Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 mai 2023, le syndicat CGT et le syndicat SUD Solidaires du centre hospitalier de Millau, représentés par Me Panfili, demandent au tribunal :
1°) d’annuler la décision du 21 mars 2023 par laquelle la directrice du centre hospitalier de Millau a rejeté leur demande tendant à ce qu’il soit mis fin au mandat du président de la commission médicale d’établissement, vice-président du directoire et à son mandat de président du comité d’éthique ;
2°) d’enjoindre au centre hospitalier de Millau de réexaminer la situation d’incompatibilité entre les fonctions de médecin du travail et de président de la commission médicale d’établissement dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Millau la somme de 2 000 euros à leur verser sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- leur requête est recevable compte tenu de l’objet des syndicats requérants, du fait que Mme A... et M. B... sont valablement mandatés et de l’article L. 113-2 du code général de la fonction publique ;
- la décision attaquée est entachée d’un défaut de motivation en droit ;
- les fonctions exercées par le président de la commission médicale d’établissement et vice-président du directoire, et conférées par les dispositions des articles D. 6143-37 et D. 6143-37-1 du code de la santé publique, affectent nécessairement les conditions de travail des personnels et ne sont dès lors pas compatibles avec les missions prévues par les dispositions de l’article L. 4622-4 du code du travail définissant les missions exercées par les médecins du travail et qui doivent l’être en toute indépendance ;
- elles ne sont pas non plus compatibles avec dispositions de l’article R. 4626-21 du code de la santé publique qui prévoient seulement que le médecin du travail assiste, à titre consultatif, aux réunions de la commission médicale d’établissement lorsque l’ordre du jour comporte des questions intéressant la santé, la sécurité et les conditions de travail ;
- elles sont encore incompatibles avec les missions d’un médecin du travail définies par les dispositions de l’article L. 4622-2 du code du travail ;
- elles ne permettent pas non plus au médecin du travail d’imposer à la direction ses éventuels avis et ses indications ou propositions comme prévu par les articles L. 4624-2 à L. 4624-4 du code du travail.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 mai 2024, le centre hospitalier de Millau, représenté par Me Constans, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge des syndicats requérants sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors que les syndicats requérants ne démontrent pas que la décision attaquée entre dans le champ d’application des dispositions de l’article L. 113-2 du code général de la fonction publique ;
- le praticien concerné a été élu président de la commission médicale d’établissement antérieurement à sa prise de fonction en tant que médecin du travail ;
- aucune disposition applicable au statut de médecin du travail ne vise expressément d’incompatibilité entre cette qualité et celle de président d’une commission médicale d’établissement ;
- les fonctions de président de la commission médicale d’établissement et de vice-président du directoire en découlant n’ont pas d’incidence sur les fonctions exercées en qualité de médecin du travail.
Par une ordonnance du 14 mars 2024, la clôture d’instruction a été fixée au 1er juillet 2024.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code de la santé publique ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique, à laquelle les syndicats CGT et SUD Solidaires n’étaient ni présents ni représentés :
- le rapport de Mme Préaud, rapporteure,
- les conclusions de Mme Carvalho, rapporteure publique,
- les observations de Me Constans, représentant le centre hospitalier de Millau.
Considérant ce qui suit :
Par un courrier du 17 février 2023, les syndicats CGT et SUD Solidaires du centre hospitalier de Millau ont demandé à ce qu’il soit mis un terme au mandat du président de la commission médicale d’établissement, également vice-président du directoire et président du comité d’éthique, dès lors que depuis une note de service du 29 septembre 2022 ce praticien est également en charge du service de santé au travail du centre hospitalier. Par une décision du 21 mars 2023, la directrice du centre hospitalier de Millau a rejeté leur demande. Par la présente requête, les syndicats CGT et SUD Solidaires demandent l’annulation de cette décision.
Sur la qualification des conclusions de la requête :
Les syndicats requérants demandent l’annulation de la décision du 21 mars 2023 par laquelle la directrice du centre hospitalier de Millau a rejeté leur demande du 17 février 2023 tendant à ce qu’il soit mis fin aux fonctions du président de la commission médicale d’établissement, vice-président du directoire et aussi président du comité d’éthique. Leur demande du 17 février 2023 devant s’analyser comme une demande d’abrogation des décisions désignant le président de la commission médicale d’établissement, aussi vice-président du directoire et président du comité d’éthique, la décision attaquée constitue un refus d’abrogation.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
Aux termes de l’article L. 242-1 du code des relations entre le public et l’administration : « L'administration ne peut abroger ou retirer une décision créatrice de droits de sa propre initiative ou sur la demande d'un tiers que si elle est illégale et si l'abrogation ou le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision. »
Il est constant que le praticien désigné président de la commission médicale d’établissement, vice-président du directoire et président du comité d’éthique occupait déjà ces fonctions lorsqu’il a été nommé médecin du travail, au plus tard le 29 septembre 2022, date de la note de service informant de cette nomination. Par conséquent, le 17 février 2023, lorsque les syndicats CGT et SUD Solidaires ont présenté leur demande tendant à ce qu’il soit mis fin aux fonctions de ce praticien en tant que président de la commission médicale d’établissement, vice-président du directoire et président du comité d’éthique au motif que ces fonctions n’étaient pas compatibles avec celle de médecin du travail, plus de quatre mois s’étaient nécessairement écoulés depuis la désignation du praticien dans les fonctions de président de la commission médicale d’établissement, vice-président du directoire et président du comité d’éthique. A la date de leur demande, les décisions créatrices de droits désignant ce praticien en tant que président de la commission médicale d’établissement, vice-président du directoire et président du comité d’éthique ne pouvaient donc plus être abrogées. Par suite, les syndicats requérants ne sont pas fondés à demander l’annulation du refus d’abroger ces décisions.
Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner les moyens de la requête et la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions à fin d’annulation présentées par les syndicats CGT et SUD Solidaires doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d’injonction.
Sur les frais liés au litige :
Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu de faire application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête des syndicats CGT et SUD Solidaires du centre hospitalier de Millau est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier de Millau sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié au syndicat CGT et au syndicat SUD Solidaires du centre hospitalier de Millau et au centre hospitalier de Millau.
Délibéré après l'audience du 17 septembre 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Viseur-Ferré, présidente,
Mme Préaud, conseillère,
M. Garrido, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2025.
La rapporteure,
L. PRÉAUD
La présidente,
C. VISEUR-FERRÉ
La greffière,
C. CASTRILLO
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et de la famille en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière