Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 1er juin 2023 sous le n° 2303128, le Dr A... B..., représenté par Me Pinson, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision du 3 avril 2023 par laquelle le directeur du centre hospitalier de Villefranche-de-Rouergue a prononcé son licenciement ;
2°) d’enjoindre au centre hospitalier de Villefranche-de-Rouergue de le réintégrer ou à défaut de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Villefranche-de-Rouergue une somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision est entachée d’illégalité en raison du défaut de consultation de la commission consultative paritaire et par conséquent, du défaut de motivation de l’avis de la commission administrative paritaire ;
- la décision est dépourvue de base légale ;
- la décision est entachée d’erreur de droit et d’une erreur d’appréciation tirée de l’absence de motif valable au licenciement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 janvier 2024, le centre hospitalier de Villefranche-de-Rouergue, représenté par Me Jacquet, conclut au rejet de la requête et au versement d’une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
La clôture de l'instruction a été fixée au 13 mars 2025 à 12 heures par une ordonnance du 12 février 2025.
Par un courrier du 24 septembre 2025, les parties ont été informées, en application des dispositions de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement à intervenir était susceptible d’être fondé sur un moyen relevé d’office, tiré de ce que le centre hospitalier de Villefranche-de-Rouergue était en situation de compétence liée pour prendre la décision contestée.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière ;
- le décret n° 84-131 du 24 février 1984 modifié portant statut des praticiens hospitaliers ;
- le décret n° 93-701 du 27 mars 1993 relatif aux praticiens contractuels des établissements publics de santé ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Garrido,
- les conclusions de Mme Carvalho, rapporteure publique,
- et les observations de Me Jacquet, représentant le centre hospitalier de Villefranche-de-Rouergue.
Considérant ce qui suit :
Le Dr B... a été recruté par le centre hospitalier de Villefranche-de-Rouergue à compter du 1er septembre 2019 en qualité de praticien contractuel à temps plein en chirurgie urologie dans le cadre d’un contrat à durée indéterminée, avec une période d’essai de quatre mois. Constatant des irrégularités dans ce contrat, le centre hospitalier de Villefranche-de-Rouergue a informé le Dr B... par un courrier du 10 novembre 2021 de cette difficulté et de l’obligation de procéder à la régularisation de sa situation. Une première proposition lui a été adressée le 16 décembre 2021, afin de régulariser sa situation et de trouver une solution lui permettant de poursuivre son exercice au sein de l’établissement dans un cadre statutaire régulier. Par un courrier daté du 27 janvier 2022, le Dr B... a refusé la proposition de contrat. Suite à la parution du décret n°2022-135 du 5 février 2022 relatif aux nouvelles règles applicables aux praticiens contractuels, le 6 avril 2022, une nouvelle proposition de contrat a été adressée au Dr B... qui l’a également refusée le 11 juin 2022. Par un courrier du 18 novembre 2022, le centre hospitalier a réitéré la proposition faite au Dr B.... Ce dernier l’a également déclinée le 2 janvier 2023. Par un courrier du 1er février 2023, le directeur du centre hospitalier de Villefranche-de-Rouergue a convoqué M. B... pour entretien préalable à un licenciement. Par une décision du 3 avril 2023, notifiée le 6 avril 2023, le directeur de l’établissement a prononcé le licenciement du Dr B... avec effet au 2 juillet 2023 pour refus de modification de son contrat. Par une ordonnance n°2303138 du 13 juin 2023, le tribunal administratif de Toulouse a rejeté la demande formulée par le Dr B... de suspension de cette décision de licenciement. Par la présente requête, le Dr B... demande au tribunal d’annuler cette décision.
Sur les conclusions aux fins d’annulation :
En ce qui concerne la légalité externe :
Le Dr B... soutient que l’absence de toute consultation de la commission administrative paritaire compétente prévue par l’article 2-1 du décret du 6 février 1991, dans sa rédaction au 16 mai 2022 et, par conséquent, le défaut d’avis motivé d’une telle commission, l’ont privé d’une garantie. Toutefois, il résulte de l’article L. 6 code général de la fonction publique que « Le présent titre ne s’applique pas aux médecins, odontologistes et pharmaciens mentionnés aux 1° et 4° de l’article L.6152-1 du code de la santé publique », ce qui exclut les personnels médicaux du champ d’application de ce texte. De même, il résulte de la combinaison de ces dispositions avec celles de l’article L. 6152-1 du code de la santé publique, que le décret du 6 février 1991 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels des établissement mentionnés à l’article 2 de la loi du 9 janvier 1986 modifiée n’est pas applicable aux médecins. Il s’ensuit que le Dr B... ne saurait utilement invoquer le bénéfice de ces différents textes à l’appui de ses conclusions.
En ce qui concerne la légalité interne :
Le contrat de recrutement d’un agent contractuel de droit public crée des droits au profit de celui-ci, sauf s’il présente un caractère fictif ou frauduleux. En conséquence, lorsque le contrat est entaché d’une irrégularité, notamment parce qu’il méconnaît une disposition législative ou réglementaire applicable à la catégorie d’agents dont relève l’agent contractuel en cause, l’administration est tenue de proposer à celui-ci une régularisation de son contrat afin que son exécution puisse se poursuive régulièrement. Si le contrat ne peut être régularisé, il appartient à l’administration, dans la limite des droits résultant du contrat initial, de proposer à l’agent un emploi de niveau équivalent ou, à défaut d’un tel emploi et si l’intéressé le demande, tout autre emploi, afin de régulariser sa situation. Si l’intéressé refuse la régularisation de son contrat ou si la régularisation de sa situation, dans les conditions précisées ci-dessus, est impossible, l’administration est tenue de le licencier.
Il ressort des pièces du dossier que le contrat initialement conclu le 21 août 2019 entre le Dr B... et le centre hospitalier de Villefranche-de-Rouergue visait l’article R. 6152-402 2° du code de la santé publique et stipulait que le Dr B... était « recruté à compter du 1er septembre 2019 dans le cadre d’un contrat à durée indéterminée, avec une période d’essai de quatre mois. » pour une rémunération fixée à l’article 3 dudit contrat à la somme de 11 500 euros nets par mois, astreintes mensuelles et plages additionnelles comprises. Toutefois, l’article R. 6152-402 2° précité, dans sa rédaction applicable à la date de signature du contrat du Dr B..., ne permettait le recrutement d’un praticien contractuel que pour assurer, en cas de nécessité de service, le remplacement de praticiens hospitaliers à temps plein ou à temps partiel, lors de leurs absences ou congés statutaires, dont le remplacement ne peut être assuré dans les conditions prévues par leurs statuts, pour une période maximale de six mois renouvelables dans la limite d'une durée totale d'engagement d'un an. En cours de contrat, les nouvelles dispositions de l’article R. 6152-338 du code de la santé publique, créées par décret du 5 février 2022, qui modifiaient les modalités de durée des contrats des praticiens hospitaliers contractuels, ne permettaient pas davantage au Dr B... de prétendre, à ce stade, à un recrutement pour une durée indéterminée. De plus, l’arrêté du 15 juin 2016 relatif aux émoluments, rémunérations ou indemnités des personnels médicaux, pharmaceutiques et odontologiques exerçant leurs fonctions à temps plein ou à temps partiel dans les établissements publics de santé, pris en application de l’article R. 6152-355 du code de la santé publique, précise que la rémunération de base du praticien contractuel applicable à la même date ne pouvait excéder le 4ème échelon, majoré le cas échéant de 10%, de la grille des praticiens hospitalier alors applicable, soit 4 823,28 bruts mensuels. Le contrat de recrutement du Dr B... était donc entaché d’une double irrégularité.
Il ressort également des pièces du dossier qu’après avoir constaté les irrégularités dans le contrat de recrutement du Dr B... tenant à la durée du contrat et sa rémunération, le centre hospitalier de Villefranche-de-Rouergue a adressé au Dr B..., qui les a toutes refusées, plusieurs propositions de contrat en vue de procéder à la régularisation de son contrat de recrutement, transformant le contrat de travail à durée indéterminée en contrat de travail à durée déterminée de six mois et en modifiant sa rémunération à la baisse. Il ressort des pièces du dossier que les propositions de modification de son contrat de travail qui ont été faites au Dr B... par la direction du centre hospitalier, pour autant qu’elles soient substantielles, n’étaient que l’application des règles en vigueur qui s’imposaient au centre hospitalier. Or, si le Dr B... n’était pas dans l’obligation d’accepter ces modifications substantielles, le centre hospitalier de Villefranche-de-Rouergue était, en revanche, tenu, face aux refus du Dr B..., de le licencier. Il résulte de cette situation de compétence liée que les moyens tirés du défaut de base légale, de l’erreur de droit et de l’erreur d’appréciation dirigés contre la décision de licenciement contestée sont inopérants.
Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d’annulation présentées par le Dr B... doivent être rejetées et, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d’injonction.
Sur les frais liés au litige :
Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier de Villefranche-de-Rouergue, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que le Dr B... demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge du Dr B... une somme de 800 euros au titre des frais exposés par le centre hospitalier de Villefranche-de-Rouergue et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête du Dr B... est rejetée.
Article 2 : Le Dr B... versera au centre hospitalier de Villefranche-de-Rouergue une somme de 800 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié au Dr B... et au centre hospitalier de Villefranche-de-Rouergue.
Délibéré après l’audience du 1er octobre 2025 à laquelle siégeaient :
Mme Viseur-Ferré, présidente,
M. Garrido, conseiller,
Mme Préaud, conseillère
Lu en audience publique le 15 octobre 2025.
Le rapporteur,
Ludovic GARRIDO
La présidente,
Cécile VISEUR-FERRÉ
La greffière,
F. DEGLOS
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef
La greffière,