mardi 3 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2301483 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | CHAMBARET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 20 mars, 12 et 30 mai, 28 juin, 29 et 30 août 2023, M. A C, représenté par Me Chambaret, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 février 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours en fixant le pays de destination ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision de refus de séjour attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;
- elle est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors que la consultation du fichier de traitement des antécédents judiciaires méconnaît les dispositions des articles L. 811-1 et R. 811-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, celles des articles L. 114-1 et R. 114-6 du code de la sécurité intérieure et celle de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale ;
- ces vices de procédure l'ont privé d'une garantie ;
- la décision de refus de séjour et la décision l'obligeant à quitter le territoire français sont intervenues à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que son droit à être entendu a été méconnu ;
- ces décisions violent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles violent les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 19 avril et 15 mai 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de procédure pénale ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
-le rapport de Mme Héry,
-et les observations de Me Chambaret, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant algérien né le 18 avril 1997, est entré en France selon ses déclarations en septembre 2019. Il a sollicité le 2 septembre 2021 son admission au séjour en qualité de parent d'enfant français et en qualité de salarié. M. C demande l'annulation de l'arrêté du 21 février 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours en fixant le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens propres à la décision de refus de séjour :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent./ A cet effet, doivent être motivées les décisions qui :/ 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". En application des dispositions de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "
3. La décision attaquée comporte les considérations utiles de droit et de fait sur lesquelles le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. C. Le préfet, qui n'avait pas à faire état de tous les éléments de la situation du requérant, a ainsi suffisamment motivé sa décision.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 4. Au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. Lorsque la qualité d'ascendant direct d'un enfant français résulte d'une reconnaissance de l'enfant postérieure à la naissance, le certificat de résidence d'un an n'est délivré au ressortissant algérien que s'il subvient à ses besoins depuis sa naissance ou depuis au moins un an () ". Ces stipulations ne privent pas l'autorité compétente du pouvoir qui lui appartient de refuser à un ressortissant algérien la délivrance ou le renouvellement du certificat de résidence d'un an lorsque sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public.
5. M. C est parent d'un enfant français né le 15 avril 2021 de sa relation avec une ressortissante française et qu'il a reconnu le 8 juin 2021. Il ressort des pièces du dossier que pour refuser de délivrer au requérant un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français, le préfet de la Haute-Garonne ne s'est pas fondé sur la circonstance que M. C représenterait une menace à l'ordre public, mais sur le seul motif tiré de ce que ce dernier ne justifiait par aucun élément probant subvenir effectivement aux besoins de son fils depuis sa naissance ou depuis au moins un an. Ainsi, et quand bien même le préfet mentionne à titre surabondant que M. C est très défavorablement connu au fichier du traitement des antécédents judiciaires et énonce un certain nombre de faits imputés au requérant, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière, en méconnaissance des articles L. 811-1 et R. 811-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, des articles L. 114-1 et R. 114-6 du code de la sécurité intérieure et de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale doit être écarté comme inopérant.
6. En troisième lieu, M. C ne justifie pas, par les éléments produits à l'appui de la requête, constitués de factures d'achat entre juin et août 2021, et de mandats de versement à la mère de l'enfant postérieurs à la décision attaquée contribuer à l'entretien de son enfant. Il n'établit pas non plus la réalité de ses allégations selon lesquelles il aurait vécu avec la mère de son enfant et celui-ci jusqu'en 2022. Ainsi, en l'absence d'éléments établissant qu'il contribuerait à l'entretien et à l'éducation de son fils depuis sa naissance ou depuis au moins un an, M. C ne satisfait pas aux conditions posées par les stipulations précitées de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Il n'établit pas non plus, alors que le préfet de la Haute-Garonne indique sans être contesté dans la décision attaquée qu'il n'a présenté à l'appui de sa demande de titre de séjour aucun contrat de travail ni promesse d'embauche, qu'il remplirait les conditions posées par les stipulations du b) de l'article 7 du même accord relatif à la délivrance d'un certificat de résidence en qualité de salarié.
7. En quatrième lieu, le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour, prévue à l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que du seul cas des étrangers qui remplissent effectivement les conditions pour obtenir de plein droit un titre de séjour et auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité. Par suite, et dès lors que le requérant ne démontre pas pouvoir bénéficier d'un titre de séjour de plein droit, le préfet de la Haute-Garonne n'était pas tenu de saisir la commission du titre de séjour de la situation de M. C.
En ce qui concerne les moyens communs à la décision de refus de séjour et à l'obligation de quitter le territoire français :
8. En premier lieu, l'étranger qui sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour ne saurait ignorer, en raison même de l'accomplissement de cette démarche, qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, qu'il pourra, en cas de refus, faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Il est, par ailleurs, conduit à l'occasion du dépôt de sa demande, qui doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle en préfecture, à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il est également loisible à l'étranger, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire ou élément nouveau. Le droit de l'intéressé d'être entendu avant que n'intervienne le refus de titre de séjour est ainsi assuré par la procédure prévue et il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en l'espèce, M. C n'aurait pas eu, au cours de l'instruction de sa demande, la possibilité de faire état de tous éléments pertinents relatifs à sa situation personnelle et susceptibles d'influer sur le sens de la décision se prononçant sur cette demande. En particulier, il n'établit pas avoir sollicité, en vain, un entretien avec les services préfectoraux ou avoir été empêché de faire valoir ses observations. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.
9. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "
10. Tout d'abord, si M. C soutient que la décision de refus de séjour attaquée porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et violerait ainsi les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ce moyen est inopérant à l'encontre de cette décision.
11. Ensuite, il ressort des pièces du dossier que M. C déclare être entré en France en septembre 2019 à l'âge de 22 ans. Il est le père d'un enfant né le 15 avril 2021 de sa relation avec une ressortissante française. Ainsi qu'il a été dit précédemment, M. C ne justifie pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de son fils et ne produit aucun élément à l'appui de sa requête de nature à justifier de l'intensité de ses relations avec son enfant. Il n'établit pas non plus être isolé en Algérie où il a vécu la majeure partie de sa vie. Dès lors, en décidant d'obliger M. C à quitter le territoire français, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris cette décision. Le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit par suite être écarté.
12. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
13. Ainsi qu'il a été dit précédemment, M. C n'établit pas participer à l'entretien et à l'éducation de son enfant. Il ne justifie pas non plus de l'intensité des liens établis avec lui. Par suite, la décision de refus de séjour et celles l'obligeant à quitter le territoire français ne portent pas atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant. Dès lors, le moyen tiré de la violation des stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 21 février 2023 doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. C, au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 19 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Héry, présidente,
Mme Sarraute, première conseillère,
Mme Douteaud, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2023.
La présidente-rapporteure,
F. HÉRY
L'assesseure la plus ancienne,
N. SARRAUTE
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026