jeudi 5 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2301954 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP COURRECH & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 avril 2023 et 27 mars 2024, la société par actions simplifiées (SAS) Free Mobile, représentée par Me Martin, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 2 décembre 2022 par laquelle le maire de Saurat s'est opposé au raccordement au réseau électrique de la station relais de téléphonie mobile que, par un arrêté du 22 décembre 2021, elle a été autorisée à implanter sur la parcelle cadastrée section E n° 3507 ;
2°) d'enjoindre à la commune de Saurat de lui délivrer une autorisation de raccordement dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Saurat la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le refus de raccordement électrique en litige ne peut légalement être fondé sur les dispositions de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme, alors que l'autorisation d'urbanisme concernant la station de téléphonie mobile a été délivrée le 22 décembre 2021 et que le coût des travaux d'extension du réseau public de distribution d'électricité pouvait, en application de l'article L. 332-8 du même code, être mis à sa charge ;
- il ne peut davantage être fondé sur les dispositions de l'article L. 111-12 de ce code, dès lors qu'elle bénéficie d'une autorisation d'urbanisme.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 février 2024, la commune de Saurat, représentée par Me Courrech, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la société Free Mobile au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- le litige ne ressortit pas à la compétence de la juridiction administrative, dès lors que la décision portant sur une demande de raccordement au réseau d'électricité est prise par le gestionnaire dudit réseau, qui présente le caractère d'un service public industriel et commercial ;
- la requête est irrecevable en l'absence de décision faisant grief, le maire s'étant borné à émettre un avis défavorable.
Par une ordonnance du 15 avril 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 6 mai suivant.
Vu :
- le jugement nos 2003875, 2006570, 2105032 du 21 octobre 2022 du tribunal ;
- l'ordonnance n° 2302576 du 25 mai 2023 du juge des référés du tribunal ;
- les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'énergie ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Frindel, rapporteur,
- les conclusions de M. Leymarie, rapporteur public,
- et les observations de Me Köth, représentant la commune de Saurat.
Considérant ce qui suit :
1. Le 27 octobre 2022, la société par actions simplifiées Free Mobile a saisi le maire de Saurat (Ariège) et le syndicat départemental d'énergies de l'Ariège d'une demande de raccordement au réseau électrique destiné à alimenter la station relais de téléphonie mobile que, par un arrêté du 22 décembre 2021, elle a été autorisée à implanter sur la parcelle cadastrée dans la section E sous le n° 3507. Par courrier du 8 février 2023, le maire l'a informée que le formulaire de demande de raccordement avait été transmis au syndicat précité, revêtu d'un avis défavorable de sa part. Par sa requête, la société Free Mobile demande l'annulation de la décision du 2 décembre 2022 par lequel le maire de Saurat s'est ainsi opposé à sa demande de raccordement au réseau électrique.
2. A titre liminaire, la commune de Saurat ne conteste pas que l'opposition du maire à la demande de raccordement au réseau électrique en litige, non motivée, est fondée sur les articles L. 111-11 et L. 111-12 du code de l'urbanisme.
Sur la compétence de la juridiction administrative :
3. Aux termes de l'article L. 111-12 du code de l'urbanisme : " Les bâtiments, locaux ou installations soumis aux dispositions des articles L. 421-1 à L. 421-4 ou L. 510-1, ne peuvent, nonobstant toutes clauses contractuelles contraires, être raccordés définitivement aux réseaux d'électricité, d'eau, de gaz ou de téléphone si leur construction ou leur transformation n'a pas été, selon le cas, autorisée ou agréée en vertu de ces dispositions ".
4. Les décisions prises par le maire sur le fondement de ces dispositions, qui instituent une police spéciale de l'urbanisme destinée à assurer le respect des règles d'utilisation des sols, présentent le caractère d'actes administratifs indépendants des relations de droit privé qui se nouent entre le service public industriel et commercial de distribution d'électricité et ses usagers. Par suite, le présent litige, qui tend à l'annulation d'une telle décision, relève de la compétence de la juridiction administrative.
Sur la fin de non-recevoir opposée par la commune :
5. La décision prise par le maire d'une commune, dans le cadre de la procédure de consultation prévue à l'article R. 323-25 du code de l'énergie, de s'opposer au raccordement définitif d'une installation en application de l'article L. 111-12 précité du code de l'urbanisme, peut être notifiée tant à l'intéressé lui-même qu'au gestionnaire du réseau. Par suite, le courrier par lequel un maire informe le gestionnaire du réseau de son refus de faire droit à une demande de raccordement émanant d'un particulier ne constitue pas un simple avis d'opposition aux travaux d'extension projetés par le gestionnaire devant être analysé comme une mesure préparatoire insusceptible d'être contestée directement par la voie du recours pour excès de pouvoir, mais constitue une décision administrative susceptible de recours contentieux.
6. Il résulte de ce qui précède que, contrairement à ce que soutient la commune de Saurat, l'avis défavorable émis par le maire le 2 décembre 2021 sur le formulaire de demande de raccordement électrique que lui a remis la société requérante et qu'il a transmis au gestionnaire de réseau électrique le 9 décembre suivant, constitue une décision faisant grief, susceptible de recours en excès de pouvoir. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la commune de Saurat, tirée de ce que l'avis précité ne constitue pas une décision faisant grief susceptible de recours, ne peut qu'être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme : " Lorsque, compte tenu de la destination de la construction ou de l'aménagement projeté, des travaux portant sur les réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou de distribution d'électricité sont nécessaires pour assurer la desserte du projet, le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé si l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés. / Lorsqu'un projet fait l'objet d'une déclaration préalable, l'autorité compétente doit s'opposer à sa réalisation lorsque les conditions mentionnées au premier alinéa ne sont pas réunies. () ".
8. Ces dispositions poursuivent notamment le but d'intérêt général d'éviter à la collectivité publique ou au concessionnaire d'être contraints, par le seul effet d'une initiative privée, de réaliser des travaux d'extension ou de renforcement des réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou d'électricité et de garantir leur cohérence et leur bon fonctionnement, en prenant en compte les perspectives d'urbanisation et de développement de la collectivité. Il en résulte qu'une autorisation d'urbanisme doit être refusée lorsque, d'une part, des travaux d'extension ou de renforcement de la capacité des réseaux publics sont nécessaires à la desserte de la construction projetée et, d'autre part, l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés, après avoir, le cas échéant, accompli les diligences appropriées pour recueillir les informations nécessaires à son appréciation. En revanche, ces dispositions sont sans application lorsque l'autorisation d'urbanisme a déjà été délivrée.
9. Il ressort des pièces du dossier que par un arrêté du 22 décembre 2021, devenu définitif par l'effet du jugement susvisé du 21 octobre 2022 du tribunal administratif de Toulouse, le maire de Saurat ne s'est pas opposé à la déclaration préalable déposée par la société Free Mobile le 28 mai 2020 pour l'implantation de la station relais de téléphonie mobile en litige sur la parcelle cadastrée section E n° 3507 située au lieudit Campot. Par suite, le maire de Saurat ne pouvait légalement s'opposer, postérieurement à la délivrance de cette autorisation d'urbanisme, à la demande de raccordement au réseau électrique déposée par la société requérante sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit donc être accueilli.
10. En second lieu, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 111-12 du code de l'urbanisme que le maire peut, dans le cadre de ses pouvoirs de police spéciale destinés à assurer le respect des règles d'utilisation des sols, s'opposer au raccordement définitif au réseau d'électricité, d'eau, de gaz ou de téléphone des bâtiments, locaux ou installations qui, faute de disposer de l'autorisation d'urbanisme ou de l'agrément nécessaire, sont irrégulièrement construits ou transformés.
11. Dès lors que la société requérante est, ainsi qu'il a été dit, titulaire depuis le 22 décembre 2021 d'une décision de non-opposition à sa déclaration de travaux déposée le 28 mai 2020, le maire de Saurat ne pouvait légalement se fonder sur les dispositions précitées de l'article L. 111-12 pour s'opposer à sa demande de raccordement au réseau électrique.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la société Free Mobile est fondée à demander l'annulation de la décision du 2 décembre 2022 du maire de Saurat.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
13. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution () ".
14. Eu égard aux motifs d'annulation retenus, le présent jugement implique nécessairement que le maire de Saurat délivre à la société Free Mobile une autorisation de raccordement au réseau électrique de la station relais de téléphonie mobile située sur la parcelle cadastrée section E n° 3507. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Free Mobile, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Saurat demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Saurat une somme de 1 500 euros à verser à la société Free Mobile sur le fondement de ces dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 2 décembre 2022 du maire de Saurat est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au maire de Saurat de délivrer à la société Free Mobile une autorisation de raccordement au réseau électrique pour la station relais de téléphonie mobile située sur la parcelle cadastrée section E n° 3507, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : La commune de Saurat versera à la société Free Mobile une somme de 1 500 euros (mille cinq cents euros) en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête et les conclusions présentées par la commune de Saurat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetés.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Free Mobile et à la commune de Saurat.
Délibéré après l'audience du 22 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Grimaud, président,
Mme Bouisset, première conseillère,
M. Frindel, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.
Le rapporteur,
T. FRINDEL
Le président,
P. GRIMAUD
La greffière,
M. A
La République mande et ordonne au préfet de l'Ariège en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
No 2301954
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026