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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2301420

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2301420

mardi 30 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2301420
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS THALAMAS LACLAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 16 mars et 19 octobre 2023, Mme B A, représentée par Me Laclau, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 janvier 2023 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour lui donnant droit de travailler dans un délai de cinq jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice d'incompétence de son signataire ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure au regard de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors qu'elle n'a pas été mise à même de compléter son dossier estimé incomplet en raison de l'absence de justificatif de sa nationalité ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'elle a produit, afin de justifier sa nationalité, une copie intégrale de son acte de naissance légalisé, son passeport guinéen valable jusqu'au 25 octobre 2023 et sa carte consulaire délivrée le 24 février 2021 par les autorités guinéennes ;

- en soumettant les justificatifs d'état civil qu'elle a produits au contrôle de la cellule d'analyse documentaire de la direction interdépartementale de la police aux frontières de Toulouse, le préfet de la Haute-Garonne fait peser à son encontre une présomption de fraude et méconnaît ainsi les dispositions de l'article L. 111-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, devenu article L. 811-2, ainsi que l'article 47 du code civil ;

- en toute hypothèse, les documents produits, qui ont d'ailleurs été légalisés, justifient de son état civil et de sa nationalité ;

- le préfet s'est estimé en situation de compétence liée au regard de l'avis de la cellule d'analyse documentaire de la direction interdépartementale de la police aux frontières de Toulouse ;

- la décision contestée méconnaît les dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire enregistré le 19 juillet 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Molina-Andréo, présidente-rapporteure ;

- et les observations de Me Laclau, représentant Mme A, présente à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, née le 14 juin 2003 à Conakry et se disant de nationalité guinéenne, déclare être entrée irrégulièrement en France en octobre 2017. Admise au bénéfice de l'aide sociale à l'enfance en qualité de mineure non accompagnée, elle a été confiée au département de la Vendée à compter du 8 octobre 2017, a été prise en charge par l'institut protestant, Hameau Jeanne Petite à Saverdun et bénéficie d'un contrat jeune majeur pour la période du 1er janvier au 31 mars 2023. Par courrier du 22 juillet 2021, Mme A a sollicité auprès de la préfecture de la Haute-Garonne la délivrance d'un titre de séjour, en qualité d'étranger confié au service de l'aide sociale à l'enfance avant l'âge de seize ans, sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 26 janvier 2023, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de faire droit à la demande de titre de séjour. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française. ".

3. Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande :/ () 2° Les documents justifiants de sa nationalité () ". L'annexe 10 de ce code précise que, notamment pour les demandes de titre de séjour, l'étranger doit présenter " - un justificatif de nationalité : passeport (pages relatives à l'état civil, aux dates de validité, aux cachets d'entrée et aux visas) ou, à défaut, autres justificatifs dont au moins un revêtu d'une photographie permettant d'identifier le demandeur (attestation consulaire, carte d'identité, carte consulaire, certificat de nationalité, etc.) ".

4. Pour refuser de délivrer à Mme A un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé sur le motif que l'intéressée n'aurait " présent[é] aucun document authentique de nature à justifier de [sa] nationalité " au sens de l'article R. 431-10 du même code.

5. Il est constant que Mme A a produit, en vue de justifier de sa nationalité, à l'appui de sa demande de titre de séjour, un passeport guinéen valable du 25 octobre 2018 au 25 octobre 2023, ainsi qu'une carte d'identité consulaire délivrée le 24 février 2021 par les autorités guinéennes, valable du 24 février 2021 au 24 février 2023. S'il ressort des pièces du dossier que la direction interdépartementale de la police au fraude - cellule fraude documentaire et à l'identité a estimé, le 10 mars 2022, à l'occasion de l'analyse documentaire des pièces fournies par Mme A, que le passeport présenté, au regard des caractéristiques du fond d'impression, du filigrane, du fil de couture et de la perforation laser, constituait une falsification, elle n'a toutefois émis que des considérations générales sur la carte consulaire produite par la requérante. Dès lors qu'il n'est pas établi, ni même allégué en défense qu'il pourrait s'agir d'un faux, la transmission par Mme A de sa carte consulaire en cours de validité et revêtue d'une photographie constituait une pièce permettant de justifier de sa nationalité au sens des dispositions précitées. Par suite, en refusant de faire droit à la demande de titre de séjour présentée par Mme A pour le seul motif que celle-ci n'aurait pas transmis de document justifiant de sa nationalité, le préfet de la Haute-Garonne a méconnu les dispositions précitées de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision préfectorale du 26 janvier 2023.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

7. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que le préfet de la Haute-Garonne délivre à Mme A, ainsi qu'elle le demande, un récépissé valant autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction, d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Mme A au titre de des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du préfet de la Haute-Garonne du 26 janvier 2023 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Garonne de délivrer à Mme A une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme A la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à MmeBa A et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Molina-Andréo, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Biscarel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2024.

La présidente-rapporteure,

B. MOLINA-ANDRÉO

La première assesseure,

N. SODDU

La greffière,

S. BALTIMORE

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

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