Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2303190

mardi 11 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2303190
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantDIALEKTIK AVOCATS AARPI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 juin 2023, M. C A, représenté par Me Brel, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 15 mai 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitte le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de de l'admettre au séjour dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jours de retard ou, à tout le moins, de procéder au réexamen de sa situation ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de procéder au retrait de son inscription au système d'Information Schengen ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à son conseil, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle, ou dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, le versement de cette même somme sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- elles sont entachées d'un défaut de compétence de leur signataire ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences d'une exceptionnelle gravité qu'elle emporte sur sa situation ;

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

- elle est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle porte atteinte à son droit de ne pas être soumis à des traitements inhumains et dégradants, tel que protégé par l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est contraire aux dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences d'une exceptionnelle gravité qu'elle emporte sur sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juillet 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Leymarie, conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Leymarie,

- les observations de Me Ducos-Mortreuil, substituant Me Brel, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens,

- le préfet de la Haute-Garonne n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant pakistanais, né le 1er avril 1994 à Lahore (Pakistan), déclare être entré sur le territoire français le 3 janvier 2020. Il a déposé une demande d'asile le 13 janvier suivant. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande d'asile le 25 février 2021. La Cour nationale du droit d'asile a confirmé ce rejet le 5 novembre 2021. M. A a fait l'objet d'un arrêté du 24 décembre 2021 portant obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne dont la légalité a été confirmée par jugement du tribunal administratif de Toulouse rendu le 18 mars 2022. M. A a, par la suite, sollicité le réexamen de sa demande d'asile. Cette demande a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par une décision du 29 mars 2022. La Cour nationale du droit d'asile a confirmé le rejet de cette demande par une décision du 18 avril 2023. Par un arrêté du 15 mai 2023, le préfet de la Haute-Garonne a obligé l'intéressé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par sa présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

3. Par un arrêté du 13 mars 2023, publié au recueil administratif le 15 mars suivant, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme B, directrice des migrations et de l'intégration, en matière de police des étrangers et notamment pour signer les mesures d'éloignement et les décisions les assortissant. Par conséquent, le moyen tiré du défaut de compétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il précise les conditions d'entrée de M. A en France, rappelle le rejet de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et par la Cour nationale du droit d'asile, comme de sa demande de réexamen, et mentionne les principaux éléments de sa situation personnelle. Par suite, la décision portant obligation de quitter le territoire français comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles la décision contestée est fondée. Le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit donc être écarté.

5. En second lieu, le requérant fait valoir qu'il est présent en France depuis plus de trois ans et soutient ne pas pouvoir mener une vie personnelle et familiale normale au Pakistan en raison des risques auxquels il serait exposé eu égard à son orientation sexuelle. Toutefois, M. A n'a été autorisé à séjourner sur le territoire national que pour le temps de l'examen de sa demande d'asile et il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 24 décembre 2021 qu'il n'a pas exécuté. Par ailleurs, M. A ne peut utilement se prévaloir des risques qu'il pourrait encourir au Pakistan dès lors que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas pour objet de définir par elle-même le pays de renvoi. En conséquence, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

6. En premier lieu, la décision en litige vise notamment l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et mentionne que M. A n'établit pas être exposé à des peines ou traitement contraires à cette convention en cas de retour dans son pays d'origine. La décision fixant le pays de destination comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement de sorte qu'elle est suffisamment motivée.

7. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination serait privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

8. En troisième et dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

9. M. A soutient qu'il serait exposé à des traitements contraires aux stipulations citées au point précédent en cas de retour dans son pays d'origine en raison de son orientation sexuelle, pénalement réprimée au Pakistan. D'une part, s'il soutient n'avoir pas bénéficié d'un entretien devant l'OFRPA en raison d'une difficulté de notification de sa convocation, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la présente décision, alors qu'il a été entendu devant la Cour nationale du droit d'asile, et que ses demandes de réexamen ont été rejetées tant par l'OFPRA que la Cour nationale du droit d'asile. M. A ne présente aucun élément de nature à justifier des risques allégués en réitérant les craintes qu'il a pu faire valoir devant les autorités compétentes pour apprécier le bien-fondé de sa demande d'asile, alors que la Cour nationale du droit d'asile a notamment relevé diverses insuffisances dans son récit et qu'il n'apporte dans la présente instance aucun élément nouveau à cet égard. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination serait privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

11. En deuxième lieu, pour édicter la mesure contestée, le préfet de la Haute-Garonne a relevé sa durée de présence en France, l'absence d'exécution d'une mesure d'éloignement prise le 24 décembre 2021 et la faible intensité de ses liens sur le territoire national. Par suite, la décision est suffisamment motivée.

12. En troisième et dernier lieu, si le requérant soutient qu'en raison de circonstances humanitaires une interdiction de retour ne devait être prononcée à son encontre, il ne se prévaut à l'appui de son moyen que de sa durée de présence en France qui n'est que de trois ans à la date de l'arrêté, alors qu'il ne s'est pas conformé à une mesure d'éloignement prise en 2021. Par suite, le moyen doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A à fin d'annulation de l'arrêté attaqué, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction sous astreinte et les demandes présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Brel et au préfet de la Haute-Garonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2023 2023.

Le magistrat désigné,

A. LEYMARIE Le greffier,

B. GALAND

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,