3 octobre 2022. En outre, si le requérant allègue que ses absences aux convocations sont dues à ses problèmes de santé, il ne le justifie pas par la seule production d'un certificat médical établi par un médecin généraliste en date du 6 février 2023, soit postérieurement à l'édiction de la décision attaquée, indiquant qu'il n'a pas pu se rendre à ces convocations durant la semaine du 22 au 29 novembre 2022, en particulier au commissariat les 22 et 28 novembre 2022 en raison de son état de santé. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B A a informé les autorités qu'il ne se présenterait pas auxdites convocations. Dès lors, c'est à bon droit qu'il a été regardé comme n'ayant pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile. Dans ces conditions, M. B A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B A, ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. B A tendant à son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B A, à Me Laspalles et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023 à laquelle siégeaient :
Mme Carotenuto, présidente,
M. Hecht, premier conseiller,
Mme Pétri, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2023.
La présidente-rapporteure,
S. CAROTENUTO
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
S. HECHT
La greffière,
S. SORABELLA
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026