mercredi 18 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2303366 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 juin 2023 et un mémoire enregistré le 10 janvier 2024, Mme A C B, représentée par Me Bouix, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 avril 2023 par lequel le préfet du Tarn a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet du Tarn de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations des articles 3-1 et 8 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 août 2023, le préfet du Tarn conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 septembre 2023.
Par une ordonnance du 5 juillet 2024, la clôture d'instruction a été reportée au 26 juillet 2024.
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Préaud a été entendu au cours de l'audience publique, à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante camerounaise née le 15 juin 1993 à Bafou, entrée en France munie d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant " valable du 25 septembre 2018 au 25 septembre 2019 et qui a continûment bénéficié de titres de séjour portant cette même mention jusqu'au 24 novembre 2022, a sollicité le 14 novembre 2022 un titre de séjour en qualité de conjoint de Français. Par un arrêté du 13 avril 2023, le préfet du Tarn a refusé de lui délivrer un titre de séjour. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, la décision attaquée vise en particulier les articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur le fondement desquels Mme B a présenté sa demande, et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, elle mentionne les cartes de séjour dont a bénéficié la requérante en qualité d'étudiante et indique notamment qu'elle n'est pas mariée mais seulement pacsée avec un ressortissant français, que les documents produits ne permettent pas de justifier de la réalité et de l'intensité de la vie commune. La décision attaquée comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui la fondent et permettent à la demanderesse d'en comprendre le sens et la portée et de la contester utilement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
3. En deuxième lieu, malgré le fait que la décision attaquée ne mentionne pas la naissance en France de son enfant, il ne ressort pas de ses termes, partiellement rappelés au point ci-dessus, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier et suffisamment approfondi de sa situation.
4. En troisième lieu, Mme B ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatives à la délivrance d'un titre de séjour à un parent d'enfant français, dès lors qu'elle n'a pas présenté sa demande sur ce fondement et que le préfet ne l'a pas examinée d'office sur ce fondement.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Et aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. "
6. S'il ressort des pièces du dossier que Mme B était liée, depuis le 4 octobre 2022, par un pacte civil de solidarité à un ressortissant français et qu'une enfant est née de cette union, le 22 mars 2022, l'ancienneté de cette relation n'est pas établie, alors que la requérante n'était présente en France que depuis un peu plus de quatre ans et que la naissance de l'enfant était très récente à la date de la décision attaquée. Par ailleurs, Mme B ne fait état d'aucune insertion particulière. Dans ces conditions, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet du Tarn n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport au but en vue duquel il a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () "
8. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le refus de titre de séjour attaqué, qui n'a au demeurant pas pour objet de séparer Mme B de son enfant, ferait obstacle à ce qu'il soit subvenu aux besoins de l'enfant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ne peut qu'être écarté.
9. En sixième et dernier lieu, Mme B ne peut utilement se prévaloir des stipulations de l'article 8 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, qui créent seulement des obligations entre Etats.
10. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 13 avril 2023 par laquelle le préfet du Tarn a refusé de lui délivrer un titre de séjour. Par suite, sa requête doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C B, à Me Bouix et au préfet du Tarn.
Délibéré après l'audience du 4 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Viseur-Ferré, présidente,
Mme Péan, conseillère,
Mme Préaud, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2024.
La rapporteure,
L. PRÉAUDLa présidente,
C. VISEUR-FERRÉ
La greffière,
F. DEGLOS
La République mande et ordonne au préfet du Tarn en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef
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